Cinéma / CINQ EST LE NUMERO PARFAIT de Igort .

Tueur à gages de la Mafia  à la retraite, Peppino Lo Cicero suite à l’assassinat de son fils promis à sa succession, va reprendre du service pour le venger, déclenchant  règlements de comptes  sans merci dans la cité Napolitaine.  Un bel  hommage à la culture populaire Sicilienne et multiples références cinématographiques .     Jubilatoire …

La vengeance en marche : Toni Servillo et Carlo Buccirosso – Crédit Photo: Nour Films –

Le roman graphique de l’auteur publié en Italie en 2002 est devenu une œuvre-culte au succès Mondial. Attirant l’attention des producteurs du septième Art et des cinéastes              ( Napolitains, Européens, Américains et Asiatiques … ) dont celle avec le prolifique Cinéaste Chinois de Hong Kong Johnnie To,  a failli prendre corps… puis finira par avorter , ce dernier s’engageant alors, pour son Vengeance avec Johnny Halliday. D’autres suivront faisant état de propositions dont Igort ( de son vrai nom Igor Tuveri ) estimant qu’elles dénaturent sa vision ( acteurs anglo-américains ,et, cadre Londoniens) des personnages, et celle essentielle de l’ancrage « Napolitain » de son récit. Récupérant ses droits , et avec l’appui du comédien Toni Servillo ( Prodigieux, en Peppino vengeur ) le projet prendra forme … avec Igort derrière la caméra: « Quelqu’un avait toujours pensé que j’étais la bonne personne, c’est Toni Servillo. Il voulait jouer Peppino. Pour lui, qui est napolitain, j’avais les idées claires : l’envie d’une Naples métaphysique, très différente des clichés entourant la ville. Une Naples déserte, nocturne, sous une pluie diluvienne(…) je me suis donc remis à l’adaptation : la vengeance est une trame extrêmement classique, mais ce qui compte, ce n’est pas l’emballage, c’est le gâteau que vous mettez à l’intérieur. Pour moi, c’est une question de regard...», explique-t-il . La ténacité après quinze ans de démêlés a fini par l’emporter, nous offrant en même temps que les «  clins d’oeil » aux films sur le sujet ( des Scorsese, Coppola, De Plama, Tarantino …ou Jean- Pierre Melville , ainsi que l’influence des cinéastes Italiens de la grande période des années 1970 ) et le regard qu’il souhaitait de mettre en avant ses héros, en décalage avec le regard qu’en propose habituellement le cinéma Américain . C’est au delà des multiples trouvailles et autres références dont sa mise en scène nous offre le bel emballage, le point fort de celle-ci est de miser sur cet « ancrage » Sicilien » , pour en prolonger , tout au long , les déclinaisons enrobées de savoureuses répliques ou la dérision et l’humour noir crépitent, comme les tirs des gros calibres tenus, les bras tendus en croix, dans chaque main, faisant  gicler le sang de l’ennemi!. Avec son imperméable à la « Bogart», son Borsalino …et son nez proéminent, Peppino accompagné de Toto et des personnages secondaires participant au bain de sang de la bande rivale, sont donnés comme de «  vieux chevaliers », jadis au service de la Camorra …

Toni Servillo et Valéria Golino – Crédit Photo : Nour Films –

Le ton est donc donné d’emblée d’un regard qui nous propose des héros « second couteau « , et non pas de premier plan. Des « employés », jadis liés à une hiérarchie Mafieuse qui s’en servait, pour ses basses besognes:  » faire respecter le code d’honneur », ce « code  »  qu’une
tradition culturelle a fini par ancrer dans les esprits, et auquel,  ils ont adhéré. Sauf que le      « cataclysme » de l’assassinat de son fils, va ouvrir les yeux de Peppino sur une réalité qui est en train de changer au cœur d’un contexte des années 1970 dans lesquelles  le récit est situé . Celui qui voit s’implanter une « Mafia » moderne dont l’ampleur des trafics ( de drogue, financiers…) «  en cols blancs », se mondialise , dont Peppino dira ne plus reconnaître les  « valeurs »  d’antan. La fin d’une époque qui le « marginalise » encore plus et dont le meurtre de son fils viendra en symboliser doublement la douleur par le «  choc » provoqué lui faisant prendre conscience de la «  duperie » dans laquelle ils s’est laissé enfermer par la double emprise d’un pouvoir hiérarchique et l’engrenage de la violence dans lequel celui-ci l’enfermait .  L’ aboutissement inexorable en drame personnel qui l’accable . Le Sursaut est-il possible ? . La colère , le rejet des valeurs, le recours à l’amitié , et à la force de l’amour de Rita (Valéria Golino ) superbe et émouvante anti-héroïne, vont devenir pour lui des recours et secours , lui offrant la possibilité d’une renaissance dont le titre du film servira de déclic. On vous laisse découvrir le pourquoi…en même temps que les multiples péripéties qui vont découler de ce sursaut d’honneur et de vie, dont le monologue intérieur scandé en Napolitain par Toni Servillo nous offrant ses a-partés sur le  sens de la vie ; nous (vous) ensorcellera jusqu’à la magnifique séquence finale . Tandis que la chorégraphie des images, et celle d’une représentation symbolique que complète le choix d’une esthétique stylisée, apportent la belle touche visuelle au récit, où , réalisme et imaginaire s’entrechoquent avec bonheur et inventivité….

belle atmosphère nocturne de la cité Napolitaine . Crédit Photo : Nour Films-

C’est dans ces choix que le film offre à la fois son originalité en même temps que son impact émotionnel et dramatique, à l’humanité de ses personnages qui s’y  déploie  au cœur des espaces scéniques extérieurs et intérieurs dans lesquels, l’inventivité et l’imaginaire du cinéaste les enrobe de ses pastels colorés et de sa lumière. Les références narratives picturales (  le cinéaste évoque Chirico et les maîtres Hollandais ), et celles des formes de la mise en scène et de sa lumière ( superbe travail du directeur de la photo : Nicolaj Brüel ) et de ses plans, où la profondeur de champ et les gros plans, offrent écho au drame de la solitude des personnages, au cœur des espaces. A l’image de la magnifique scène d’ouverture et ses rues de Naples sous une pluie de déluge, que complètent celles des quartiers de la ville enrobés,d’une magnifique  lumière nocturne. Le travail sur les détails et les décors ont été un des éléments essentiels dans l’approche du cinéaste pour cette transposition de son roman graphique en film de cinéma , impliquant des choix de découpage et d’écriture différents . Comme il le souligne :  «  la page offre  une composition globale, le cinéma ne permet pas la simultanéité des images – hormis ces petits clins d’œil en split-screen que je m’autorise parfois. Un livre, on peut en arrêter la lecture  ; impossible au cinéma. A chaque outil, de nouvelles possibilités. Travailler sur l’adaptation, c’était réinventer la narration » , Et il le fait avec habileté, mixant à merveille , les opportunité des différences et ( ou ) rapprochements le lui permettant. Ciselant ses dialogues en prenant soin qu’ils soient en osmose avec les personnages et l’incarnation authentique souhaitée du «  parler » Napolitain et de son ancrage littéraire accompagné de sa gestuelle , éléments essentiels du récit . Complétés par certains rituels , comme ces références voulues faisant écho à une dimension populaire dont se font l’écho les cérémonials de la nourriture, du café et de la voiture  ( ici , la célèbre Bianchina des années 1960 ), que prolongent les notations sur le rapport à la religion et celles des « défis » où les paradoxes (violence / religion ) se font jour , brouillant les pistes. Tandis que les gros plans sur les visages des personnages , ou sur les objets ( chaussures , bas des pantalons…) renvoient, eux, à la narration de la bande dessinée ouvrant à une lecture et perception figée d’arrêts sur images et leur stylisations, que d’autres avec la continuité narrative surprenante qui vient s’y  ajouter , complètent avec bonheur le travail que le graphiste-cinéaste y déploie, ici , avec la virtuosité de son talent . A savourer …

(Etienne Ballérini)

5 EST LE NUMERO PARFAIT d’Igort – 2019- Durée 1h 45.

AVEC : Tony Servillo, Valéria Golino, Carlo Buccirosso,

LIEN : Bande- Annonce du Film : 5 est le Numéro parfait de Igort .

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