Cinéma / Journal de Cannes 2018, No.7

Deux cinéastes Japonais en Compétition  hier   sur la croisette , La thématique  de la Famille  chère à  Kore-Eda  encore magnifiquement explorée  , et celle de la « double » passion par  son confrère Ryusuke Hamaguchi .   A la section un Certain  Regard, c’est la  pédophilie  avec le magnifique les  Chatouilles  d’Andrea Bescond  et Eric Métayer  qui a bouleversé le  Festival.

UNE AFFAIRE DE FAMILLE de Hirokazu Kore-Eda ( Compétition)

l’Affiche  du film Une affaire de famille de Hirokazu Kore-Eda

Le cinéaste Japonais , prolixe ces dernières années dont le film The third murder sorti en salle récemment avec succès , se retrouve dans la foulé en compétition sur la croisette avec son nouveau films . On y retrouve l’un des thèmes chers de son cinéma , La famille dont il a exploré au fil des ses fils les relations et les difficultés , ainsi que le poids des liens du sang ou ceux liés aux difficultés du couple ou , parfois ceux de la famille recomposée . Ici dès la première séquence, le ton est donné avec un père Osamu et son fils , qui , à la sortie d’un vol à l’étalage croisent dans la rue un petite fillette , Juri ( Sasaki Miyu) désemparée , perdue … et vont la recueillir dans leur modeste demeure . Dans celle-ci y vit la grand mère et sa petite fille d’une vingtaine d’années ( qui fait son business dans les Peep-Shws) , le couple Osamu , et leur fils , Shota dont on apprendra qu’il a été trouvé abandonné . De la même manière que l’on apprendra que la petite Juri s’est enfuie de sa famille qui la maltraitait . Pas question de prévenir la police, et comme cela a été le cas pour Shota , la petite fille sera adoptée par la famille . On ne pense pas aux risques possibles encourus par cette démarche de « recomposition familiale » hors -la loi . Ceux de séquestration et d’enlèvement au cas où la famille de la petite , la réclamerait. La famille ainsi recomposée vit en belle harmonie , et le cinéaste ne manque pas de nous entraîner avec son cinéma scrutateur des petites choses de la vie et de ses liens affectifs qui se tissent petit à petit au quotidien entre les individus . La petite fille qui y trouvera un frère , des parents et la  confiance. Les parents découvriront ce qu’ils avaient oublié en chemin plus préoccupés – par les petits trafics , petits  boulots ou vols auxquels il initient les enfants – que par un certain sens des responsabilités . Mais si celles-ci se construisent en marge de la normalité , elle  n’en est pas pour autant, tout aussi respectables …et surtout pour les enfants en question :  elles leurs offrent et apportent l’amour , dont ils ont étés privés . On ne vous révélera pas la suite des événements qui vont bouleverser ce bonheur construit en marge d’une société et de ses normes et codes sociaux traditionnels. Celle ,  dans laquelle les enfants se retrouvent parfois abandonnés et maltraités , et les familles se désagrègent et partent à veau l’eau . Cette cellule familiale « choisie » Kore-Eda , la sublime ici avec des personnages d’une humanité déchirante qui rendent toute leur valeurs à cette famille « illégitime » , sans identité biologique, mais qui a de l’amour à revendre «  il ne suffit pas d’accoucher pour être mère » , dira justement dira la femme d’Osamu .. ;

NETEMO SAMETEMO ( Asako1& 2) de Ryusuke Hamaguchi ( Compétition)

Une scène du film Netemo Sametemo ( Asako 1 &2) de Ryusuke Hamaguchi;

Le confrère de Kore-Eda étiait lui aussi de la compétition – et pour la première fois- avec son film . Révélé récemment par la sorte en salles de la série Senses ( Près de 6 Hures ) , pour son nouveau film Asako , il a choisi une facture plus traditionnelle à la fois de durée , mais aussi d’approche de la fiction . On y retrouve  la thématique classique de la passion qui va se retrouver confrontée à celle du « double » . Adapté du roman de Tomoka Shibasaki ,dont il s’est inspré , le film raconte l’histoire d’une jeune fille , Asako , de 21 ans vivant à Osaka qui rencontre un jour un jeune homme séduisant nommé Baru , dont elle tombe éperdument amoureuse . Pourtant prévenue  par ses amies qu’elle pourrait avoir des surprises et des regrets. mais le sait l’amour est aveugle ! . Sauf qu’un jour Baru disparaît ,  la laissant inconsolable . On la retrouve deux ans plus tard ayant changé de vie et de travail à Tokyo , où elle essaie de refaire surface . Un jour elle croise un jeune homme qui l’intrigue par sa ressemblance avec son amour disparu . Elle va chercher à le revoir aidée par de nouvelles amies et rencontres . Ce Jeune homme en question Ryoheï est attachant et révèle une personnalité originale très différente de son amour d’hier . Elle se laissera séduire. Mais la passion ravivée par la ressemblance des visages , deviendra trouble . Pourtant elle semble s’inscrire dans le quotidien et la normalité . C’est d’ailleurs cet aspect qui va rendre le récit attachant par le réalisme qui s’y inscrit .Tandis que quelque chose semble pourtant rôder d’étrange et d’inquiétant que distille la mise en scène par petites touches dans la costruction des plans où la lumière joue avec les ombres , amplifiées par le secret de son passé gardé par Asako qui n’e dira mot à Ryohei , alors que leur quotidien s’inscrit dans une certaine quiétude amoureuse . Comme un signe sans doute , les décors de la région sinistrée de la ville de Sendaï proche de Fukushima se fait  annonciatrice du nouveau tremblement du coeur de cette dernière , lorsque celui  qu’elle a gardé dans un coin de son cœur réapparaît !. Désormais elle va devoir choisir , mais elle sait que son avenir quel que soi son choix , sera celui du renoncement  au  bonheur , et du sacrifice …

LES CHATOUILLES de Abdrea Bescond et Eric Métayer ( Un Certain Regard )

Une scène de Les Chatouilles d’Andrea Bescond et Eric Métayer .

Le titre qui évoque l’enfance et les gestes d’amusement et de jeu , revêt ici une dimension grave qui renvoie à la mise en scène à la fois surprenante et originale , jouant sur ces deux tonalités , lui permettant d’utiliser la fameuse distanciation Brechtienne . Le sujet grave , c’est la pédophilie . On découvre des les première scènes : Odette une petite fille de 8 ans , belle et gentille qui aime bien  s’amuser , danser et dessiner . Un ami très proche de ses parents à qui il rend visite très souvent et qu’elle aime bien lui propose un jour de jouer    aux « chatouilles » , pourquoi refuserait-elle ? . Le « jeu » va durer plusieurs mois . Cut . On retrouve Odette (Andrea Bascond) , adulte , elle est danseuse et même une vie agitée et a un sacré caractère . Mais sa révolte intérieure c’est par la danse ( scènes magnifiques ) qu’elle l’exprime . Le spectacle Les chatouilles et la danse de la présenté au Théâtre Antoine à Paris , est aussi un film . Il est inspiré du vécu de la cinéaste et de ce «  viol » qui lui a volé et meurtri sa jeunesse , et cette douleur du secret gardé qui devient  insupportable . Le film décrit tout ça de manière bouleversante . D’autant plus qu’on l »a suggéré, la forme et là pour lui offrir encore plus de poids et de force  à cet insupportable , qui  fera  basculer dans la drogue, pour oublier . Les traumatismes et les cauchemars elle les libère par la danse  . L’insupportable , lors des visites à la psychologue à laquelle elle hésite à se confier, et qui au cours d’un long parcours finira par la persuader d’affronter le déni,  afin  de se libérer et se sauver , et  et de dénoncer le coupable . La mise en scène des événements traumatiques intercalés par le quotidien de son parcours de danseuse , ses amours et ses colères et le va -et -vient entre les   deux époques  ( son enfance  aujourd’hui) . le film  offre un aperçu du difficile chemin , à la renaissance . Celui qui doit passer par affronter le chemin permettant de se libérer du poids , et donc …libérer la parole .Ne pas avoir peur de se confier et raconter. Affronter aussi ceux qui ont peur – comme ses parents – des répercussions sur leurs vies et des réactions de leur entourage . Et puis se faire rendre justice car le crime , ne peut pas rester impuni . il en va de la dignité de l’individu et de sa souffrance intime qui doit être entendue , reconnue . C’est un grand film qu’Andrea Bescond et Eric Métayer ont signé . Un film nécessaire  . Acclamé hier lors de sa présentation dans la Salle Debussy . Il sortira sur les écrans en Septembre . Note- le sur vos agendas…

(Etienne Ballérini )

Le Programme de ce Mardi 15 Mai 2018 :

The House That Jack Built de Lars Von Trier ( Hors compétiton).
-Blackkklansman de Spike Lee ( Compétition)
-Euforia de Valéai Golino ( Un Certain Regard )                                                                               -(En Guerre  de Stéphane Brizé ( Compétiton )

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