Cinéma / SUNSET de Laszlo Nemes .

Budapest 1913, à la veille de la première guerre mondiale. Une Orpheline en quête de ses origines et, en miroir de celle-ci et de ses mystères , le spectre des rivalités, violences ayant causé la chute du puissant Empire Austro-Hongrois . Mise en scène et en abîme passionnante …

Révélé par le superbe Le Fils de Saul ( Grand Prix  Cannes 2015 , et Oscarisé meilleur film étranger par Hollywood ) , le nouveau film très attendu du cinéaste, après avoir exploré l’horreur des Camps de Concentration Nazis , nous entraîne ici, dans le sillage de la quête de son héroïne dans un labyrinthe chaotique , violent et tout aussi destructeur . La mise en scène et en abîme l’ausculte et y joue de sa virtuosité qui en accentue à la fois le malaise et le mystère au risque de s’y perdre (?) comme son héroïne dont l’ambiguïté ,  renvoie au ressenti d’un malaise profond . Celui d’une descente aux enfers dont elle symbolise doublement, par sa destinée, le malaise d’une civilisation qui porte en elle , les germes destructeurs . A cet égard , le choix de la mise en scène qui reprend la dynamique de Le fils Saul et de son personnage principal au cœur de la tourmente , y trouve ici un superbe prolongement . Celui-ci étant amplifié encore un peu plus par l’ambiguïté en question de l’héroïne Irisz Leiter ( Juli Jacab , quasiment de tous les plans ) qui au cœur de sa quête identitaire , va découvrir les méandres du gouffre dans lequel elle va être emportée                 ( sacrifiée?) . Comme le symbolise, la séquence crépusculaire finale nous plongeant au cœur des tranchées mortelles du premier  conflit mondial ( 1914-18). On le subodore dès la première séquence avec l’arrivée d’Iris dans la ville de Budapest où sa famille tenait jadis boutique chapelière de luxe , y jouissant de notoriété publique et de reconnaissance , jusqu’à ce que drame ne la décime. Iris veut comprendre les raisons et commence sa quête identitaire sur une famille qu’elle n’a pas connue, le drame survenant alors qu’elle avait deux ans et a donc été placée en orphelinat . Que s’est-il passé ? Qu’est-ce qui y a conduit  et pour quelles raisons? . ,Petit à petit le voile se lève , les rumeurs et les secrets se font jour . Comme ceux sur un frère dont on lui a soigneusement caché l’existence caché l’existence , ainsi que le mystère qui entoure les agissements et l’ascension de l’ancien commis de la famille , devenu désormais maître de la chapellerie familiale …

Irisz Leiter ( Judi Jacab) – Crédit Photo : Ad Vitam Distribution-

En se présentant au magasin Vingt ans plus tard , Irisz dit y être venue  briguer une place de vendeuse . Mais elle est reconnue et l’ancien  commis  familial , devenu patron :Oszkar Brill  (Vlad Ivanov)  lui conseille de partir ailleurs , elle refuse . Alors ,il lui consentira ..une place de consolation , et la surveillera de près !. Têtue et curieuse elle cherchera décrypter le mystère qui entoure ce frère inconnu  dont elle découvre l’existence  et ont dit pis que pendre! . Dans une ville où l’atmosphère de méfiance vis à vis du pouvoir et des autorités engendre bien des oppositions de tous bord, et y fait régner une atmosphère insurrectionnelle . Règlements de comptes mafieux et ( ou ) politiques se succèdent , violences , complots et autres attentats semblent devenir le quotidien . Le chaos règne , les Bourgeois tremblent tandis que dans l’ombre les groupes séditieux de tous bords, rêvent de prendre le pouvoir et la confusion y est totale . Dans l’esprit d’Irisz , renaît sous ses yeux le spectre du drame et de la mort de sa famille , comme marche inéluctable faisant partie d’un ensemble , du chaos . Au cœur de la confusion et de sa marche aveugle faisant couler le sang, on ne sait plus de quel côté la balance , va pencher . Chacun tentant de préserver son territoire afin d’éviter de sombrer . Le bien , le mal, la justice, la répression … la mort rôde,  comme le rumeurs …tandis que le flegme de François -Jospeh et de sa cour s’invite à la chapellerie , pour y choisir ses favorites élues qui la rejoindront.  Antichambre dorée ( ?)  d’autres sévices et violences sacrificielles qui les attendent …pour le bon plaisir de ces messieurs de la haute  !. C’est à une sorte de surenchère des possibles réunis,  à laquelle le cinéaste nous invite dans le sillage de son héroïne privilégiée qui s’y immerge comme dans la fange , et nous invite à la suivre. Cherchant à comprendre et à faire le tri dans  ce melting-pot politico-culturel , réunissant toutes les facettes insurrectionnelles  , comme celles   des rejets et haines nationalistes et racistes. Comme s’y joue aussi le sort d’une autre insurrection prolétaire à laquelle son frère semble être liée . Et qui en tout cas , en fait la cible de la haute société qui lui fera  porter le chapeau d’un crime qu’il n’a pas commis, afin de discréditer et juguler, la révolte qui gronde dans son sillage …

de dos: Irisz ( Judi Jacab ) , fait face au commis Oszkar  Brill ( Vlad Ivanov ) – Crédit Photo : Ad Vitam Distribution)

Le traitement de cette mise en perspective s’inscrit au cœur d’une mise en scène et en abîme, où s’inscrit la forme impressionniste et sensorielle , d’une réalité difficile à saisir . Comme le chapeau accessoire de mode symbolique d’un époque d’insouciance et d’illusions, et confiante en son avenir industriel qui finira par être détruit par l’écroulement de l’Empire. Belle idée qui renvoie au personnage d’Irisz dont l’innocence cohabite avec les « pulsions »  qui animent son désir de faire éclater la vérité . Celles  là même qui conduisaient le père à la recherche du  fils dans  l’enfer  d’Auschwitz ( Le fils de Saul ), et conduisant ici, à celle d’un frère dont le sort final restera un mystère ( fantasmé ?, le plan final ), faisant partie de son    « monde » intérieur . Celui qui permettra  à Irisz de construire cet espace vital comme nécessaire élan  afin de construire son chemin de vie et y  affronter , les éléments ( l’eau, le feu , la terre..) extérieurs pour survivre dans la tourmente . Celle dont l’histoire des civilisations témoigne  » de la capacité  de l’homme à savoir reconstruire sur les cendres du passé « , explique le cinéaste . Mais , ici , le  cinéaste de Sunset y ajoute un bémol, celui de la tentation de l’autodestruction à laquelle , le personnage de Brill patriarche castrateur fait écho  . La thématique de la destruction de la civilisation , reste chez Laszlo Némes un véritable nuage noir qui à tout moment peut venir assombrir le ciel , car la bête veille tapie dans l’ombre;  dans celle  de L’oeuf du serpent ( 1977) comme l’évoquait , hier, Ingmar Bergman dans son film . La dualité du personnage d’Irisz ( lumineuse et sombre ), traduit ce combat des possibles que le cinéaste Hongrois , n’inscrit peut-être pas par hasard au centre de son film . Au cœur de celui-ci porté par une mise en scène et en abîme fascinante, prenante et exigeante , au coeur de laquelle l’ombre  du grand Friedrich Wilhelm  Murnau     ( Faust , L’ Aurore , Le dernier des hommes …)   s’inscrit comme un phare , en référence assumée . Le cinéaste sollicitant de notre regard extérieur de spectateur , l’attention et la réflexion sur les questionnements que le récit soulève, sur les « pulsions » de vie et de mort qui gangrènent et mettent en danger, nos sociétés. Vertigineux !…

(Etienne Ballérini )

SUNSET de Laszlo Némes – 2019- Durée : 2h 20-

AVEC : Julie Jacab, Vlad Ivanov, Evelin Dobos, Marcin Czarnik , Judith Bardos, Benjamin Dino, Balasz Czukor, christian Harting , Levente Molnar, Julia Jakubwoska …

LIEN : Bande-Annonce du film : SUNSET de Laszlo Némes .

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