Cinéma/ MADE IN BANGLADESH de Rubaiyat Hossain.

Le combat d’une jeune ouvrière de Dacca, employée dans une usine d’industrie textile, pour monter un syndicat et défendre les droits du travail bafoués par la direction. La cinéaste en construit un superbe récit aux accents documentaires…

l'affiche du film
l’affiche du film

C’est le sort de plus de quatre millions d’ouvrières du textile au Bangladesh, second plus grand exportateur de vêtements après la Chine , qui est ici, pointé du doigt par la cinéaste. D’autant qu’en prolongement des conditions de travail déplorables et des salaires de misère , c’est la peur de perdre son travail qui prédomine… si l’on ose se montrer un peu trop « rebelle » sur ces conditions infernales subies. La cinéaste s’est inspirée d’une histoire vécue pour la conduite de son récit qui , dès la première séquence, s’ouvre sur un incendie dans l’atelier qui fera une victime parmi les ouvrières. Un drame qui sera le déclencheur pour beaucoup d’entr’elles soumises et faisant profil bas par peur des représailles , le e droit de grève étant interdit et le travail de nuit légal !. Dans un contexte de travail indigne où les conditions de sécurité ne sont pas respectées, où résonne le spectre ravivé de la tragédie de l’incendie en 2013 du Raza Plaza qui fit plus de 1100 Victimes. Celui-ci , ne semble pas avoir eu d’effets et objet de mesures conséquentes pour tenter d’ y remédier . Au point de susciter en 2019, grvèes et manifestations qui seront durement réprimées par le pouvoir. Au cœur de cette usine donc, où travaille la jeune Shimu ( Rikita Shimu , épatante ) et ses amies, l’incendie qui y a provoqué une intense émotion , finit par libérer craintes et peurs et susciter des réactions : « Ces femmes sont très jeunes, elles ont entre 18 et 30 ans. Leur travail est trop dur pour continuer au-delà…mais ce qui m’a frappée, c’est qu’avec un salaire dérisoire, des conditions de travail difficiles, ces femmes ce sont autonomisées dans un combat permanent contre l’autorité un combat permanent contre l’autorité patriarcale (…)Aujourd’hui, elles ont un travail…elles se battent pour leur droits , ce ne sont pas des victimes , ce sont des moteurs de changement. C’est leur force que je voulais mettre en avant », relève , la jeune cinéaste de 38 ans …

Shimu ( Rikita Shimu) – Code du travail en mains – Crédit Photo Pyramide Distribution-

Celle-ci , admiratriice du grand cinéaste Bengali Satyagit Ray , décidera de faire des études de cinéma et quittera Dacca pour les USA ( écoles de cinéma de New-York et Pensylvanie ..) , dans l’intention de devenir réalisatrice . Etudes réussies , et passage derrière la caméra qui ne le sera pas moins : elle réalisera son premier long métrage Meherjaan (2011) , récit d’un amour « interdit » d’une femme Bengali avec un soldat Pakistanais au cœur de la guerre de libération du Bangladesh en 1971. Le film qui fit grand bruit dans son pays, réveillant le passé et les tensions ( il fut un moment interdit…) , la fit remarquer dans les Festivals. Les Lauriers Roses (2017 ) son second long métrage inspiré de l’oeuvre de Dranath Tagore dont Satyagit Ray était admirateur, lui permet de poursuivre son travail au cœur duquel s’inscrit son exploration de la condition féminine et les droits des femmes dans son pays , dont Made in Bangladesh , son troisième long métrage décrit , via son héroïne , le combat emblématique des ouvrières du textile . La résonance de celui-ci , trouve son prolongement et le retentissement au niveau mondial , auquel le sujet renvoie au niveau de ce qu’il dit et reflète , des effets d’une économie mondialisée des « multinationales » , générant des conditions de travail infernales . Celles -ci , comme le relate une des séquences du film , venant sur place …et sans scrupules demander des conditions encore plus favorables pour leur « marges » bénéficiaires !. Les tensions se font de plus en plus vives dans l’usine ( salaires et primes baissées ..) , où le drame de l’incendie relaté dans la presse suscite l’inquiétude du patronat. Contactée par une organisation Syndicale , après son témoignage dans le presse , Shimu se rendra avec ses amies de l’usine à une réunion où on leur expliquera leurs droits et la démarche pour les faire respecter dans l’usine … en créant un Syndicat afin de pouvoir opposer au patron un rapport de force solidaire  !. Pour Shimu

dont la destinée a basculé à l’âge de treize ans ( superbe témoignage… ) fuyant sa région natale pour la ville de Dacca et y construire son futur . Après bien des refus et déboires décrocher enfin de travail dans cette usine , et finir par avoir le sentiment d’y être traité en « esclave », sans droits à faire valoir . Alors , le «  code du travail » en bandoulière, les signatures réunies non sans peine (à cause de la peur des représailles ) et le dossier en mains , elle va se rendre au Ministère du travail pour y déposer son dossier d’inscription du syndicat … dont elle sera la représentante «  élue » dans l’usine . Magnifiques séquences décrivant son obstination acharnée pour y parvenir. Rien ne va l’arrêter, bien au contraire elle qui a tenu a bout de bras la maison avec son maigre salaire et un mari au chômage . Alors , lorsque ce dernier lui forcera la main pour quitter l’usine et voudra ramener femme « au foyer » , elle ne cédera pas !. Pas question non plus, de baisser les bras à l’usine où tout sera fait pour la faire « plier » lorsque son engagement syndical sera découvert …

Les ouvrières mobilisées – Crédit Photo : Pyramide Distribution-

Les menaces des uns et des autres , elle va les « défier » avec un aplomb et un humour détonnant …dénonçant les comportements machistes des chefs d’ateliers pour « intimider », les plus jeunes… certains n’hésitant pas également abuser sexuellement d’elles !. De la même manière que la police privée jouera de la « répression » , tandis que le Patron de l’usine furieux de voir Shimu , avoir de plus en plus d’influence sur les ouvrières , n’hésitera pas à employer les grand moyens. Alors elle répondra , en utilisant tous ceux à sa portée pour prendre à défaut ses détracteurs et leur renvoyer à la figure les «  preuves », réunies des leurs agissements … et les confondre !. Combative et solidaire …elle ne lâchera plus rien, ni personne . A l’image de cette séquence où elle se rend au ministère du travail et y «  piège » le responsable du dossier d’autorisation du syndicat… qu’il fait traîner  »  sur ordre supérieur « , dit-il   . La « collusion » de l’état et du patronat en point de mire, Shimu se muera en « résistante » poussée par toutes ces pressions qui lui sont insupportables . Après son « évasion » provinciale pour échapper à une destinée soumise , elle reprend à la ville le combat de sa liberté d’ adulte, celui qui se joue au niveau syndical et dont la dimension politique se répercute aussi au cœur d’une société où la pression religieuse ( le discours de l’imam dans la rue sur le Hijab … ), ou encore sur le poids de la domination sexuelle et les « abus » qui s’en suivent. Shimu, va s’ouvrir unes à unes, les portes des prison qui l’enfermaient , pour affirmer son indépendance et sa liberté.. A l’image de ses amies qui se promènent avec elle dans les rues avec leurs habits multicolores et cheveux dénoués , parce qu’elles ne veulent plus cacher leur beauté … c’est aussi leur réponse à la misère , à l’exploitation et à la noirceur urbaine qui les entoure . Celle , dont la mise en scène et en images au cœur du réalisme documentaire, y inscrit les atmosphères magnifiquement orchestrées par Sabine Lancelin, la directrice de la Photographie Française partie prenante de cette co-production Franco -Bangladaise à laquelle se sont joints, le Danemark et le Portugal. Du beau travail …

(Etienne Ballérini)

MADE IN BANGLADESH de Rubaiyat Hossain – 2019- Durée : 1h30.

AVEC: Rkita Shimu, Novera Raham, DeepanwitaMartin, Parvin Paru, Mayabi Naya, Mostafa Monwar , Shatabdi Wadud…

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