Cinéma / EVA de Benoît Jacquot.

Séduction, désir, emprise et passion amoureuse , prostitution , jeux de pouvoirs et variation sur les apparences et la création .Le nouveau film du cinéaste de Benoit Jacquot adapté librement de James Hadley Chase , explore ces thématiques sous la forme du thriller psychologique …

Eva ( Isabelle Huppert ) et Bertrand ( Gaspard Ulliel )- Crédit Photo : Europacorp distribution –

C’est un jeu de pistes que nous propose le cinéaste autour de deux personnages jouant au chat et à la souris dont la fascination de l’un pour l’autre renvoie à cette sorte de mystère des pulsions irrépressibles dont il est bien difficile de comprendre parfois toutes les raisons conscientes ou inconscientes qui les habitent. Il y a d’ailleurs dès les premières séquences d’introduction qui nous font découvrir Bertrand ( Gaspard Ulliel ) et Eva ( Isabelle Huppert), cette atmosphère trouble qui s’installe introduisant la dimension du thriller psychologique , voir psychanalytique . Gaspard en gigolo en visite chez un vieil auteur qui en « pince » pour lui… jusqu’à en mourir , va s’éclipser dans la nuit après lui avoir volé son manuscrit . Cut . Plus tard on retrouve Bertrand devenu auteur à succès fêté au théâtre grâce à l’adaptation du manuscrit volé. Mais cette notoriété pour autant , il lui faudra la confirmer par sa propre écriture …et c’est ce qu’il va devoir prouver à la société de de production et à son éditeur, qui, voulant profiter du succès font pression sur lui pour l’écriture d’une autre pièce . Pour ce faire , Bertrand part s’isoler dans le chalet Savoyard de la famille de sa compagne… où à sa grande surprise il va y trouver deux inconnus , Eva la prostituée et son client, installés dans les lieux à qui il demande de les quitter, dans la confusion du quiproquo , la situation se tend et Bertrand est assommé …

Bertrand ( Gaspard Ulliel ) et sa compagne ( Julia Ray )  Crédit photo ; Europacorp Distribution –

Après un court séjour à l’hôpital Bertrand voudra saisir l’opportunité de son infortune comme sujet de son travail , mais surtout en panne d’inspiration, il va tenter de provoquer la possibilité de l’alimenter en cherchant à retrouver , les traces d’Eva . Et germe dans son esprit l’idée  de s’immiscer  dans sa vie et chercher à la séduire et à la soumettre pour en faire le sujet idéal de sa prochaine fiction sur la prostitution. L’inspiration et son manque , la créativité « boostée » par le vécu ,et en prime,  le jeu de la séduction et du pouvoir , en même temps que celui du risque que la « proie » peut se défiler … ou se révolter . Le jeu est excitant pour l’écriture , et Bertrand  en opportuniste sans scrupules , se lance dans l’aventure du gigolo et de la femme mûre. Il y a aussi en filigrane dans sa démarche , la dimension de l’ascension sociale et de la reconnaissance qui le motive . En tout cas, le danger ne lui fait pas peur et inconsciemment il va même le provoquer en jouant sur l’instinct de conservation dont Eva fera preuve . Consciente de la situation qui l’ a conduite à se prostituer dont elle ne révélera à personne les raisons, sinon par des  allusions à «  ce mari qui n’est jamais là mais qui reste l’homme de ma vie ». Le mystère qui excite encore un peu plus Bertrand , et l’exploration de la prostitution sur un angle double , comme élément de récit pour le cinéaste . Celui dont l’un veut s’en sortir en cachant les raisons qui le poussent ; et dont l’une veut au delà de celles-ci maîtriser totalement son implication, assurant de manière quasi chirurgicale toutes les formes de protection de possibles pour préserver, son intégrité…

Bertrand ( Gaspard Ulliel ) invité au jeu de séduction- rejet ,  d’Eva ( Isabelle  Huppert ) – Crédit Photo : Europacorp distribution –

Dès lors tous les éléments sont en place pour que se déploie le jeu des apparences , mais aussi celui du manque ( l’absence du mari d’Eva , la difficulté d’écriture pour Bertrand ) et des pulsions qui les habitent , dont chacun va se servir pour tenter de faire plier l’autre . Le masque du maquillage et des perruques que porte Eva est celui des apparences protectrices  qu’elle renvoie aux clients, mais aussi à Bertrand et a ses amis qui à l’image de Régis               ( Richard Berry ) l’éditeur curieux , voudra percer l’intimité de cette dernière . Ou encore de Caroline ( Julia Ray ) l’amie de Bertrand avec laquelle le projet de mariage est avancé , et qui, spectatrice du trouble dans lequel est plongé ce dernier est amenée à imaginer l’existence d’une rivale qui s’est immiscée dans sa vie . Alors, ce masque symbolique de son système de défense qu ‘arbore Eva , envers la convoitise dont elle est la proie , refusant d’être l’objet de possession et marquant son territoire de liberté en posant d’emblée la règle du jeu commerciale dans laquelle il se déploie, et, dont elle en définit les limites infranchissables . Personne  ne pourra le faire , pas même Bertrand auquel elle fait mine de laisser croire qu’il peut gagner la partie , qui  va en faire les frais ! . Magnifique séquence de l’invitation au restaurant et de la nuit à l’hôtel laissant présager à ce denier que sa jeunesse , son charme ,  sa beauté comme son assurance, ont gagné la partie . Le choc du réveil sera encore plus dur… et dès lors , habilement , le jeu de massacre s’installe qui va faire basculer les événements. . Eva objet de l’emprise de Bertrand et de ses amis,va mettre en œuvre les mécanismes de survie lui permettant de les terrasser. Le basculement du rapport dominant- dominé dont la logique est malmenée en est l’illustration parfaite de ce à quoi peuvent conduire , les conséquences du désir …

On vous laissera découvrir les phases de ce jeu de possession et de duplicité conduisant à un renversement des rôles dans lequel la raison et la déraison , font écho à la duplicité des personnages . Mais , aussi aux gouffres auxquels chacun doit faire face , et aux pertes de repères qu’ils génèrent , comme les pièges qu’ils doivent déjouer . Servi par un beau travail des comédiens et une partition musicale de Bruno Coulais qui accompagne le périple obsessionnel des personnages . Le dépaysement français – entre Paris et Annecy- que Benoît Jacquot offre au roman de James Hadely Chase , que jadis Joseph Losey ( Eva /1962 ) avait situé à Venise ( évoquée ici comme référence , et destination possible de leur voyage de noces, par couple Bertrand /Caroline ) , propose  une nouvelle approche, en forme d’exercice de style excitant .

(Etienne Ballérini)

EVA de Benoit Jacquot – 2018- Durée 1h 40.
Avec : Isabelel Huppert, Gaspard Ulliel , Richard Berry , Julia Ray, Marc Barbé …

LIEN : Bande-Annonce du Film Eva de Benoit Jacquot .

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