Théâtre/ Daniel  Benoin, directeur du Théâtre Anthéa

Après les réponses de Muriel Mayette, directrice du TNN, sur comment cette institution réagit à la nouvelle donne créée par la « crise » sanitaire, les réponses de Daniel Benoin, directeur du théâtre Anthéa.

Directeur depuis 2013 du théâtre d’Antibes, Anthéa, metteur en scène, auteur, traducteur, comédien et réalisateur, Daniel Benoin dirige de 1978 à 2002 l’un des tous premiers Centres Dramatiques  Nationaux, la Comédie de St Etienne, où il fonde en 1982, l’École de la Comédie de Saint-Etienne qui obtient en 2001 le statut d’école nationale supérieure d’art dramatique. De 2002 à 2013, il succède à Jacques Weber à la tête du Théâtre National de Nice, Centre Dramatique National  Nice Côte d’Azur.

Depuis l’arrivée intempestive d’un certain virus dont je ne veux pas me souvenir du nom, Anthéa, comme tout le spectacle vivant, est à l’arrêt. Je suppose que vous êtes en préparation de la nouvelle saison. Pouvez – vous nous en dire un mot tout en sachant que distanciation physique,  gestes barrières et contraintes artistiques, ne vont pas faciliter  la tâche ?
Daniel Benoin : Après avoir changé 50 fois de plans je me suis dit que la responsabilité d’un directeur était de prendre une décision quelque soit les diverses hypothèses qui ont été élaborées et quelque soit les inconnues qui subsistent. Nous avons donc décidé d’ouvrir le 3 novembre prochain et de caler l’ensemble des représentations qui étaient prévues sur la période allant du 3 novembre au 20 juin Cependant une restriction majeure: si la distance physique est encore demandée en novembre nous ne pourrons pas ouvrir car financièrement  nous serions en faillite avant la fin de l’année mais crois fermement ne pas en arriver là.

Anthéa travaille avec l’une des compagnies les plus inventives « de par ici », Collectif 8, (Le château, 1984). Vous coproduisez un autre Collectif, La Machine   (Dracula Asylum, La vie tréssorrifique du grand Gargantua …). Qu’y a-t-il comme projet à Anthéa pour ces deux compagnies ? Les nouvelles conditions ne vont pas être un frein pour elles ?
Daniel Benoin : Je travaille avec les membres du collectif 8 depuis les années  90 où ils étaient  encore à l’école de la comédie de st Etienne. Depuis  j’ai produit tous leurs spectacles que ce soit quand ils étaient permanents au TNN puis quand j’ai pris la direction d’Anthea.
Je pense que c’est une des troupes les plus innovantes et l’une des toutes premières en France. Ils sont aujourd’hui troupe associée au théâtre Anthea ce qui signifie entre autre que toutes leurs créations ont lieu chez nous et que nous produisons majoritairement tous leurs spectacles. C’est leur maison. Sans être troupe associée il en est presque de même avec le collectif la machine qui  depuis cinq ans présente tous ses spectacles en création à Anthea  et nous les produisons majoritairement à chaque fois. Pour 20 /21 le collectif 8 a choisi de reprendre 1984 dont les représentations avaient été interrompues par la pandémie et de présenter un autre spectacle « la religieuse » très peu joué jusqu’à présent dans notre théâtre et qui avait obtenu obtenu le prix de la critique en 2016 dans le festival off D’Avignon. Ces deux troupes font donc partie des priorités d’Anthea; ils ne souffriront donc pas des problèmes liés à la pandémie

Vous êtes un metteur en scène prolixe, non seulement de théâtre –aussi bien en France qu’à l’étranger- mais aussi d’opéra, votre dernier en date, Cosi fan tutte, dont j’avais loué l’intelligence et la sensibilité du travail. En théâtre comme en opéra je suppose que ce virus dont je ne veux pas me rappeler le nom ne va pas vous tenir la dragée haute. Quels sont vos projets et quand va-t-on pouvoir les voir?
Daniel Benoin : J e devais avoir un mois d’avril très chargé en mise en scène Je devais à la fois créer Disgraced à Anthea le 28 avril mais en même temps je devais remonter Madame Butterfly sà l’opéra d’Avignon pour une première le 26 avril  C’était donc un programme très acrobatique qui a  disparu en un clin d’œil!
Pour la saison prochaine j’ai refusé pas mal de propositions en particulier en Allemagne et en Italie pour me consacrer à la création -donc reportée- de Disgraced en mai 21 et auparavant celle de Macbeth de verdi à l’opéra de Nice en février de la même année.

Le théâtre est sans doute l’art qui peut le plus rapidement prendre en compte une situation de la société et en faire une œuvre d’art.
Daniel Benoin : Ça a été le cas tout  au long de l’histoire.  La pandémie que nous venons de subir elle aussi va provoquer des écritures et c’est sans doute déjà fait. D’ailleurs nous présentons dès le mois de novembre « l’état de siège « d’Albert Camus qui est comme une sorte de théâtralisation de son roman » la peste « qui vous le savez a été le livre le plus acheté en mars, avril et mai. Mais peut-être qu’avant l’ouverture de notre saison le 3 novembre nous aurons déjà des pièces sur le sujet que nous nous empresserons au moins de lire et peut-être de monter.

Pour élargir, j’aimerai connaître votre sentiment sur la politique culturelle  actuelle de l’état dont j’ai l’impression – c’est mon opinion et je la partage- qu’elle est plus menée du « Château » (L’Elysée) que de la rue de Valois (le ministère de la Culture) et ne pensez vous pas que dans ces temps critiques nous aurions plus besoin d’un André Malraux, d’un Jack Lang ?
Daniel Benoin : On avait l’habitude de dire du temps du Général De Gaulle et  de François Mitterrand qu’André Malraux ou Jack Lang étaient de grands  ministres de la culture parce qu’ils  pouvaient taper directement à la porte du président. On pouvait donc considérer que l’Élysée menait  la politique culturelle mais  qu’elle était assurée et mise en place par le ministre de la culture. Aujourd’hui je suis pas sûr que le ministre peut  taper à la porte du président et en conséquence si la politique culturelle est inspirée par lui ;celle ci semble sans rapport avec le ministre de la culture lui-même Je  pense qu’il faut avoir un ministre qui tape à  la porte à n’importe quel moment et qui peut  entrer avant qu’on l’invite  à le faire

 Que vous inspire ce que disait Ariane Mnouchkine dans Télérama récemment : « Quand je vous parle la société, je vous parle du théâtre ! C’est ça, le théâtre ! Regarder, écouter, deviner ce qui n’est jamais dit. Révéler les dieux et les démons qui se cachent au fond de nos âmes. Ensuite, transformer, pour que la beauté transfigurante nous aide à connaître et à supporter la condition humaine. Supporter ne veut pas dire subir ni se résigner. C’est aussi ça le théâtre ! »
Daniel Benoin : Oui le théâtre doit être un révélateur de notre société et des conditions qui la régissent aujourd’hui. Le théâtre est un art archaïque il doit donc être sans arrêt porteur de nouveautés sinon de modernité.
Comme je l’ai dit un peu plus haut concernant la société après la pandémie c’est le théâtre qui révèle les choses les plus profondes de l’être humain et c’est pour ça qu’il est indispensable.


Propos recueillis par Jacques Barbarin

 

Illustrations
Daniel Benoin – Photo Philip Ducap
Théâtre Anthéa – Salle Jacques Audiberti

 

 

 

 

 

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