Cinéma / PRENDRE LE LARGE de Gaël Morel.

La mondialisation rampante et ses conséquences : les plans sociaux, les délocalisations . Le cinéaste, nous raconte avec subtilité , justesse et pudeur le parcours de son héroïne , Edith , employée dans une usine de textile dont la vie va être bouleversée. En choisissant le reclassement au Maroc pour garder son poste, elle découvrira un tout autre aspect de l’explotation au travail …

l’Affiche du film

Le comédien Cinéaste,  dont c’est le sixième long métrage a construit une filmographie où l’ancrage social , l’intimisme et le romanesque sont au cœur . Les troubles identitaires et politiques ( Les chemins de l’Oued /1996), l’ancrage ouvrier des trois frères de Le clan  ( 2003) , Le deuil impossible d’une mère dont le fils est mort dans un accident de la route  ( Après lui / 2006),  et le quotidien de deux prostitués homo masuclins dont la destinée vire au drame ( Notre Paradis /2011) . Originaire d’une famille ouvrière de la région du Beaujolais , Gaël Morel il se passsionne pour le cinéma . Découvert à 18 ans par André Téchiné qui l’engage pour son film Les Roseaux sauvages ( 1994 ) et le retrouve pour Loin ( 2001), et tournera aussi pour Didier Haudepin ( Le plus bel âge ) ou Christophe Honoré ( Les chansons d’Amour). Mais sa passion c’est la réalisation et la direction d’acteurs où il excelle , dirigeant à l’occasion certains ( nes ) qui furent ses partnaires. Prendre le large son nouveau film dans lequl il poursuit son travail de « radiographie » des individus et de la société , est sans doute celui qui lui est le plus poche et concrétise son désir de parler directement de son milieu d’origine, en s’inspirant à la fois de la réalité du vécu dans le milieu de  classe ouvrière où il a grandi , et d’une situation emblématque d’une usine de texile  soumise aux lois  économiques d’aujourd’hui . Un contexte pour lequel son père qui a travaillé comme ouvrier dans un usine de textile à Villefranche- sur-Saone, lui a fourni des éléments précieux. Auxquels s’ajoutent ceux de son co-scénariste ( Rachid O.) pour le réalisme de la situation et du contexte Marocain et de la ville de Tanger …

Edith ( Sandrine Bonnaire ) et sa chef Najat( ( Farida Ouchani ) dans l’usine delocalisée .( crédit photo: Les  Films  du Losange )

Le plan social donc , auquel Edith ( Sandrine Bonnaire , parfaite comme toujours ) va etre confrontée : prime de licenciement et chômage …ou reclassement , ne lui laisse pas le choix car elle veut continuer à travailler. C’est donc au Maroc où l’Usine a été délocalisée dans une «  zone franche » ( qui permet tous les excès …) qu’elle décide de continuer à travailler . Elle espère y découvrir d’autres horizons, rapports et liens qui lui permettraient d’oublier la solitude de son  quotidien , et soigner des bléssures profondes et la solitude  dont elle souffre : le décès de son mari ( dû au travail…) , et le départ de son fils avec lequel les liens se sont distendus. Une prise de risque  et un choix assumé. Elle va se plonger dans le quotidien de la vie de Tanger et dans son nouveau travail. Les désillusions qu’elle va devoir affronter que certains fuiraient très vite , lui donnertont même un nouvelle énergie . De laquelle le cinéaste , lui, puise celle de sa mise en scène qui lui permet de brosser le quotidien du travail dans une usine délocalisée, et la réalité d’un pays et d’une ville. Le réalisme social et le romanesque en bandoullière, son film puise dans les deux éléments d’écriture , pour nous offrir de magnifiques moments . Sur le courage et l’énergie d’Edith qui fait face , et sa fragilité mise à l’épreuve. Et Gaël Morel , y fait écho par celle de son recit qui accompagne son Edith – presque de tous les plans – pour nous faire vivre par ses yeux , les lieux, situations et personnages qu’elle croise , dont son nouveau quotidien sera le révélateur des contrastes , soumissions , mais aussi de cette humanité qui s’y révéle. Les séquences concernant l’usine délocalisée, sont très fortes notamment au travers du rejet dont , dans un premier temps, Edith sera victime . Perçue comme l’étrangère mieux payée qu’elles  qui doivent souvent  avoir recours à un second travail …pour faire vivre leurs familles.

Edith ( Sandrine Bonnaire ) et Ali ( Kamal El Amri ) – Crédit Photo:  les films du Losange.

Chaîne de production archaïque , rythme et cadences de travail insoutenables, machines non entretenues provoquant des accidents, nuissances sonores , et tensions diverses contraignant à les accepter , sous peine de renvoi. Absence de syndicat … la solidrité y est impossible et «  laisse le champ à ce qui ressemble à une certaine forme de barbarie qui n’est pas inhérente au Maroc mais plutôt au monde capitaliste puisqu’elle est conduite par l’Occident où se trouvent les sièges de direction de ces entreprises », explique le cinéaste . Le mécanisme de la peur entretenue y domine … dont le bel exemple est le personnage de la contremaître autoritaire , Najat ( Farida Ouchani ) qui se protège en  ne déclarant pas les machines déféctueuses à ses supérieurs . On y découvre aussi cette ville, Tanger , ouverte aux capitaux étrangers  » C’est une ville en pleine expansion, avec une économie florissante. Il y a une énorme zone franche qui bénéficie de dérogations de droits de douane notamment. Tanger est une ville très attractive où les industries européennes, dont le textile, ont tout intérêt, malheureusement, à s’implanter car les coûts salariaux y sont beaucoup moins élevés et les travailleurs peu protégés par les lois sociales« . Et où  régne  aussi un certain « poids moral », qui se manifeste par exemple par ces groupes islamiques qui font pression et pèsent pour le repsect du port du voile ( dans les autobus… ) , mais ont aussi des  représentants dans de nombreux lieux de travail . Et puis , aussi  une ville où chômage  et  une certaine misère  régne – dans certaines rues rues de la ville ou bâtiments insalubres – qui tranche avec les quartiers chics ou la zone indistrielle..

Sandrine Bonnaire et Gaël Morel ( Crédit photo: Les Films du Losange)

A ce constat fait écho dans ce contexte, ce qui vit et se cache de vie et d’humanité et  un relationnel  qui se construit en marge des frustrations  et peurs. C’est ce qu’Edith va découvrir  qui avait sans doute motivé son désir de prendre le large , et trouver ce qu’elle était venue y chercher : l’amitié ,  le lien avec les autres . C’est ce qu’ après une approche faite de distance et de méfiance , elle va trouver auprès de Mina ( Mouna Fettou ) la propriétaire de la pension où elle habite , et de son fils , Eli ( Kamal El Amri ) . Mina qui a brisé le « tabou » du divorce ( et celui de la répudiation désormais interdite au Maroc) et qui veut vivre sa vie , sortir ( à la cinémathèque voir les  films interdits ) et s’amuser comme toute une jeunesse qui aspire à la liberté. Mina et son fils si proches. Edith qui a sacrifié sa vie au bonheur du sien , Jérémie ( Ilian Bergala ) . Ali , y est pour quelquechose dans ce rapprochement , qui se confie souvent à Edith sur son avenir qu’il  devra  construire lui aussi , près ou loin de sa mère  . La distance passée , leurs expériences différentes les rapprochent et les confidences se multiplient. Les repas en commun où les saveurs Marocaines se marientt à celles des recettes Françaises d’Edith  qui aime faire la cuisine et leur prouve , se transforment en moments partagés intenses . La force de l’amitié qui se lie entr’elles, et ce couple mère -enfant  qu’Edith , elle , a  sacridié…  prolongera les confidences  jusque là entreteneus avec Ali . Le romanesque qui s’installe alors dans cette approche , et l’écho qu’il renvoie , permettra  à Edith de « soigner» doublement son rapport à son travail précipité par son renvoi de l’usine et un passage chez les saisonniers du Rif … et envisager de recommencer sa vie . Désormais elle ne subit plus , mais agit . Le dernier plan d’Edith filmée de dos , le regard fixé sur l’horizon du nouvel espace , auquel l’écran large s’ouvre , est révélateur de l’apaisement retrouvé . Un joli final à l’image  du film , dont l’émotion toujours juste  qu’il distille , est servie par des comédiens- on le dit redit encore-, tous remarquablement dirigés.

Le plaisir et l’émotion qui transpirent ,  comme la justesse du regard et du ton que l’on a ressentie à la vision du film , et que l’on vous invite à  aller partager en salles ….

PRENDRE LE LARGE de Gaël Morel – 2017 – Durée : 1h 43-

Avec : Sandrine Bonnaire , Mouna Fettou,Kamal El Amri, Ilian Bergala, Farida Ouchani, Karima Nisrine Radi et Lubna Azabal …

LIEN : Bande-Annonce , du film : Prendre le Large de Gaël Morel.

 

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