Cinéma / FLEUVE NOIR d’ Eric Zonca.

La disparition inexpliquée d’un jeune homme de seize ans déclenche une enquête dont les zones d’ombres, vont révéler bien des turpitudes. Le Nouveau film du cinéaste de La vie Rêvée des Anges,  construit un « polar » sombre où personne n’échappe au scalpel d’une mise en  scène cherchant au plus profond des blessures humaines , les raisons du crime et du naufrage des sentiments …

Le commandant de Police Visconti( Vincent Cassel) – Crédit photo: Mars films –

Le réalisateur révélé au grand public par La vie Rêvée des Anges ( 1997 ) , est devenu un cinéaste rare – 4 films seulement dont deux pour la Télévision – à son actif . En raison  de  difficultés de montage de projets ambitieux qui ne trouvent pas toujours écho chez les décideurs préférant les sujets « consensuels » et éviter la prise de risques . Celle -là même qui caractérise l’approche du cinéaste qui aime bien « flirter » avec les extrêmes des personnages et des situations dans ses films , lui permettant une approche dramaturgique expressionniste très forte . Comme c’était le cas avec le personnage son film , Julia ( 2008 ) femme à la dérive , alcoolique et solitaire , incarné par Tilda Swinton. On retrouve ici dans son récit adapté librement du livre «  une disparition inquiétante » du romancier Israélien, Dror Mishani , dont il a retenu le contexte sombre et violent de l’intrigue en l’enrichissant de la confrontation entre le personnage du commandant de Police , Visconti ( Vincent Cassel) avec le professeur , Bellaile ( Romain Duris ) . Un face à face original qui s’inscrit autour de la référence du  Professeur,  à Kafla ( l’auteur de La métamorphose et du Chateau ) qui ajoute , par le délire fantasmé de ce dernier ,le contrepoint à la noirceur du récit, et au personnage du commandant de Police . Tout en ouvrant des perspectives nouvelles à la dimension psychologique de l’enquête, l’inscrivant dans la tonalité « Kafkaïenne », à laquelle faisait écho -via les cloportes du roman et l’affiche  collée au mur du bureau du professeur – à la monstruosité…

La mère du disparu ( Sandrine Kiberlain , de Dos ( Vincent Cassel ) – Crédit Photo : Mars Films-

Le cadre défini, voici donc que la disparition inexpliquée du jeune homme «  ça ne lui ressemble pas de s’absenter sans prévenir … », affirme la mère ( Sadrine Kiberlain ) effondrée au commandant de Police chargé de l’enquête . Pourtant la réalité est là . Que s’est-il passé dans cet immeuble Bourgeois et dans cette famille dont la mère éplorée doit s’occuper de la petite sœur handicapée du disparu. Et pourquoi le père de ce dernier était -il absent ?. Interrogatoires multiples et rapprochés , au commissariat et dans la maison du disparu , ainsi que chez le voisin , le professeur Bellaile ( Duris ) qui a donné des cours particuliers au jeune homme. Une atmosphère fiévreuse s’inscrit autour de cette enquête et des personnages concernés : perquisitions ( la cave ) , lettres et coups de fils anonymes , ratissage du petit bois de promenade voisin du domicile du disparu où il y aurait été vu . Autant de pistes , fut-ce t-elles fausses , à ne pas négliger . Au cœur de ce labyrinthe de possibilités et d’indices , viennent s’inscrire les comportements tout aussi labyrinthiques des personnages impliqués dont les tourments personnels de leurs vies , viennent interférer au cœur de l’intrigue. D’autant que chacun semble y investir doublement son «moi » et ses problèmes personnels . A l’image de commandant de police enfermé dans la douleur de son veuvage , son addiction à l’alcool et les problèmes relationnels avec son fils Denis compromis dans des trafics. Ou du professeur Bellaile , le voisin d’immeuble du disparu , s’invitant , lui , au cœur de l’enquête dont il est le premier suspect … pour en faire le terrain d’une expérimentation documentée , en vue son futur roman !. S’ils en deviennent prisonniers , c ‘est parce qu’ils n’arrivent pas à combler ce vide d’un solitude révélatrice , d’un manque d’amour…

le commandant de Police ( Vincent Cassel) et le professeur ( Romain Duris)  en intérrogatoire – Crédit Photo: Mars films –

C’est bien ce qui fait exploser la colère du commandant de police signifiant à son fils qui ne vient le voir que lorsqu’il a besoin de lui pour le sortir des emmerdes : «  efface le mot papa de ton vocabulaire !. » . De la même manière que les larmes de colère qui embuent les yeux de la femme ( Eléodie Bouchez) du professeur  , renvoient à ce dernier l’aveuglement dans lequel sa passion- l’écriture – l’enferme,  lui faisant oublier celle qui vit auprès de lui . C’est aussi , le rejet par ses proches de son ressenti intime qui semble être la cause de la disparition du fils, renvoyant elle , aux zones d’ombres des « secrets » d’un quotidien familial , dont l’enquête va révéler les turpitudes . Celles qui se sont murées dans le silence d’une chape de plomb. Vouloir en soulever le couvercle , c’est impensable et insupportable pour ceux qui y sont impliqués. C’est au cœur de cette situation tragique et ses effets , que le film nous immerge, pour nous en dévoiler les conséquences dont on vous laissera la révélation qui viendra tout éclairer et , faire même rebondir l’enquête , dans la séquence finale . Aboutissement d’un travail remarquable de la mise en scène qui porte le récit et les personnages , et s’en va sonder au plus profond des blessures , derrière lesquelles ils s’enferment, prisonniers impuissants de leurs maux . A l’image de la douleur infinie dont Sandrine Kiberlain habille ses silences et ses élans auxquels répondra la compassion du commandant de police, comme un soulagement momentané . De la même manière que le fait , la tendresse douloureuse et protectrice , dont celle-ci habille le dévouement indéfectible à sa petite fille handicapée …

Lola( Elodie Bouchez ) la femme du professeur face au commandant de police – Crédit Photo : Mars films –

Le regard du cinéaste , fait mouche dans cette approche des individus murés dans le silence par les maux intimes qui les habitent . A laquelle , à l’image de celle de Sandrine Kiberlain s’ajoute l’interprétation habitée de Vincent Cassel – physique et visage détruits qui en portent le poids, enveloppé dans un imperméable à la « Columbo » . Ainsi que celle dont Romain Duris habille le professeur dont il fait du cadre de l’enquête, son territoire d’investigation créatrice proche du délire . La mise en scène d’Eric zonca habille, elle , par ses choix ( lumière, cadre, sons , intérieurs et extérieurs… ) l’enferment des personnages permettant de sonder la profondeur de blessures de leurs âmes, à laquelle personne ne peut échapper , suspects ou enquêteurs….

(Etienne Ballérini )

FLEUVE NOIR d’Eric Zonca – 2018- Durée : 1h 53
AVEC : Vincent Cassel, Romain Duris, Sandrine Kiberlain , Elodie Bouchez , Charles Berling, Lauréna Theiller…
LIEN : Bande -Annonce du film Fleuve Noir , d’Eric Zonca .

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