Théâtre / Centaures, quand nous étions enfants

C’est avec ce titre un peu énigmatique que commence le festival Génération Z. Au fait, vous devez vous demander ce qu’est cette génération ? Elle représente ceux qui sont nés autour de 2000 jusqu’à aujourd’hui. Ils ont toujours connu un monde avec une grande présence de l’informatique et de l’Internet. C’est peut-être pour cela que, pendant les vacances scolaires, Irina Brook offre à nos  djeun’s l’occasion de se sortir de leurs tablettes et de leurs textos.

Au départ, Fabrice Melquiot, né à Modane en  1972 Ses premiers textes de théâtre  sont destinés aux enfants. En 2001, il publie à l’Arche Editeur L’Inattendu et Percolateur Blues. Il reçoit le Grand Prix  de la Communauté des radios publiques de langue française et, à Bratislava, le prix européen de la meilleure œuvre radiophonique pour adolescents.  Sa pièce Bouli Miro, premier spectacle jeune public à être représenté à la Comédie Français est mise en scène en janvier 2004 par Christian Gonon.
A l’arrivée, un spectacle étonnant. Et d’abord le centaure. D ans la mythologie grecque un centaure est une créature mi-homme, mi-cheval. Il existe à Marseille, dans le 9ème arrondissement, un Théâtre du Centaure et vous vous dites que vu le titre du spectacle, ce n’est pas pour des prunes que je vous narre ça. Elémentaire.
Le Théâtre du Centaure c’est une famille d’une dizaine d’équidés et d’humains qui ont construit ensemble un mode de vie et de création spécifique. Village, écuries, lieu de travail et de fabrique, où dix personnes et dix chevaux œuvrent tous les jours à la réalisation d’une utopie. Il est dirigé par Camille et Manolo
Et là  nous faisons le lien avec Fabrice Melquiot. Celui-ci propose à Camille et Manolo d’écrire un texte non pour eux, mais sur eux, sur leur histoire, le parallélisme peut-être rêvé  de leur enfance. Et de ce texte, accompagné de films de famille sur leur enfance, Camille et Manolo vont s’en servir comme le terreau, le substrat de leur spectacle, dont l’équation, l’équilibre pourrait être : 1+1=1, équation où les deux premiers 1 pouvant être  l’humain et l’équin, le troisième 1 étant le centaure, ou plus exactement la création, l’aboutissement  de l’acteur centaure.
 C’est l’histoire d’un acteur qui n’existait pas, d’un être qui restait à inventer. Né d’affinités fusionnelles entre un humain et un équin, l’acteur-centaure a connu une belle croissance depuis le début des années 90, suite à la rencontre de Camille et Manolo, tous deux férus d’un théâtre physique et sensitif et « ferrés » par les charmes de la race équine comme l’ écrit la journaliste Cathy Blisson.
En quelque sorte du texte et des images tremblotantes jaillissent un dialogue,  un vocabulaire, une grammaire propre à l’échange non verbal entre l’homme et l’animal, je devrais dire entre une typologie d’acteur et une autre typologie d’acteur. On peut dire qu’il y a une « parole » qui s’exprime par un invisible gestuel,  une inflexion, un positionnement différent d’une partie du corps,  qui nous fait accroire en la véracité de l’émergence, de la prégnance de la notion de centaure.
Les chevaux ?
 Gaia est un frison. C’est originaire de la Frise, province des Pays-Bas dont il tire son nom. Il porte toujours une robe noire, d’où son surnom, « la perle noire ». Il est très apprécié pour   sa grande élégance,  son charisme, sa robe et son port de tête relevé, à l’instar de Zingaro, le regretté étalon fétiche de Bartabas ..
Arrivé en décembre 2013 au Théâtre du Centaure, Indra est un jeune étalon espagnol «PRE» ou Pure Race Espagnol.  il est grand, beau et élancé comme « un avion de chasse », il ressemble à un pur sang anglais, combine l’énergie à la fougue, mêlant curiosité et affection, comme il est écrit sur le site.
Ce couple de centaures nous raconte comment un désir, la fusion homme cheval devient immanence le temps d’un rêve. L’hirondelle a besoin du nid pour son œuf, les centaures sur scène ont besoin des mots de Melquiot et des images comme volées à l’enfance pour naître, pour paraître, pour apparaître.
Ce spectacle, ou plutôt cette épiphanie, nous révèle ce que j’appellerai le double statut du cheval, à la fois animal domesticisé*, c’est-à-dire avec lequel on peut établir un dialogue « hors les mots » et en même temps –comme dirait l’autre- à un état dit sauvage, car ce qui caractérise les réactions les plus brutales et les plus inattendues de ce splendide animal c’est  sa «  capacité endémique » à vivre constamment en l’état de peur.
On sent chez Camille et Manolo l’immense tendresse  qu’ils ont pour leurs deux étalons (le frison pour Camille, l’espagnol pour Manolo), tendresse gage de la précision millimétrée de leur travail avec eux, et précision millimétrée du retour de langage de la part des étalons, à croire même qu’ils anticipent. Ce n’est pas du dressage mais de l’a- dressage, comme le château dont le jeune Manolo rêvait est maintenant un pas – château.
Mais ce pas-château est la réalisation du rêve. Les chevaux rêvent-ils ?
 

Jacques Barbarin

Théâtre du centaure : 2 Rue Marguerite de Provence, 13009 Marseille 04 91 25 38 10 http://www.theatreducentaure.com/

TNN : Centaures, quand nous étions enfants (Coproduction)

D’après l’histoire véritable de Camille et Manolo. Texte et mise en scène de Fabrice Maelquiot avec Camille & Manolo, Indra [pure race espagnole] et Gaïa [frison] avec les voix d’Elsa Scholler, Timeo Bonnano, Lua Gaggini, Laurent Schefer, Christiane Suter, Claude Thébert assistante à la mise en scène Mariama Sylla chorégraphie équestre Camille & Manolo lumière Jean-Marc Serre son Nicolas Lespagnol-Rizzi photographie Martin Dutasta production déléguée Théâtre Gymnase – Bernardines – Marseillecoproduction Théâtre Am Stram Gram – Genève, Théâtre du Centaure – Marseille

31 octobre au 3  novembre Théâtre du Gymnase Marseille
20 au 22 décembre 2018 au Treize Arches de Brive, Brive La Gaillarde
7 au 9 mars 2019 à l’Equinoxe, Châteauroux
4 au 8 : juin 2019 au 104, Paris

*ce n’est pas une faute de frappe

Photos : Jeanne Roualet
Centre pénitentiaire de Marseille Photo Culture Club

 

Publicités

Un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s