Cinéma / L’ ILE AUX CHIENS de Wes Anderson.

Dans un Japon Futuriste, le maire corrompu de la ville de Megasaki, organise la déportation des chiens accusés de propager une épidémie de grippe. Le réalisateur du Moonrise Kingdom et de The Grand Budapest hôtel , nous offre une superbe fable écologique , sociale et politique, servie par une réalisation en stop-motion magistrale…Ours d’Argent au festival de Berlin 2018.

l’inquiétant maire de la cité Japonaise ( Crédit Photo : Twentieth Century Fox) 

Le récit débute avec l’intervention publique du maire de la ville Japonaise, exprimant son inquiétude consécutive à la surpopulation canine et à la  découverte par les laboratoires d’un virus canin très dangereux pour la population. Pas le choix dit-il que de déporter l’espèce canine , jadis  « amie de l’homme » dans une île où elle sera réduite à vivre au milieu des détritus et ordures qui leur serviront de nourriture. Une personnalité scientifique et un représentant de l’opposition seront conviés à donner leur avis. Wes Anderson ne manque pas de donner d’emblée à cette séquence l’apparence de la mascarade mise en scène par le tout- puissant édile de la cité et ses propensions dictatoriales dont ses choix se font l’écho . Ceux d’une ségrégation visant à l’extinction des chiens au profit leurs ennemis héréditaires, les chats , protégés par le pouvoir en place . Le scénario, co- écrit avec ses collaborateurs Roman Coppola, Jason Schwartzman et le Japonais Kuniki Namura, fourmille de dialogues habilement ciselés , où seuls les animaux s’expriment ( en VO ou en VF selon votre choix) et sont dotés de caractéristiques humaines. Contrairement aux humains Japonais , dont les dialogues ne sont pas toujours – volontairement – traduits . Ici , comme c’était le cas dans la magnifique Le Fantastic Mr Fox, la fable  installe avec le héros animal , une proximité familière …

les chiens victimes de persécutions exilés dans l’île inhospitalière ( Crédit Photo : Twentieth Century Fox )  )

Celle qui conduira le jeune garçon Atari au péril de sa vie , à se rendre sur l’île où son animal de compagnie , Spots auquel il est attaché, est prisonnier. Pour ce faire , il va voler un avion et entamer un périple audacieux et dangereux . Sachant qu’il n’est autre que le neveu du maire en question !… et que son odyssée dans l’île -poubelle refuge des chiens répudiés , lui permettra de découvrir -grâce à eux – l’ignoble manipulation de ce dernier dont ils sont victimes. Atari  , accompagné d’un quintette de chiens errants qui n’ont peur de rien  va donc retrouver son fidèle Spots, avec lequel  l’aventure de résistance solidaire guerrière , face à l’injustice et à la ségrégation , va se « pactiser » dans un bel élan …qui va même trouver un bel écho , via le Net , chez des lycéens engagés un peu partout dans le monde luttant contre les injustices. La magnifique idée qui porte le récit, est de traduire celle-ci au travers de l’odyssée combattante du couple chien -enfant, et de lui offrir la dimension universelle . Celle d’un « combat solidaire », dont les hommes et leur cynique soif de pouvoir ont fini par perdre le sens des valeurs qu’il représente . Au bout du compte,  la symbolique de l’île – poubelle ,  en forme de camp dans laquelle les chiens sont destinés à y mourir , n’est que le reflet des idéaux démocratiques que les humains ont fini par abandonner, au nom de critères ( politiques , économiques , raciaux , ethniques , religieux , etc.. ) , érigés en priorités de survie . Ceux- là  même dont le maire Japonais fait état pour justifier sa décision. Wes Anderson , habilement, en déroule la mystification politique qu’elle représente qui peut se décliner un peu partout dans le monde où l’on peut devenir le             «  chien » …de l’autre , et (ou ) du pouvoir qui le décide !…

Le quintette de chiens rebelles ( Crédit Photo : Twentieth Century Fox)

Dès lors durant 101 minutes , Wes Anderson et ses compères aux manettes du scénario et des dialogues auxquels s’ajoute le travail de ceux chargés de l’animation, vont rivaliser d’inventivité et s’en donner à coeur- joie, pour nous entraîner dans le tourbillon de la fable. Le bien et le mal y sont déclinés avec une habileté perverse , renversant la donne de la représentation des valeurs. Le « chien méchant » dont l’appellation de l’homme affuble souvent l’animal de compagnie devient ici ( superbe scène ) l’objet d’un « pacte à la vie , et pour toujours » , entre l’enfant Atari et son chien Spots. D’ailleurs pourrait-il en être autrement quand on a pu mesurer , avec eux , l’atrocité dont les humains sont capables          ( crustacés découpés vivants, couteau planté dans le crâne …) s’inscrivant dans de nombreuses scènes . D’autant qu’à celles-ci , répond comme une sorte de mise en abîme du drame politique canin qui se joue , l’hommage à la culture ( littérature , estampes , cinéma …) Japonaise en forme de revers sombre de la médaille . La mise en abîme devient dès lors encore plus forte et efficace par le choix stylistique d’une écriture où la poésie et la mélancolie dont se parent les films du cinéaste , se retrouve comme ses chiens héros , prise au piège de la violence sauvage qui insuffle à celle -ci , une dimension  cruelle inattendue …

L’enfant , Atari, retrouve son fidèle compagnon: Spots ( Crédit Photo: Twentieth Century Fox ) 

D’autant que l’inventivité créatrice de la technique du « stop motion » (animation image par image ), trouve dans cette dualité du récit , une sorte d’accomplissement dans la fougue représentative qui anime les auteurs du récit et les créateurs des centaines de marionnettes et décors  , des plus petits aux plus grands, leur donnant vie . Avec  la subtilité des moindres détails,  et  la justesse des expressions et mouvements qui les caractérisent pour leur donner vie et humanité , dans ce paysage d’apocalypse . Tout y  est millimétré , et offre cette authenticité dont le magicien Méliès jadis  fut un des précurseurs , et  portée ici au sommet grâce aux moyens modernes utilisés par Wes Aderson et ses  équipes d’animation dont   le pointillisme des détails , rejoint celui des maîtres de la peinture. Dès lors, toutes ces vies qui frémissent et nous sont proposées à être perçues comme prenant le relais d’une nature humaine devenue défaillante …dont les deux âmes « justes » qui les remplacent, sont, le chien et l’enfant . Le « pestiféré » qui a souffert de la ségrégation et soif de dignité et de justice , et son jeune maître qui n’a pas encore été  gangrené par les adultes et le mal, sont les « âmes pures » qui pourront construire l’avenir …
A l’évidence , comme dans The grand Budapest Hôtel ( Grand Prix du Jury  Festival de Berlin 2014 ), où les personnages englués dans la tourmentent devenaient des sortes de marionnettes de la tragédie humaine qui se jouait . Ici, au cœur de la tragédie de la déportation  les marionnettes canines , devenues les souffre – douleur des humains , vont chercher le salut en s’appropriant l’humanité perdue de leurs maîtres , avec l’aide de la jeune – et pure – innocence de l’enfant . La fable et le conte ainsi se déclinent , et, n’est-il pas logique dès lors, par exemple de voir dans l’image du «  repli protecteur » donnée par le maire de la ville , celle d’autres figures de gouvernants , et ( ou ) de pays du monde qui en font aujourd’hui,  une justification politique nécessaire ?. On le sait, le regard des artistes sur le monde et ses travers a souvent servi de sonnette d’alarme …

( Etienne Ballérini )

L’ILE AUX CHIENS de Wes Anderson – 2018- Durée : 1h 41 .

Avec les voix de : Bill Murray, Edward Norton, Liv Schrieber, Frances Mc Doamnd, Tilda Swinton , Harvey Keitel ( en VO ) – et celles en VF de:Isabelle Huppert , Vincent Lindon , Romain Duris, Louis Garrel, Hyppolyte Girardot , Daniel Auteuil . Mathieu Amalric…

LIEN : Bande – annonce du film, L’ILE AUX CHIENS de Wes Anderson .

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