Histoire / Catherine Ségurane, la Jeanne Hachette niçoise!

Le siège franco-turc de Nice en 1543 est resté longtemps dans la mémoire des niçois et, presque cinq siècles après on en parle encore! La chapelle du Saint-Sépulcre des Pénitents Bleus, place Garibaldi est imprégnée de cet événement auquel nous, les animateurs de ce site faisons allusion tous les mardis après-midi lors de nos contacts avec le public, décrivant l’histoire passionnante de cette confrérie qui vit le jour en 1461 au quartier de la Croix de Marbre, puis émigra rue de la Préfecture puis enfin place Garibaldi en 1784 où elle a toujours son siège et ses activités.Le sanctuaire actuel placée sous la vénération de la Vierge de l’Assomption, est l’héritière d’une petite chapelle, N.D. du Secours, édifiée en 1552, non loin de là, sur les vestiges d’un bastion imposant baptisé Cincaïre (cinq côtés) où, le 15 août 1543 s’est déroulé le plus violent combat opposant les turcs et les français contre les troupes savoyardes du duc Charles III dans le cadre de la guerre sans merci opposant François 1er et Charles-Quint, le premier guerroyant pour s’emparer du Milanais qu’il convoite avidement depuis des années. Le bastion va résister et le 8 septembre 1543, l’ennemi quitte Nice et rejoint Toulon pour hiverner, avec la bénédiction du roi de France qui a livré la ville aux ottomans jusqu’en mai 1544, obligeant les habitants à vider les lieux pour faire place à ces messieurs! Merci François, roi très chrétien si, si!

La création de la Place Victor-Amédée III (Garibaldi actuelle) à partir de 1780 va imposer à ses bâtisseurs de démolir la vénérable chapelle pourtant très chère au cœur des niçois, construite jadis pour remercier la Vierge d’avoir épargné Nice mais, pour respecter le Vœu de Nice, il fallait la reconstruire à proximité, ce qui fut fait de 1782 à 1784 au centre d’une grande barre d’immeuble dévolue au départ aux moines Augustins voisins. La nouvelle chapelle fait face à la Route Royale aujourd’hui avenue de la République.
Le 15 août 1543, les franco-turcs qui avaient déjà pris la ville basse, impatients d’en finir avec la citadelle attaquent donc le gros bastion qui la protège et ce sera le plus furieux combat de ce siège. La perte de cette fortification aurait, en effet, signifié pour les assiégés la capitulation de la citadelle sommitale et, partant, la reddition totale de la ville.
Ce jour-là, les niçois l’ont bien compris, il fallait se battre à tout prix et tout le monde devait participer, même les femmes! Parmi elles une bugadière va galvaniser l’action des défenseurs des remparts. Cette femme, Catherine Ségurane, habituée à la dure vie de laveuse de linge dans le Paillon par tous les temps ne s’en laisse pas compter et aucun turc ou français ne lui fait peur. Elle est profondément chrétienne et veut le rester et s’il faut se battre, elle se battra.

C’est ainsi qu’elle repousse un janissaire qui prenait pied sur le rempart en lui assénant dit-on un violent coup de battoir sur son casque tout en lui arrachant son étendard sommé du croissant qu’il s’apprêtait à planter orgueilleusement sur la muraille.
Ce geste fort a ranimé l’action de son entourage un peu découragé et, finalement, au soir du 15 août, les turcs piétinent alors même qu’une brèche a été ouverte dans le rempart, mais ils n’en profitent pas, épuisés sans doute par les combats de la journée.
Qui était donc cette Catherine Ségurane? A-t-elle réellement existé ou n’était-ce qu’un symbole, celui de la résistance acharnée des niçois contre l’envahisseur franco-turc?
On l’appelait la «maufacia» (la femme très laide), de fait, c’était une femme du peuple dont on ignore même la date de naissance, les registres paroissiaux ne faisant leur apparition qu’après le Concile de Trente (1545-1563).
Dès lors, au cours des siècles suivants deux camps vont s’affronter, ceux qui diront que Catherine Ségurane n’était qu’un mythe et ceux qui donneront des arguments prouvant qu’elle a réellement existé.Il est vrai qu’en 1544, les consuls niçois vont ériger à la porte Pairolière un buste la représentant, buste disparu après démolition de cette porte vers 1780. Auraient-ils fait cela s’il s’agissait d’un personnage purement imaginaire? Peu probable. Les arguments en faveur de la Jeanne Hachette niçoise ne manqueront pas d’apparaître au fil du temps même s’il y a eu des exagérations notoires (Certains iront même jusqu’à parler d’une «Sainte Catherine Ségurane», n’exagérons pas!).
Gioffredo parle de l’incident du 15 août et de l’action de «La femme Malfaite» qui combattait avec d’autres d’ailleurs sur ce bastion.
Plus près de nous, en 1803, l’avocat-poète Domenico Rossetti, l’inventeur de la «Grotta di Monte Calvo» (la Ratapignata) élèvera au Cours Saleya un monument avec une inscription élogieuse louant l’action de l’héroïne niçoise de 1543. L’œuvre réalisée en plâtre ne résistera malheureusement pas longtemps aux intempéries et aux déprédations des gamins du quartier!
En 1827, est bâti le nouveau Théâtre Municipal de Nice dont le rideau de scène sera décoré d’une œuvre du peintre Jean-Baptiste Biscarra représentant «l’Apothéose de Catherine Ségurane». En mars1881, un terrible incendie du à une fuite de gaz faisant 63 morts détruira l’édifice et conduira à la création du nouvel Opéra (1885) œuvre de François Aune.
La poétesse Agathe Sophie Sasserno, italienne de cœur, glorifiera elle aussi Ségurane dans «Pleurs et Sourires», une œuvre touchante publiée vers 1856.
En novembre 1923, c’est l’inauguration du monument élevé à la mémoire de Catherine Ségurane dans le Vieux Nice, en face de l’église St Martin-St Augustin. Le chanoine Rance-Bourrey, succédant au représentant du préfet, prit la parole et montra sa grande érudition en présence des autorités municipales et d’un public venu nombreux malgré la pluie. L’initiative de cette manifestation populaire revint au Comité des Traditions Niçoises dont le Secrétaire Général n’était autre que Menica Rondelly, le célèbre barde niçois, une référence!
Une cérémonie commémorative en ce lieu chaque 25 novembre rappelle que Nice reste toujours très attachée à son indépendance, à ses traditions séculaires et à ses héros.

( Yann Duvivier/Août 2018 )

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Un commentaire

  1. Très intéressant. Ayant vécu en Hongrie plus de 25 ans, j’attire votre attention sur une histoire similaire en Hongrie au XVI° lorsque les Ottomans l’occupaient. Dans une nouvelle de l’écrivain Géza Gardonyi, une certaine Katalin (comme cette chère Catherine Segurana) – Dobo de son nom – participa à la défense du château fort de la ville d’Eger assiégé par les Ottomans. Katalin Dobo symbolise la femme hongroise qui encourage les hommes à tout donner contre les envahisseurs. Y a t il un lien entre les deux histoires ? Je l’ignore mais nous avons le même prénom, la même attitude de cette héroïne et surtout les mêmes circonstances. Autant à Nice, il en reste une mémoire via le nom de l’Ecole C Segurana, autant en Hongrie, de nombreuses écoles et lycées ont pour nom Katalin Dobo.

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