Cinéma / LA BELLE EPOQUE de Nicolas Bedos.

Après Monsieur et Madame Edelman ( 2017) , le second long métrage du cinéaste prolonge la thématique de « l’érosion des sentiments ». Ici, le « désamour » du couple sexagénaire, ravivant la nostalgie des « Années bonheur », Victor le héros, va à s’immerger au cœur des artifices de la « reconstitution d’époque », pour une mise en abîme, décapante et réjouissante !…

l’affiche du film

Victor Drumont ( Daniel Auteuil, dans un de ses meilleurs rôles ) accuse aujourd’hui le coup de blues des années, aussi bien au cœur de son couple, que , dans une société dont il a vécu les « mutations » du modernisme rampant, comme une sorte d’agression insupportable . Devenu irascible au fil des ans où il a vu ses activités artistiques de dessinateur , sombrer dans le néant sous les coups des nouvelles technologies et leurs gadgets déshumanisants , envers lesquels il a choisi… la posture du rejet . A tel point qu’il va devenir aux yeux de ses proches, le « nostalgique ringard » dont on se moque, ce qui ne fait que multiplier sa rancoeur et son « repli » défensif . Celui-ci sera provoqué par l’autre « constat » encore plus douloureux auquel est confronté son couple ayant sombré au fil des ans , dans le conflit quotidien avec sa femme ( Fanny Ardant, magistrale une fois encore) qui ne le «  supporte » plus, finissant par le mettre à la porte ; et qui prendra amant ( Denys Podalydès )!. Alors, Victor qui voit le monde s’écrouler, va se raccrocher au réflexe de survie, celui dont Nicolas Bedos l’à investi de ses propres questionnements :«  Je cherche – en vain – des solutions à travers la fiction qui permettraient de recouvrer l’intensité du souvenir. Des astuces susceptibles de réconcilier ces fragments de vie dont nous sommes tous constitués. », dit-il dans le dossier de presse. La mise en pratique de cette fiction « réparatrice » pour Victor, va se présenter sous la forme habile, du clin-d’oeil ironique … d’une expérience moderne utilisant tous les moyens et ingrédients technologiques …que Victor rejette !. Ceux d’une société au but lucratif, via laquelle Antoine ( Guillaume Canet) propose aux « nostalgiques », de s’immerger ( décors, costumes, acteurs à l’appui..) dans la période de leur choix, pour y revivre des moments, de leur vie …

Antoine ( Guillaume Canet ) à la régie de la reconstitution ( Crédit Photo : Pathé Distribution-

La belle idée de la « fiction » et de la reconstitution «  in vivo » de celle-ci , dans laquelle le spectateur se retrouve « immergé » avec le ( les ) héros, dans ses coulisses , est magnifique dans ce qu’elle propose . A la fois de la mise en abîme du héros , et le prolongement de l’itinéraire de celui-ci , proposé par le cinéaste au spectateur de s’y immerger avec le héros et d’assister  en même temps aux « coulisses » du tournage et de la reconstitution. C’est au cœur du tourbillon de la création que Nicolas Bedos nous entraîne, où le cheminement de Victor cherchera à y retrouver son équilibre, pour redonner sens à sa vie. C’est alors, à une   « gymnastique » prodigieuse de récit, aussi inventive que culottée, à laquelle on assiste qui nous emporte dans son flot de renversements de situations, par sa dynamique d’écriture. Celle avec laquelle Nicolas Bedos sait jouer à merveille de raccourcis, comme de petite phrases percutantes dont il a le secret et qui font « mouche », insufflant à sa mise en scène, la dynamique des mouvements qui les accompagnent. On se retrouve donc , en plein cœur de la reconstitution et sa théâtralité , nous y immergeant avec une virtuosité diabolique, tour à tour dans la fiction et dans les coulisses . Séquences superbes où le « lien » entre les deux espaces se fait via les « oreillettes » par lesquelles on dirige et indique le texte aux  comédiens  sur le plateau de reconstitution, en même temps que la technique des coulisses est sur le  « qui-vive », pour manier lumières, changements de décors et autres atmosphères. Magnifiques séquences où « l’égo » des uns et des autres s’y manifeste:  du comédien qui souhaite insuffler sa propre perception du texte,ou improviser … jusqu’aux coups de gueule du metteur en scène, Antoine ( Guillaume Canet) qui dirige. Magnifiques scènes , où ce  va et vient plateau-coulisses, trouve un écho rythmique admirable . Dont témoigne la séquence  au cœur de laquelle ,  la fiction jouée des rapports Victor – Margot (Doria Tillier , épatante!), renvoie au vécu de ceux, dans la vie réelle entre Margot et Antoine  . Ce dernier furieux, micro et oreillette en action, en oubliera… la fiction !…

Marianne ( Fanny Ardant ) dans une scène du film- Crédit Photo : Pathé Distribution-

Le récit est constamment irrigué par cette double synergie qui s’inscrit , par,  ces va – et -viens temporels où la mise en abîme et les retournements de situations complétés par les dialogues cinglants , joue le contrepoint avec la tendresse et ( ou ) l’émotion qui enrobe le refuge nostalgique de Victor. La subtilité du récit et de la mise en scène, est justement là  , dans cette « fuite » en avant dans laquelle Victor s’immerge …sur le point de tomber amoureux de Margot la comédienne, jouant le rôle de sa femme Marianne dont il tomba amoureux en ce jour de l’année 1974, dans le Bar nommé «  la belle époque !». Et il n’est pas le seul qui y revient dans ce « décor » où tout est prévu pour y « revivre » les moments intenses des souvenirs  . Tour à tour il y croise d’autres «  addicts » venus y soigner leurs maux. A l’image de cet homme ( Pierre Arditi) tentant de renouer ce « dialogue » qui n’a pas pu avoir avec son père. Ou, cette « faune » de hippies cherchant à y revivre les plaisirs perdus!, autre  clin d’oeil plus grave : celui de la nostalgie « nazie » !. Nicolas Bedos n’éludant pas l’aspect « réactionnaire » dont peut s’habiller parfois, celle-ci . C’est d’ailleurs au cœur d’une multitude de saynètes et des petits rôles s’inscrivant au cœur de différentes représentations nostalgiques qui s’y déroulent, que le récit trouve , une osmose dynamique entre situations, dialogues et petits rôles qui s’y déploient. Comme celui du jeune guitariste en herbe, improvisant notes et paroles en l’honneur de la serveuse du Bar. A ces anonymes Nicolas Bedos , leur ouvre l’espace,  à l’image d’un certain cinéma d’hier ( ou de celui de Claude Sautet qu’il admire ) qui savait si bien faire place à ces petits rôles , ou silhouettes , qui enrichissent rendant encore plus efficace, et vivante la « reconstitution »  nostalgique …

A vélo : Daniel  Auteuil, et Dorare Tillier , sortant  du café du rendez-vous nostalgique – Crédit Photo : Pathé Distribution-

D’autant ce « retour vers le futur » , objet de divertissement et de mise en abîme, se devait d’être l’objet d’une scrupuleuse « reconstitution » de la part de la société organisatrice afin de satisfaire ses clients . En jouant habilement sur tous ces tableaux dont le « ton » est donné d’entrée au spectateur par la séquence d’ouverture , destinée à le mettre en «  situation », comme va l’être Victor . La surprise et l’habileté subtile de récit, à laquelle elle ouvre pour nous y préparer, est un tour de force orignal de récit rarement vu ! . Dès lors , à moins que l’on y soit insensible, on s’y retrouve happés et propulsés par le  plaisir du « jeu » dans le sillage de Victor au cœur de son « voyage nostalgique » . Au sein de  celui-ci , le nerf de la guerre qui s’y joue est celui du couple désuni, vers l’âme-soeur duquel , Victor tentera  de renouer , le chemin du lien amoureux. D’autant que celle-ci , Marianne «  reproche à Victor son refus de l’avenir et de la faire crever à petit feu. La perfidie dont elle fait preuve au début du film est une révolte, un cri de survie… », explique Nicolas Bedos. Et que,  sa vengeance sera à la hauteur de sa souffrance , se débarrassant de Victor et s’éloignant petit à petit aussi de son amant , se construisant elle aussi , sa « bulle » protectrice ( son logiciel de psychanalyse…) , se refusant de vieillir, se muant en femme intraitable ! . Elle ne manquera  pas de souligner , pour faire écho au refuge nostalgique de Victor, que  ces années là , pour les femmes              ( avortement interdit , viols impunis , machisme toujours rampant..), n’étaient pas aussi joyeuses et libres que ça !. Le récit de Nicolas Bedos aux multiples renversements de situations , aux accents tour à tour cyniques et satiriques, où s’insinue l’émotion du « mélo», et les accents du cinéma romanesque , est un  vrai plaisir de cinéma . A  déguster  !…

( Etienne Ballérini )

LA BELLE EPOQUE de Nicolas Bedos – 2019- Durée : 1h 55-

AVEC : Daniel Auteuil, Fanny Ardant , Doria Tillier, Guillaule Canet, Pierre Arditi , Denys Podalydès, Michaël Cohen, Jeanne Arènes, Bertarbd Poncet, Bruno Raffaelli, Lizzie Brocheret, Thomas Scimeca …

LIEN : Bande-Annonce du Film : La Belle Epoque de Nicolas Bedos .

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