Cinéma / Journal de Cannes 2018 , No. 2.

Une seconde journée riche en qualités artistiques et en sujets forts et graves . La Lèpre et le rejet avec Yomeddine , le premier long métrage de l’Egyptien A.B Shawky en Compétiiton . A la section Un Certain Regard, la guerre fratricide avec Donbass de L’Ukrainien Sergueï Lonitza , et le second long métrage de la Cinéaste venue du Kenya dont le film Rafiki traitant de l’homosexualité féminine, est interdit dans son pays …

YOMEDDINE de A.B Shawky ( Compétition officielle ) .

Une scène du film Yomeddine de A.B Sshawky

Le premier long métrage du jeune ( 32 ans ) cinéaste Egyptien a été très apprécié sur la croisette projection officielle et de presse confondues . Le parcours de son héros , Beshay un Lépreux aujourd’hui guéri qui décide de quitter la léproserie où il a été accueilli a son enfance pour partir à la recherche de sa famille et de ses racine , a ému le Festival par la dignité et l’humanité du regard qu’il pose sur lui . Au delà du personnage il s’interroge aussi sur le regard extérieur et le réflexe d’exclusion que cette maladie – pourtant aujourd’hui guérissable – provoque à cause des défigurations  sur le corps . Au travers du personnage de Beshay , le cinéaste aborde plus globalement la thématique de l’exclusion liée aux apparences de toutes sortes suscitant les réflexes du refus de considérer l’autre comme son égal . Dans l’une des très belles scènes du film , celle de la rencontre de Beshay avec le cul- de-jatte et ses amis éclopés , le dialogue qui s’installe sur le regard extérieur porté «  sur les monstres que nous sommes ! » , se prolonge par «  au jour du jugement dernier , nous serons tous égaux » . Le titre du film Yomeddine en arabe signifiant «  jour du jugement dernier » . Et au long de son long périple en Egypte accompagné par le jeune Orphelin Nubien nommé Obama (!) qui ne le quitte plus, c’est ce vécu du rejet extérieur dont la Léprosirie l’avait préservé que découvrira Beshay .
Mais , au delà ce qui ressortira , c’est sa combativité et sa force de résistance aux épreuves dans lesquelles le « soutien » du jeune garçon et de certaines autres belles rencontres , et mains tendues , lui feront oublier ses cauchemars . Et gagner une dignité . Le choix du jeune cinéaste refusant de « tricher » et choisissant de travailler avec ces comédiens dont le vécu , reflète leur parcours de vie : Beshay a vécu dans la Léproserie d’Abu Zaabal en Egypte , le personnage du cul- de jatte est un vrai accidenté de la vie. A l’évidence cette authenticité offre au récit et au film , sa force dramatique .

DONBASS de Sergueï Lonitza ( Un Certain Regard )

Une scène du film Donbass de Sergueï Lonitza.

Présent à l’édition 2017 avec Une Femme douce , le cinéaste Ukrainien y a été rappelé avec son nouveau film sur la guerre où la tragédie , le grotesque s’invitent dans un tourbillon de folie et de mort . C’est au cœur de cette région de l’Est de l’Ukraine où la guerre se déroule , entre l’armée Ukrainienne soutenue par des volontaires et les gangs séparatistes soutenus par les troupes Russes. Le récit composé de 13 épisodes , nous entraîne au cœur de ce chaos qui a sévi durant les années 2015-2015 . Le cinéaste s’est basé sur des faits réels pour décrire cette sorte d’Anarchie régnante où les instincts les plus bas des êtres humains se révèlent dessinant , dit le cinéaste «  le paysage des futures catastrophes » . C’est au cœur de ce chaos où tout bascule , et où , d’un côté comme de l’autre , on commet les pires exactions . Et où , institutions et lois sont piétinées , dans une sorte de jeu sordide et absurde dans lequel, les citoyens ordinaires se retrouvent emportés par les instincts primaires qui resurgissant . Comme le décrit l’incroyable et forte scène où l’on expose un soldat « ennemi »  à la vindicte . Sergueï Lonitza , excelle dans le travail sur les plans-séquences traduisant admirablement le crescendo de la violence et des excès de toutes sortes . Les attentats visant aveuglément les populations , les exactions ( punition des voleurs ou exécutions sommaires des « traitres »…) , les trafics , les réquisitions de toutes sortes destinées à servir la guerre patriotique , ou ceux qui en  profitent pour se remplir les poches en détourant des stocks de produits alimentaires ou de médicaments destinés aux hôpitaux . C’est ce « reflet » d’une situation , d’un monde à la dérive , que le cinéaste propose , où c’est au bout du compte l’humiliation des populations civiles , qui est en jeu …

RAFIKI de Wanuri Kahiu ( Un Certain Regard )

Une scène de Rafiki de Wanuri Kahiu .

Le second long métrage de la cinéaste Kenyane , à l’honneur de la Sélection Un Certain Regard , est interdit au Kenya par la commission de censure «  parecequ’il légitime l’homosexualité » , selon celle-ci . De fait , il raconte l’histoire de deux jeunes filles , Kena et ziki , vivant dans le même quartier de  Nairobi qui tombent amoureuses et qui vont très vite être le sujet des   regards  désapprobateurs . Le sujet abordé par la cinéaste était risqué , l’homosexualité y étant « tabou » , mais cela n’ a pas faite reculer , refusant d’être cataloguée comme une « militante » de la cause . En tant que femme , ce sont les « sujets concernant celles-ci » qui l’intéressent dans ce qu’elles sont amenées à vivre au quotidien , dit-elle . Adapté du livre Jambula Tree de l’écrivaine Monica Arac de Nyeko , que la cinéaste souhaitait porter à l’écran , elle a choisi de montrer une certaine jeunesse moderne et ses aspirations défiant certains « tabous » de la société Africaine . Comme le montrent les premières scènes du film où les discussions entre les jeunes laissent percevoir des points de vues divergents sur les rapports garçons / filles, et les réactions  insultantes que suscitent les comportements «  différents » , chez les garçons . L’amitié qui prend la dimension Amoureuse entre Kena et Ziki , se reflète même sur le plan Politique, puisque leurs pères sont candidats rivaux aux élections .. laissant entrevoir des points de vues différents . Le récit analyse aussi le poids du regard des femme plus âgées , ainsi que celui de la religion qualifiant les fautives de « sorcières », et pointe aussi les réactions violents menées ,envers les « déviants ». La mise en scène est soignée et efficace , les comédiennes sont excellentes . L’interdiction dont il fait l’objet fait mesuer si besoin était , que le combat contre l’intolérance , ne doit jamais baisser la garde …

(Etienne Ballérini )

Le Programme de ce Jeudi 10 Mai 2018 :

Plaire, Aimer, et Courrir vite de Christophe Honoré ( Compétition)
Zimna Wojna de Pawel Pawlikowski ( Copétition)
-Grans de Ali Abbasi ( Un Certain Regard )
-A genoux les gars d’Antoine Desrosières ( Un certain Regard ).

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