Disparition/ Max von Sydow, échec et mat

Au XIVème siècle, un chevalier et son écuyer après dix ans passés aux croisades, sont de retour en Suède où une épidémie de  peste fait rage. Sur une plage déserte, le chevalier rencontre la mort et lui propose une partie d’échecs afin de retarder l’échéance, le temps de trouver des réponses à ses problèmes métaphysiques : Dieu existe-il ? La vie a-t-elle un sens ? L’épidémie de peste est-elle celle dont parle l’Apocalypse ?

Tandis que l’écuyer professe l’idée de néant, le chevalier refuse de le croire. « Jamais vous ne cessez de questionner ? » dit la Mort au chevalier « Non, je n’arrête jamais » répond le chevalier.
Voilà le début d’un film qui a marqué mon amour pour le cinéma, 1957, Le Septième Sceau, d’Ingmar Bergman. Pourquoi vous en parlé-je ? Tout simplement parce que l’acteur qui jouait ce chevalier qui n’hésitait pas à affronter la mort aux échecs – quelle métaphore- vient définitivement de perdre la partie, échec et mat : Max von Sydow, qui a perdu la partie de 8 mars 2020. Il est devenu citoyen français en 2002.

Son père, était  ethnologue  et professeur d’islandais sa mère, était quant à elle institutrice; Carl Adolf grandit dans une famille aisée. Il a appris l’anglais et l’allemand à l’âge de neuf ans, et, outre le suédois, parle aussi français, italien, espagnol, danois et norvégien. À l’école, il forme avec quelques amis une troupe de théâtre amateur. C’est ainsi que débute sa carrière d’acteur.
Après avoir suivi les cours de l’école d’art dramatique de Stockholm et donné quelques représentations de grands classiques, il fait sa première apparition au cinéma à 20 ans dans Rien qu’une mère, un drame d’Alf Sjoberg. En 1955, il fait la connaissance d’Ingmar Bergman, alors directeur du théâtre de Malmö qui  lui fait jouer les plus grands rôles comme Peer Gynt, Le Misanthrope ou Faust.  Il joue dans la pièce Une saga de Hjalmar Bergman – 1883-1931,  romancier et dramaturge suédois- mis en scène par Ingmar Bergman, créée le 23 avril 1959 au Théâtre des nations (Paris).

Dune

Outre le Septième Sceau, (prix spécial du jury à Cannes en 1957)  Sydow-Bergman c’est aussi  Les communiants, Les Fraises Sauvages, (Ours d’or à Berlin en 1958),  Au seuil de la vie, (Palme du Meilleur réalisateur à Cannes en 1958)  Le visage, La source, A travers le miroir, (les deux derniers Oscars du Meilleur film étranger en 1961)   L’heure du Loup, Une passion. Une partie de Fanny et Alexandre a été spécialement écrite pour von Sydow, mais son agent a exigé un salaire trop élevé. Von Sydow est venu à regretter d’avoir raté le rôle.
Tenez ! A propos de Bergman, En 2012, il a dit à Charlie Rose – journaliste américain- dans une interview qu’Ingmar Bergman (mort en 2007) lui avait dit qu’il le contacterait après sa mort pour lui montrer qu’il y avait une vie après la mort. Lorsque Rose a demandé à von Sydow s’il avait eu des nouvelles de Bergman, il a répondu par l’affirmative, mais a choisi de ne pas développer davantage la signification exacte de cette déclaration. Dans la même interview, il s’est décrit comme un sceptique dans sa jeunesse, mais a déclaré que ce doute avait disparu et a indiqué qu’il était d’accord avec la croyance de Bergman dans l’au-delà.
Dans sa superbe carrière cinéma – 106 films- il y a, bien sûr, L’exorciste– maquillage à l’appui, il semblait avoir plus de 80 ans pour les spectateurs, alors que lors du tournage il n’avait que 43 ans-  mais saurais-choisir ? Le désert des tartares, de Valério  Zurlini, Cadavres exquis, de Francesco Rosi, Cœur de chien, d’Alberto Lattuada, Les 3 jours du Condor, de Sydney Pollack, Le loup des steppes, de Fred Haines, Minority Report, de Steven Spielberg, Robin des Bois, de Ridley Scott, La mort en direct, de Bertrand Tavernier, Shutter island  de Martin Scorcèse, Dune de David Lynch, Pelle le Conquérant de Bille August, Europa de Lars von Trier.  Au demeurant, ce n’est pas un hasard si Lars von Trier le choisit comme narrateur pour Europa en 1990. Sa voix accompagne la séance hypnotique d’ouverture, le long de rails d’un train qui fil vers ce continent fantomatique. Von Sydow qui parlait l’anglais, l’allemand, le suédois bien sûr, mais aussi le français, l’italien, l’espagnol, le danois et le norvégien, a dans son grain la marque d’un idéal européen tourmenté.
Bref, Ce n’est plus une carrière cinématographique, c’est une cinéphilie de tout premier plan. Surveillez vos programmes télé, ces temps-ci.
En 1988 lui est décerné le prix de l’Acteur européen de l’année, lors des Prix du cinéma Européen Les récompenses décernées chaque année par L’Académie européenne du Cinéma pour Pelle le conquérant et en 2008 le Prix des nuits noires pour l’œuvre de toute une vie est un prix décerné pendant le  Festival éponyme de Taillin (Estonie) pour récompenser l’œuvre de toute une vie.
En 1989 il est nommé à l’oscar du meilleur acteur pour son rôle dans Pellé le conquérant.
Invité il y a 7 ans au Festival Lumière à Lyon dédié au patrimoine cinématographique il explique le métier de comédien : Je ne donnerai pas de leçon, seulement le point de vue d’un acteur sur sa profession. Ce n’est pas vraiment une profession, d’ailleurs, plutôt une vocation, une manière de vivre ou de survivre. Une thérapie mentale, et aussi une longue exploration à la recherche de la vie et de sa plus profonde inspiration. L’art du comédien est difficile à définir car c’est un instrument. Sans rôle, un comédien n’est qu’un instrument de musique muet, posé sur une table. Mais d’autre part, quand il joue, il est son propre instrument, il ne peut pas présenter une interprétation comme séparée de lui-même.
En 2002, von Sydow est devenu citoyen français, à laquelle il a dû renoncer à sa nationalité suédoise. Il vivait en Provence, où il aimait lire, écouter de la musique et jardiner. Il a déclaré qu’il n’avait aucune intention de prendre sa retraite tant qu’il trouverait des rôles intéressants.  En 2008, il tourne sous la direction de Francis Huster, aux côtés de Jean Paul Belmondo dans le film Un homme et son chien.
Je veux vivre en France. Et je veux mourir en France, affirmait l’acteur, où il a été élevé au rang de Commandeur des Arts et des Lettres en 2005 et fait Chevalier de la Légion d’honneur en 2011.
Max von Sydow meurt le 8 mars 2020 à l’âge de 90 ans à son domicile de Provence en France. « C’est avec le cœur brisé et avec une tristesse infinie que nous avons l’extrême douleur d’annoncer le départ de Max von Sydow », a indiqué dimanche 8 mars le communiqué envoyé par sa femme Catherine Brelet (documentariste française et directrice de l’association culturelle Maison des métiers d’art français [puis productrice de films] à l’AFP.

Jacques Barbarin

Crédits photos
Max von Sydow : Mary Evans Sipa
Le septième sceau Mary Evans Picture Library
Shutter Island Paramount Picture
Dune Universal Pictures
Pelle le conquérant Mary Evans Picture Library
L’exorciste United Artists

Un commentaire

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