Cinéma / J’AI PERDU MON CORPS de Jérémy Clapin

Une main à la recherche du corps dont elle été accidentellement séparée. La magnifique et bouleversante, poétique et symbolique quête d’une destinée Un premier long métrage saisissant de virtuosité et d’inventivité . Du grand Art, à découvrir d’urgence !. Grand Prix du Festival d’Annecy, et de la Semaine de la critique au Festival de Cannes.

l‘Affiche du Film.

Jérémy Clapin n’est pas un inconnu pour les « aficionados » des courts métrages d’animation dont ils ont découvert le talent multi-récompensé dans les Festivals français cités ci dessus, mais aussi, internationaux ( Chicago , Cracovie ) . Au sortir de ses études à l’Ecole Nationale des Arts Décoratifs ( ENSAD ) , il se lance dans le «  court »  avec Une Histoire Vertébrale qui le fait remarquer au festival d’Annecy        ( 2005) et par la critique qui célèbre l’originalité de son travail. Il faut dire que ce dernier qui a été aussi professeur de Tennis , sait admirablement rebondir !… en forme de « revers gagnant », proposant des sujets originaux aussi surprenants qu’inattendus , et qui font mouche ! . Dés son premier court, il étonne par l’incroyable défi proposé par son sujet : la rencontre improbable d’un homme et d’une femme … ne pouvant se regarder en face . Lui , le visage tourné vers le sol et elle , le sien …vers ciel !. Il installe d’emblée une forte thématique où l’originalité aussi surprenante que dérangeante, trouve son prolongement dans une écriture filmique inventive , qui ne l’est pas moins !. Au cœur de ses récits ( que prolonge ici l’histoire de cette main…) , c’est la thématique du corps et des membres qui le composent, qui se retrouvent au centre d’un questionnement. Celui d’un sentiment trouble de « désarticulation » et (ou) de déséquilibre dans «  l’être au monde », engendrant une quête désespérée pour y retrouver sérénité et sa place. C’est ce beau sujet adapté cette fois-ci d’après le livre de Guillaume Laurant, Happy Hand dont Jérémy Clapin , a voulu relever le défi , en s’attelant cette fois-ci au long métrage. Objet d’un long travail sur un sujet, auquel dit-il , il a voulu : « donner une âme … Caractériser un personnage qui n’a ni yeux, ni bouche, ni visage, à qui il ne reste finalement que cinq doigts, et produire chez le spectateur une empathie à son égard » , dit-il . Afin de propulser littéralement le spectateur au cœur du récit , le mettre en état de faire appel , en résonance à sa propre mémoire intime , afin de créer une certaine osmose et empathie nécessaire …

la main s’envole sur les toits ( Crédit Photo: Rezo Films Distribution-

Il nous faut le dire d’emblée , celle-ci fonctionne admirablement, miraculeusement devrait-on dire, tant la réalisation qui l’accompagne, nous immerge …dans dans le sillage du ressenti tactile et sensoriel des émotions de cette main , dans sa quête désespérée du corps auquel elle veut de nouveau, être réunie . Jérémy Clapin construit ce parcours en forme de thriller d’autant plus vertigineux , qu’au cœur de celui-ci viennent s’intégrer au delà des dangers du parcours plein d’embûches dans sa quête du propriétaire , viennent s’intégrer les souvenirs vécus «  en commun »   avec celui-ci , lorsqu’elle faisait partie de lui !. Ce dernier faisant parallèlement, le même parcours de souvenirs … magnifique séquence , évoquant évoquant ce passé où il ne faisait « qu’un » , et celle-ci partageant ses rêves et surtout ses jeux : chasser les mouches,  à plage y faire glisser le sable dans la main, entre les doigts… ou, jouer du piano . Superbes séquences empreintes d’une nostalgie poétique sublime !. Tout était possible et c’était l’harmonie qui régnait , lorsque nous faisions corps , nous ne faisions « qu’un » !. Cette harmonie perdue des partages ( vie familiale , jeux et rencontres …) et les souvenirs qui s’y attachent , accentuant la douleur de la séparation, , et les questionnements sur ce qu’est devenu ce corps qui fait désormais sa vie sans elle . Cette séparation douloureuse elle voudra y mettre fin , et retrouver harmonie avec ce corps qui manque à cette main devenue orpheline. Superbe évasion dans les rues Parisiennes où le danger guette à chaque coin de rue dont on va suivre le parcours en caméra subjective. Superbe choix de « point de vue », nous mettant en position de spectateur et « voir ce que voit la main». Séquences d’un réalisme étonnant, nous immergeant au cœur du suspense des dangers de son parcours. Menacée a tous moments en traversant la rue d’être écrasée par les automobiles , ou escaladant les immeubles et risquant de perdre l’équilibre , ou se retrouvant dans le souterrain du métro cachée sous les rames, tentant d’échapper aux rongeurs qui l’attaquent… on « vit » le danger,avec elle !…

La main … traquée par les  » rongeurs » – Crédit Photo: Rezo Films Distribution-

Puis, on va suivre justement le destin et le parcours de ce corps que la main recherche désespérément . A celui-ci bien sûr elle lui manque, mais la vie  a continué et  il lui a fallu , faire son chemin   à lui. Lui, c’est Naoufel dont on vous laissera découvrir les détails du destin qui a été le sien depuis . Passé par le chemin de l’exil , de Rabat vers la France , suite au drame vécu , ayant mis fin à ses rêves et ses ambitions . Autres superbes séquences sur son adaptation, ses galères et son énergie de battant multipliant les « jobs », et les rencontres . Nouvelles belles séquences de sa vie en banlieue et de son acharnement pour s’en sortir . Et puis, la rencontre de  Gabrielle et de sa voix ( par interphone …en livreur de Pizza ) sous le l’emprise du charme de laquelle il tombe . Lui , le maladroit en séduction que la beauté de cette dernière et sa gentillesse , rendra plus guilleret et entreprenant !. La belle romance sentimentale , entre la bibliothécaire et le vendeur de Pizza, le destin qui guette ne l’épargnera pas … mais , celui-ci , comme dans tout bon « mélo » , ne devrait pas rester insensible à ouvrir un possible espoir . La main chassant la mouche ( symbolisant le destin) agacée par son bourdonnement , laissera-t-elle celle-ci venir , et s’y poser? . Jérémy Clapin multiplie les références cinématographiques (à  Luis Bunuel , la scène des fourmis sur la main coupée) , littéraires ( Le monde selon Garp de John Irving ) , en clins d’oeil habiles  auxquels se greffent des moments étranges ( l’apparition du cygne , l’homme à la tête de pigeon ..) , ou aux accents oniriques et fantastiques ( le survol de l’autoroute…) . Et ce final muet, laissant la porte ouverte à l’interprétation du spectateur pour reconstituer le « puzzle» du destin qui doit s’accomplir, et se tourner, vers l’avenir …

Naoufel et Gabrielle – Crédit Photo: Rezo Films Distribution-

Film lumineux et d’une inventivité incroyable , naviguant au cœur des genres pour y inscrire sa propre identité,  surprendre , divertir, passer à la gravité et à la profondeur des questionnements sur le corps , et cette quête d’adaptation  de  celui-ci …afin de le remettre à sa place dans ce monde tourneboulé , comme l’illustre le court Skhizen ( 2008) du cinéaste. Ne ratez pas ce magnifique et premier long métrage d’un cinéaste bourré de talent et d’idées originales . Jubilatoire!…

(Etienne Ballérini)

J’AI PERDU MON CORPS de Jérémy Clapin – 2019 – Durée : 1h 21 –

AVEC, les voix de : Hakim Faris, Victoire de Bols, Patrick d ‘Assunçao, Bellamine Abdelmalek….

STORYBOARD : Jérémy Clapin , Quentin Reubrecht, Julien Bisaro, Matlys Vallade, et Loïc Espluche ..

Musique Originale : Dan Levy.

LIEN : Bande-Annonce du Film : J’ai Perdu mon Corps de Jérémy Clapin .

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