Cinéma / LES FRERES SISTERS de Jacques Audiard .

Adaptation du Roman de l’auteur Canadien Patrick deWitt par Jacques Audiard , aux sources du Western et de la violence. L’Oregon, des Années 1850, criminels et innocents , les armes des tueurs à gages, la soif de l’or, le débuts du modernisme et ses puissants commodores . La fable politco– picaresque , les tentations utopistes et les accents intimistes des fêlures des héros . La mise en scène et en abîme virtuose du cinéaste , primée ( lion d’Argent du meilleur réalisateur ) à la Mostra de Venise 2018.

Ils ont l’héritage des la violence du père , les frères Sisters . Sans pitié avec leurs armes ils défient , impitoyables, tous ceux qui se retrouvent sur leur route de tueurs à Gages en service commandé…ou pas. Il suffit de voir le déchaînement de la séquence qui ouvre le film pour se rendre compte de leur efficacité qui n’a de soif que le «  contrat » rempli , pour les satisfaire . Ils jouent même de leur rivalité fraternelle comme moteur pour se ‘y adonner afin de tenter de supplanter l’autre … dans le rôle de leader . Mais le jeu est plus au rendez-vous d’une réalité que provoquée , les cartes étant déjà distribuées , question d’héritage …et de tempérament . Le plus nerveux et fougueux et prêt à sortir son arme au moindre signe, c’est Charlie ( Joaquin Phoénix) , tandis que son frère aîné , Eli ( John C. Reilly ) plus modéré, rêve d’une vie normale . L’origine des l’inversion des rôles étant due à un drame familial , au cours duquel l’aîné n’a pas été à la hauteur, pour faire ce qu’il fallait .  Devenus  tueurs à gages ,engagés par le commodore (Ruther Hauer ) à la recherche d ‘un homme à abattre , c’est l’itinéraire « Westernien »,  de L’Oregon jusqu’en Californie, objet d’une traque déclinée en parcours initiatique qui va être l’objet – dit le cinéaste – de la mise à l’épreuve de leur humanité . Confrontés , qu’ils vont être aux multiples rebondissements des rencontres qui les entraînent, et aux soubresauts de l’histoire en marche , dont ils découvrent les attraits des tentations ( de  la modernité de la ville ) , et des mirages (  de l’or)  . Un flot qui le emporte au cours et au long duquel , chacun va révéler la ( sa ) vraie nature dormante sous le vernis des habits de Cow- Boy et ( ou )  autres héros dont le mythe et le masque , va finir par tomber et laisser entrevoir , la vraie nature intime, des faille qui se révèlent …

L’incendie d’une ferme , Les frères Sisters dans leurs oeuvres – Crédit photo : UGC Distribution-

La construction, en apparence décousue du récit , où s’entremêlent parfois les éléments d’une passé enfoui , et ceux d’un présent qui en précipite la nature des confrontations à régler où finalement les surprises et l’ inattendu surgit , pour changer la donne . Dans la coordination des éléments s’inscrivant sur une subtile trame dont le fil conducteur est toujours en point de mire de la mise en scène et du contenu dramatique qui en est l’objet , Jacques Audiard servi , il faut le souligner par une distribution impeccable qui  fait merveille. C’est presque sur le «  fil du rasoir » qu’il joue, pour mieux après avoir déconcerté ou fait semblant de divaguer dans des zones d’ombres d’enjeux troubles , qu’il nous fait retomber sur nos pieds . Tout à coup , le déclic devient évident , qui sous le vernis d’une envolée lyrique ( la magnifique scène de la recherche des pépites d’or dans la rivière… ), vous fait retomber de plein pied, dans la réalité . La séquence est d’autant plus fantastique et spectaculaire que celle-ci, renvoie , à la folie de la recherche de l’or  le revers de la médaille d’une méthode qui en décline par les stigmates qu’elle provoque , sa nature destructrice . C’est cette nature là, qui se retrouve au cœur des séquences où la violence comme enjeu,  se mue , en révélatrice de ceux qui s’y exposent par devoir …ou mission à accomplir . A cet égard , le duo dans le sillage duquel le cinéaste nous invite à suivre en « osmose  » le chemin, de nos deux frères Sisters , est passionnant aussi dans ce qu’il révèle. Nos deux compères, chargés d’allés retrouver le détective privé , Morris engagé pour espionner le chercheur d’or qu’ils doivent éliminer ,  Hermann Warms qui a découvert une substance permettant de révéler , la présence de l’or dans le cours d’une rivière …

Charlie ( Joaquin Phoenix ) et Son frère aîné  , Eli ( John C. Reilly) – Crédit Photo : UGC Distribution-

Incarnant Morris ( Jake Gyllenhaal) est étonnant en détective intllectuel chargé de suivre l’énigmatique Warm ( Riz Ahmed ) chercheur d’or , scientifique visionnaire . Leur chevauchée fantastique en parrallèle , dont,  petit à petit l’énigme des enjeux , devient motif de suspense amplifiant la dimension dramatique de la traque  , celle d’une cohabitation, enrichissant la dimension des destinées et des rêves, dont le quatuor va devenir porteur . C’est au cœur de celle-ci que s’inscrivent les éléments de la légende de la Naissance d’une Nation, dont le réalisme brut , renvoie à la dimension du « double » qui s’y inscrit enrichissant, celle  , symbolique des soubresauts qui les emportent,  dans son flot .de l’histoire.  Celui des tentations , mirages, et autres rêves utopiques, finissant par révéler la vraie nature de chacun, dormante sous le vernis des habits , dont le mythe et le masque finit par laisser entrevoir, la nature et les failles intimes de chacun , qui se révèlent au cœur de la violence . Thème cher au cinéaste, dont on retrouve ici comme dans « De rouille et d’os »,  la référence à la mutilation inscrivant sur les corps les stigmates de la violence à affronter , et  ( ou ) subie . Référence , aux westerns crépusculaires ( Penn, Peckinpah , mais aussi Les Cheyennes de John Ford ) dans lesquels, on retrouve au cœur du thème de la violence , le poids de celle originelle des ancêtres , dont les moyens pour la combattre renvoie à                l’ héritage familial , filial et de la fraternité.  c’était «  l’idée d’amener le récit vers une sorte de conte macabre où, au réalisme de la folie et de la brutalité des deux frères sisters , viennent s’opposer l’idéalisme de warm , et de Dandysme de Morris … », relève le cinéaste…

le détective , John Morris ( Jake Gyllenhaal) et Le chercheur d’or ( Riz Ahmed=- Crédit Photo: UGC Dstribution-

Belle idée développée par Jacques Audiard ,avec son collaborateur attitré,Thomas Bidegain , offrant à la chevauchée la belle dimension d’une «  avancée moderne vers une possible utopie...», dit-il . C’est,  cette ouverture et cette approche qui va permettre au «  quatuor » d’évoluer . En effet , à la morale traditionnelle du western, où à celle ultra-violente empreinte d’ironie des Westerns modernes , le cinéaste y greffe l’opportunité d’une ouverture et d’un autre horizon auquel  ( ses héros , mais aussi  le  spectateur ),  peuvent s’identifier. Celui d’une violence apaisée , comme enjeu d’une dramaturgie les amenant à se confronter à leurs démons dont l’aboutissement final ouvre ,  à un ultime «  bascul » passionnant . La confrontation attendue , réservant  la surprise qu’on vous laissera découvrir dans les détails , face à l’écran de la salle qui vous en livrera les « nuances » . Offrant au récit au cœur même du décryptage des codes , la modernité des enjeux d’une « itinéraire » initiatique , les conduisant vers une humanité , dont jamais le genre n’avait osé , comme ici , explorer les possibles . Au cœur des enjeux du parcours des hommes , le cinéaste y inscrit , en toile de fond , celui des femmes leur faisant jouer- mine de rien- un rôle déterminant dont l’amour dont elles sont porteuses , viendra compléter la quête d’apaisement en question , au cœur de la violence. Qu’il s’agisse de la femme idéale , dont Eli le Frère Sisters portera précieusement sur son parcours, le foulard rouge , que celle-ci  a  confié à son amant … parti au combat ! . Jacques Audiard , osant les éléments du mélodrame amoureux traditionnel  , qu’Eli fait jouer à la prostituée . Il le complète par le bouleversant  personnage de la mère retrouvée par les frères Sisters, redevenus enfants se blottissant dans se jupes , y retrouvant … la paix. C’est magnifique.

( Etienne Ballérini )

LES FRERES SISTERS de Jacques Audiard – 2018- durée : 1 H 57 –
AVEC : John C. Reilly , Joaquin Phoenix, Jake Gyllenhaal, Riz Ahmed, Rebecca Root, Allison Tolman, Rutger Hauer, Karol Kane ….
LIEN : Bande-Anonce du film : Les frères Sisters , de Jacques Audiard.

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