Cinéma / ROSIE DAVIS de Paddy Breathnach.

Cherté des loyers et précarité . Le quotidien d’une famille de Dublin expulsée de son logement cherchant désespérément un gîte accueillant pour la nuit . Au plus près des individus, le cinéaste brosse un portrait sensible et émouvant des démunis. A Voir…

La crise du logement en Irlande est la plus importante des pays Européens , et ses conséquence sur les ménages les plus pauvres engendrent l’augmentation du flot des sans-abri . C’est l’écrivain Irlandais Roddy Doyle qui est à l’origine du récit qui lui a été inspiré par un témoignage radiophonique d’une jeune mère de famille désespérée de ne pas trouver un endroit où dormir pour sa famille . Mariée , mère de quatre enfants et un conjoint ayant un emploi dans un restaurant, elle va être expulsée de son logement par le propriétaire qui a préféré le mettre en vente , le couple n’a pas les moyens de l’acheter . Mais comment trouver un autre logement qui puisse répondre à leurs moyens ?…c’est devenu impossible !. . Les prix des loyers ont explosé, le couple se retrouve momentanément sans domicile fixe. Alors commence une sorte de calvaire pour Rosie et les siens confrontés comme beaucoup d’autres à devoir faire appel à l’aide associative …ou municipale , pour ne pas se retrouver à la rue !. Avec le flot des demandes qui explosent , les services sociaux sont débordés !. Listes d’attente et journée passée au téléphone …pour espérer trouver un abri pour la nuit . Voilà désormais le quotidien de Rosie Davis ( Sarah Green , formidable ! ) . C’est elle que le cinéaste nous invite à suivre dans son nouveau quotidien : les enfants qu’il faut amener à l’école , et les appels incessants aux services sociaux où… aux hôtels qui , suite à un accord avec la mairie, ont accepté de mettre à disposition leurs chambres restées libres. Le réalisme quotidien est au rendez-vous de la mise en scène qui scrute au plus près les membres de cette famille emblématique de tant d’autres qui vivent les même déboires dans une société qui les pousse, à la marginalisation…

Rosie ( Sarah Greene ) en voiture avec ses enfants ( Crédit Photo : KMBO Distribution)

De celle-ci , les auteurs expriment magnifiquement la dignité affichée par Rosie refusant d’être considérée comme une SDF lorsqu’on lui propose de rejoindre un service d’accueil nocturne pour les sans -abri …où le commissariat de police !. Rosie s’insurge «  nous sommes enfermés dehors ! » dit-elle pour qualifier le choix du propriétaire  et ce qu’est devenue sa situation. Et lorsqu’on la convoque à l’école parce que sa fille Millie , a eu une altercation avec une camarade qui a eu des mots blessants «  elle n’a pas de maison , elle est cra-cra ! » envers elle . Rosie fond en larmes se sentant contrainte d’expliquer , qu’elle prend soin de ses enfants. Le regard des autres qu’il faut affronter , le couple admirable , tiendra bon dans la tourmente et saura se serrer les coudes . Rosie et son mari , John Paul ( Moe Dunford, épatant lui aussi ) , savent que c’est la seule façon d’espérer sortir la tête de l’eau . Leurs échanges et leurs moments d’intimité avec leurs enfants , sont d’une belle intensité captés par une caméra « en immersion » au cœur de la petite famille se consolant les uns , les autres lorsque les choses , deviennent au limites du supportable. Dans ce véhicule devenue maison quotidienne où l’on finit par verser dans la claustrophobie , lorsque tout le monde y est réuni … de la même manière que la promiscuité des petites chambres d’hôtel , si elle a ses avantages ( lit pour dormir , y faire la toilette..) renvoie à la réalité du matin , et d’une autre journée d’incertitude. Pas de quoi rassurer les enfants , notamment les plus jeunes avec leurs repères perdus , et qui ont tendance à verser dans un certain déséquilibre déstabilisateur où le moindre détail va prendre une importance accrue . Difficile de faire ses devoirs en voiture et se concentrer, le moindre oubli ( de nettoyer les affaires de sport… ) peut avoir des conséquences pour eux à l’école . Les plus petits, eux souffrent , privés de leurs espaces de jeux habituels et du «  cocon » de la maison. La « fugue -refuge » chez une amie d’école de l’aînée , devient le déclic symptomatique , qui les soudera encore un peu plus …magnifique les moments de détente et de jeux , à l’image de la belle  scène de la           « bataille de frites que l’on n’aime pas ! » , ou de tendresse avec les objets ( le « doudou » ) de compagnie préférés à qui l’on se confie …

Rosie ( Sarah Greene ) et John- Paul son mari ( Moe Dunford ) – Crédit Photo: KMBO Distribution )

Superbes moments dont les auteurs nous gratifient de l’authenticité et du respect de l’individu dont se prévalent les auteurs , dans la droite lignée d’un ken Loach . Il faut voir la justesse à laquelle ils s’attardent à décrire , en miroir de celles des parents les réactions des enfants. Celle des deux plus petits : Alfie vif , joueur et plein de vie et d’humour , en phase avec Madison la Benjamine un peu plus timide et réservée . Tandis que la cadette , Millie malgré ses problèmes à l’école, reste curieuse et attentive à tout ce qui l’entoure et sait au bout du compte, faire face. Plus rebelle et surtout plus lucide sur la situation que la famille traverse Kayleigh l’aînée, déstabilisée par le contexte et la honte ressentie . C’est par tous ces comportements criants de vérité que la mise en scène et le récit scrutent l’humanité des personnages , amplifiée par le travail de recherches et témoignages recueillis auprès des sans -abris. On a dit plus haut, le réflexe de dignité et de refus d’être catalogués SDF de Rosie et son mari , renvoyant aux dérives d’un système, la responsabilité du sort qui leur est fait . «  C’est une histoire de perte, de résilience. Le système et le gouvernement les ont abandonnés. Cette lutte est celle de bon nombre de familles, en Irlande et ailleurs. » , expliquent les auteurs . Comme le reflète magnifiquement la séquence où John Paul pour défier le sort, qui va se mettre en quête «  d’une maison » se retrouve face à d’autres visiteurs « aménagent les espaces » en fonction de leurs possibilités financières, desquelles il est évidemment, exclu ! . Dans ce monde de l’argent qui gouverne , Rosie et John Paul , en refusant de se poser en victimes pointent les failles d’un système et de son «  économie sauvage » entraînant la précarité, celle-ci «  devenue une menace concrète pour tout le monde, alors qu’elle paraissait assez lointaine auparavant », relève le cinéaste . Constat sombre souligné par  la scène finale où la famille est contrainte de dormir cette fois-ci , la nuit, dans un parking de supermarché en dehors de la ville , sous les yeux du père qui veille à leur sécurité. Dis maman, c’est quand… que le jour nouveau se lève ?. Déchirant …

( Etienne Ballérini)

ROSIE DAVIS de Paddy Breathnach – 2019- Durée : 1 h 26.

AVEC : Sarah Greene , Moe Dunford, Ellie O’Halloran, Ruby Dune, Molly McCann, Darragh McKenzie …

LIEN : Bande -Annonce du film : Rosie Davis de Paddy Breathnach .

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