Cinéma / HOTEL BY THE RIVER de Hong Sang-Soo

Un vieux poéte qui pense que sa fin est proche  convoque auprès de lui ses enfants . Une jeune femme en dépréssion amoursue consolée par une amie . L’hôtel près de la rivière et son décor extérieur enneigé comme cadre des retrouvailles et considérations existentielles ,sur les rapports humains et les destinées .…

le poéte ( Ki Joobong ) face a ses deux fils ( Kwon Haehyo et Yu Junsang ) – Crédit Photo : Les  Acacias Distribution-

C’est un nouvel « opus » que le prolixe cinéate Sud-Coréen nous propose, ici, y explorant ses thématiques favorites et , une fois encore , ne cesssant d’en renouveler son approche hyper- réaliste des situations au cœur desquelles , y vibrent les rapports humains. Ces derniers, il les inscrit dans un cadre propice aux confidences et aux élans, qui s’y retrouvent ravivés. C’est alors qu’en même temps, s’y fait jour en plein coeur, le cheminement des individus par petites approches hésitantes, et  finissant par baisser la garde,  guidés par des élans imprévisibles. Le récit et le film, s’inscrivant en osmose, d’une mise en scène dont le cinéaste construit la rythmique au cœur des lieux inspirateurs et déclencheurs d’une dramaturgie où s’y glisse, la dimension émotionnelle et réaliste recherchée . C’est le cas ici de cet hôtel « calme et agréable » , devenu refuge du vieux poète soixantenaire qui s’y est installé , avec sa  vue  sur le paysage extérieur : la rivière et au loin,  l’autre rive et son décor urbain et ses immeubles . Tandis que, le froid et la neige qui a fait son apparition enrobant le sol , renvoie à la noirceur des ressentis des âmes domicilées à l’hôtel et aux visiteurs, son manteau blanc immaculé . Celui, dont le choix du traitement du récit en noir et blanc             ( magnifique travail de l’opérateur, Kim Yungkoo) , y inscrit , admirablement, la noirceur des états d’âme des personnages où la blancheur du décor extérieur,  y devient propice à l’ouverture, à la méditation, aux rencontres et confidences en quête de lumière apaisante, et de réconfort . A cet égard les premières séquences s’en font le reflet , lors des longues promenades du poète dans le paysage enneigé en l’attente de l’arrivé de ses fils . La neige souvent présente dans les récits de ses films , est devenue un « terrain inspirateur » pour le cinéaste ( présente dans Matin calme à Séoul /2011, ou Un jour avec et un jour sans /2015…) . Ici , il a attendu patiemment « prévenu deux jours avant le tournage qu’il allait neiger », en travaillant sur l’accroche visuelle et dramatqiue qui lui semblait nécéssaire pour y installer sa dramaturgie  « j’avais imaginé cette scène. J’attendais de savoir comment j’allais faire se croiser les deux groupes de personnages et cela a été résolu grâce à la neige » , dit-il . Chorégraphiant dès lors , une mise en place sublime , à l’image de ce superbe plan des deux femmes ( King Minhee et Song Seonmi ) se tenant côte à côte sur le terrain enneigé, et à côté d’elles , un petit arbre . Puis, leur rencontre avec le poète admiratif de leur beauté inspiratrice qui donnera naissance à un étonnant poéme aux accents fantastiques et fictionnels … offrant, l’inattendu d’une vision de rupture « … un sentiment de remords, de rebellion du poète , face à une fin… » , faisant écho aux chassés-croisés  des protagonistes au cœur des lieux ,et des vérités qui s’y révèlent …

Rencontre du poéte avec les deux femmes  amies( King Minhee et Song Seonmi ) – Crédit Photo : Les Acacias Distribution-

Au cœur de ces lieux paisibles de l’hôtel et du paysage qui l’entoure, le  vieux poète  a choisi de faire le point avec ses enfants et d’y affronter les non -dits , familiaux . La révélation du vécu et ressenti de ces derniers , semblant emprunter le même chemin ,dont témoigne leur érrance dans les lieux . Retards ou excuses évoquées  y révélant, le malaise et la peur d’affronter les sujets qui fâchent d’un  relationel familial  ayant conduit à la rupture définitive des parents, les  deux fils voudraient connaître la réalité des dessous de celle-ci  dont ils ont souffert.. et notamment  le plus jeune . Son ressenti de l’abandon du foyer par le père, il l’ a vécu comme un tramatisme dont les effets persistent : « j’ai encore du mal à me situer aujourd’hui dans la vie » , dit-il. Si les échanges parfois s’enveniment , le poète , y fait face et se confie : « votre mère et moi on était pas faits pour vivre ensemble … elle me hait toujours , mais nos querelles qui auraient perduré alors , vous auraient encore plus perturbés !», trouvant les mots qui, dès lors , apaisent les rancoeurs : «  … en tout cas, vous , vous êtes construits un beau parcours de vie, je suis fier de vous ! .. » . Comme l’illustre la belle scène des  « peluches » offertes en cadeau -compensation , d’une absence paternelle qui les en avait privés . Surprise, rires, émotions  palapble et élans envers ce père, dont ils mesurent le poids du sentiment culpabilité ressenti  … et qui peut jouer- enfin- son rôle , surmontant ses maladresses et ses apréhensions , donnant conseils. Les langues qui se délient, en libératrices . Rires et embrassades arrosées qui dérident encore un peu plus, des effets dévastateurs intériorisés  jusque là par chacun . La solitude coupable du père, les rapports fraternels qui se sont fracturés en marge de la séparatuion des parents , les  privant de la nécéssaire protection familiale pour se construire. Mais pour le père, ( Ki joobong formidable et couronné par le prix d’interprétation au Festival de Locarno ) , le plus important est que chacun de ses fils ait trouvé sa voie et un équilibre , fut-ce-t-il fragile , à l’image de celui du plus jeune . Celui-ci , après tergiversations et hésitations , a fini par embrasser une carrière de cinéaste qui le passionne , même s’il se dit encore  pertubé ,  tant dans sa vie privée que dans son métier de cinéaste et auteur, cantonné dans une certaine marginalité « mais , qui y fait ce qu’il peut !…» , souligne-t-il…

les deux amies ( King Minhee et Song Seonmi) en discussion consolatrice – Crédit Photo : Les Acacias Distribution-

L’éclairage et le  regard de Hôtel By the river , marque dans l’oeuvre du cinéaste une certaine nouveauté dans l’approche de ses thématiques. Par sa gravité dont témoigne l’évocation rare chez lui,  de la vieillesse et celle de la mort , à laquelle pour la première fois, dans Grass         ( 2017 ) son précédent film,  il faisait allusion . De la même manière que les rappaorts enfants- parents explorés le plus souvent sous l’aspect parental envers les filles,  le sont ici,  sous  celui de père-fils. Par contre,  il poursuit,  sa belle approche des femmes très pésentes dans son œuvre ( La femme est l’avenir de l’homme / 2004, Woman on the beach/ 2008, Les femmes de mes amis / 2009 , Seule sur la plage , la nuit – et La caméra de Claire / 2017) . Ici l’amitié  consolatrice  faisant rempart  au   désespoir de la trahison amoureuse . L es deux femmes croisées , dans leur promenade par le poète dans le payage enneigé près de l’hôtel,  qui ,  sidéré par leur beauté s’exclame :«  que vous êtes belles ! », en  prolongera l’effet ,  mettant   sa touche personnelle  au partage consolateur, au coeur d’un relationnel « respecteux et attentioné« , y apportant sa contribution  par l’offerte d’un poème surprenat aux accents fictionnels de révolte. Comme point d’orgue d’une superbe approche du vécu et ressenti féminin,  la scène du dialogue en chambre d’hôtel, ciselée en petites touches sur le comportement masculin,t  complétée par des longues heures de sommeil réparateur, y renvoie l’écho douloureux . Celui dont  le chassé-croisé  des érrances des personnages du récit, témoigne. C’est cet « espace » là, que scrute  la mise en scène, avec  ses images caméra portée à l’épaule et au plus près des personnages,  y guettant le moindre détail révélateur des états d’âme dont la spontaneiété du jeu des comédiens – formidables – s’y fait l’écho.C’est ce souci du détail qui fait du film un petit bijou ciselé de main de maitre , dont la spontaneité des sentiments qu’il enregistre ,  vous explose en plein cœur, vous revèlant  les aspects secrets d’un vécu , d’une réalité…  qui  vous emporte dans son tourbillon de douleurs! . Au cœur de la beauté d’un paysage inspirateur qui a servi de cadre au cinéaste, pour y faire vivre, sa  « poésie » par laquelle , il nous fait partager les éclats de l’humanité de chacun , et l’infinie et vibrante profondeur des abîmes qui s’y révélent !. Le partage de ces instants là est, on ne peut plus , émouvant !…

HOTEL BY THE RIVER de Hong Sang-Soo – 2018- Durée : 1 h 36.

AVEC : Ki Joobong, Kim Minhee, Song Seonmi, Kwon Haehyo et Yu Junsang

LIEN : Bande -Annonce du film : HOUSE BY THE RIVER de Hong Sang-Soo – Les Acacias- distribution.

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