Cinéma / UNE VIE AILLEURS d’Olivier Peyon.

Un couple de binationaux, une séparation et l’enfant enlevé par le père. La mère qui va vouloir le récupérer. Les multiples questionnements sur ce thème délicat, et notamment celui du sort de l’enfant mis en situation d’otage entre le deux camps. Un beau regard, sensible et pudique …

l’Affiche du film.

Un couple en rupture et leur jeune enfant enlevé par son père qui s’en est retourné dans son pays. Sylvie ( Isabelle Carré ) qui en a souffert et multiplié les démarches légales pour tenter de récupérer son enfant, Felipe ( Dylan Cortes , épatant ) . Celles-ci n’aboutissant pas , elle finit par décider de se rendre en Uruguay pour le «  récupérer », et a préparé à cet effet minutieusement son voyage et les dépenses… et sa stratégie . Accompagnée par un assistant social , Mehdi ( Ramzy Bédia ) qui a promis de l’aider. Arrivée sur place , les premières difficultés commencent avec la défection d’un « contact » , un passeur devant l’aider dans l’exfiltration de son fils. La recherche et localisation de ce dernier se complique dès lors , malgré les renseignements accumulés . Mehdi s’y attèle et finit par retrouver la ville et la maison où vit Felipe , élevé par sa grand-mère et sa tante. Les premières séquences rondement menées mettent habilement en place les éléments d’une situation humaine et juridique complexe dont le cinéaste explique les raisons qui ont conduit Sylvie à tenter le tout pour le tout . « pour les couple binationaux qui se disputent un enfant, c’est souvent le seul moyen que trouve un des parents pour récupérer son enfant . Il existe des accords , entre certains pays , mais à partir du moment où l’enfant a la double nationalité , les justices des deux pays peuvent rentrer en concurrence . L’avantage est à celle du pays où l’enfant vit désormais, la stabilité de l’enfant étant privilégiée », explique -t-il …

Sylvie( Isabelle Carré) et Mehi ( Ramzy Bédia) sur le bateau vers l’Uruguay et la recherche de l’enfant .

L’enjeu ainsi défini, au-delà de la souffrance de la mère dont Isabelle Carré , magnifique et vibrante une fois de plus , incarne tous les états de désespérance maternelle de la séparation  vécue par  Sylvie, la peur des retrouvailles et le sentiment de culpabilité , qui la traversent . Olivier Peyon a choisi de s’attacher à décrire les conséquences, des choix , des positionnements et des mensonges dont les adultes peuvent user , sans penser aux conséquences sur l’enfant. Grand-mère et tante aimantes qui ont voulu protéger Felipe après la mort de son père, et lui ont construit un quotidien heureux … Une vie ailleurs         ( Voir  Bande- annonce )  dans ce pays lointain  , où le souvenir de la mère est évacué. La tante , Maria ( Maria Duplàa ) jouant aujourd’hui , le rôle de substitut maternel . L’amour égoïste de celles-ci (  comme souvent en pareil cas , celui des adultes en général  ?… ) éclatant dans le magnifiques scènes . Auxquelles ,  fait écho  le secret de Félipe trouvant refuge dans le « jardin secret » qu’il s’est construit du souvenir de sa mère. La belle idée du récit c’est de lui renvoyer , en miroir , les états d’âmes de Sylvie s’interrogeant sur ce que la vie du couple au travail ( lui maître d’hôtel, et elle serveuse …) a pu jouer dans la rupture de son couple et sur l’enfant «  ai-je été une bonne mère ?». Et de vouloir aujourd’hui rattraper le temps perdu pour reconquérir l’amour de son enfant , qui , après quatre longues années passées loin d’elle, l’a peut -être oubliée ?… Questionnement sur la maternité et sur l’instinct maternel dont les figures sont représentées par la grand- mère,  la tante et la vraie mère . A celui-ci, font écho les plus belles scènes du film , lorsqu’elles se retrouvent face à face. L’arrivée de Sylvie réclamant son fils, ayant réveillé les sentiments de « possession » de chacune vis à vis de l’enfant. Et toutes trois,  seront confrontées à la réaction de  fuite, et au désarroi de ce dernier, qui finit par mettre en lumière,  le vrai débat…

Mehdi ( Ramzy Bédia ) retrouve Felipe  se prend d’affection pour lui …et veut le protéger .

Celui qui est au cœur du film et dont chaque séquence porte le questionnement. Celui qui devrait être au centre des préoccupations des adultes dont Félipe semble être l’otage de leurs propres désirs ( intérêts ?) ,  fut-ce par le mensonge  et  ( ou ) l’alibi  du souci de « bien faire », comme l’évoque la grand-mère, Norma ( Virginia Mendez ) . Mais voilà , c’est souvent oublier la fragilité de l’enfant qui doit être protégé , et son avenir en construction  être  au centre des préoccupations des adultes , lorsque des situations de séparation ou de conflits, peuvent le faire souffrir et entraîner des conséquences dramatiques … et de possibles séquelles futures . A cet égard, le personnage de Mehdi l’assistant social, va se retrouver dans un rôle de médiateur. Ramzy Bédia, offre une superbe dimension lui aussi à ce personnage attentif et sensible aux autres. D’emblée son approche, puis son rapport qui se construit au fil des jours dans l’écoute, et les confidences de Felipe qu’il provoque , lui permet de comprendre comment ce dernier , perçoit sa situation, et sa vie aujourd’hui …

De gauche à droite : Felipe ( Dylan Cortès) , Maria ( Maria Duplàa) et Norma ( Virginia Mendez )

Avec une belle attention portée à tous les personnages dont il dissèque, sans les juger , les choix et comportements du cœur . Le récit et la mise en scène , en installent ,  les enjeux . Ceux qui ont construit un quotidien à Felipe ( sa famille, ses copains …) et le possible bouleversement dont il pourrait souffrir des effets. C’est son seul bonheur que la mise en scène, y met au cœur . Toutes les séquences inscrivent, ce qui s’y joue et les choix des concernées ( mère, grand-mère et tante ) vont s’y retrouver confrontés. Et devoir mettre leurs sentiments et désirs en berne pour ne regarder désormais que l’intérêt de l’enfant . Un choix à la «  Salomon » où la question de la maternité se retrouve au cœur du film et des interrogations que le cinéaste veut faire partager au spectateur. La réflexion sur celui -ci , qu’il a voulu prolonger, après avoir consacré un documentaire à Elisabeth Badinter                   ( Elisabeth Badinter à Contre courant / 2009 ) , à propos de son essai «  l’amour en plus » . Où , «  elle remet en cause l’instinct maternel… j’avoue que ses écrits m’ont nourri , ainsi que ma propre expérience de parent . Ensuite il y a eu ces débats récents , autour du mariage pour tous … et les relans de retour en arrière. Je trouvais important de revenir sur ces thèmes »… » , explique-t-il .

Une vie ailleurs , est riche de toutes ces interrogations . Les auteurs ( Olivier Peyon s’est assuré en co-écriture du scénario et des dialogues, la collaboration du regard féminin de Cécile Rouaud ) , ont le mérite de les aborder de front dans une fiction qui pourrait vite basculer dans les clichés de la sensiblerie mélodramatique . Qu’ils écartent par le choix des petites touches , par la délicatesse et la justesse de leur regard sur les enjeux et le  contexte , dont dépend l’avenir et le bonheur de Felipe. Evitant les pièges manipulateurs de la sensiblerie « cleenex » , ils le rendent d’autant plus touchant et bouleversant . Ne le manquez pas …

(Etienne Ballérini )

UNE VIE AILLEURS d’Olivier Peyon- 2017- Durée : 1 h 36-
Avec : Isabelle carré , Ramzy  Bédia , Maria Duplàa, Dylan Cortès , Virginia Mendès…

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