Cinéma / L’HISTOIRE D’UNE MERE de Sandrine Veysset

Révélée par Y’aura t’il de la neige à Noël ? en 1996, Sandrine Veysset revient derrière la caméra dix ans après son dernier long métrage. Avec L’histoire d’une mère, elle adapte librement un conte peu connu de Hans Chritian Andersen. Un retour réussi.

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L’affiche du film

Y’aura t’il de la neige à Noël ? marquait les débuts derrière la caméra, de Sandrine Veysset. Le film a remporté le Prix Louis Delluc 1996 et le César de la meilleure première œuvre 1997. Un coup de maître associé à un très bon accueil critique et public pour une cinéaste débutante, autodidacte, qui n’avait aucune expérience du court métrage. Après Leos Carax, qui l’avait encouragé à écrire son premier scénario, c’est la rencontre avec Humbert Balsan qui lance sa carrière. Après Y’aura t’il de la neige… il produit ses trois autres longs métrages,Victor, pendant qu’il est trop tard (1998), Martha, Martha (2000), Il sera une fois (2006). Marquée comme beaucoup par le décès, aussi soudain que tragique, du producteur (*), la cinéaste, qui a suivi dans sa jeunesse des études de lettres modernes et d’arts plastiques, s’était tenue à l’écart de la réalisation pour se consacrer à la peinture et aux collages. Dix ans après son dernier long métrage, elle revient au cinéma. Malgré le temps qui défile, quelques semaines seulement semblent s’être écoulées entre son précédent long métrage et L’Histoire d’une mère, inspiré d’un conte de Hans Christian Andersen, qui s’inscrit dans la continuité de ses autres films…

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Héloïse (Catherine Ferran), Neige (Lou Lesage) et son enfant (Albert Geffrier) – Photo Zelig Films

A la campagne, dans une ferme isolée, Neige (Lou Lesage, jusqu’alors surtout connue comme chanteuse mais qui commence à se faire un nom au cinéma), une jeune mère célibataire, vit avec Héloïse (Catherine Ferran), sa grand-mère, qui pourvoit à ses besoins, une femme autoritaire et brutale, à la fois dentellière aux doigts de fée et une inquiétante guérisseuse. Malgré l’âpreté de la vie, Neige entretient un amour fusionnel avec son fils Louis (Albert Geffrier), un bambin qui ne parle pas. Elle joue avec lui où lui raconte des histoires. La nuit, dans ses rêves, elle rencontre la Mort (Dominique Raymond)…
Comme le souligne Sandrine Veysset : « Dans tous mes films précédents, il y a toujours la figure de la mère. Celle, aimante et protectrice, de « Y’aura t’il de la neige à Noël ? ». La mère défaillante, inquiétante de « Martha… Martha ». Celle malade et délirante de « Il sera une fois… ». Mon travail de cinéaste s’est toujours cristallisé autour de la relation mère / enfant(s). J’ai tourné autour de ce lien extrêmement fort, à la fois structurant et déstructurant, riche, déterminant dans la construction d’un individu ».

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 Neige (Lou Lesage) – Photo : Zelig Films

La mère, mais aussi l’enfance, le monde rural ou le conte sont quelques-uns des thèmes récurrents du cinéma de Sandrine Veysset qui retrouve à cette occasion « sa famille », une équipe de comédiens, comme Catherine Ferran et Dominique Reymond, ou de techniciens avec laquelle elle a déjà travaillé auparavant.
L’Histoire d’une mère raconte ainsi deux histoires. Ancrée dans la réalité, celle de Neige qui entreprend de jouer un tour au prince charmant, le fils du maire, un riche propriétaire terrien, sur le point de se marier. Une autre, onirique et fantastique, celle d’une mère qui fait face à la Mort, lui fait écho. Dans un premier temps, l’une et l’autre alternent. Ensuite, au fil de la narration, les frontières s’estompent et les deux récits se mélangent et se confondent.

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Neige (Lou Lesage), la Mort (Dominique Raymond) – Photo Zelig Films

A la qualité des trois interprètes féminines principales, il convient d’associer celle de la mise en scène, malgré un manque évident de moyens. Comme quoi la surabondance d’effets spéciaux numériques ne suffit pas toujours pour recréer des ambiances mystérieuses ou angoissantes. Par ailleurs, l’alternance entre les deux histoires, puis leur fusion s’effectuent en douceur, sans rupture et donc sans trouble pour le spectateur. On ajoutera également l’utilisation parcimonieuse de la musique, qui accompagne sans excès les moments dramatiques et angoissants du film, et le remarquable travail sur l’image et la lumière, avec ses gros plans sur les visages ou l’alternance d’ombres et de clairs-obscurs, signé de la talentueuse Hélène Louvart, fidèle à la réalisatrice depuis ses débuts.
Un retour réussi pour Sandrine Veysset

(*) Acteur devenu producteur indépendant, Humbert Balsan a produit une soixantaine de films, parmi lesquels ceux de Yousri Nasrallah, Maroun Bagdadi, Elia Suleiman, Philippe Faucon, René Allio, Claire Denis, Yolande Moreau et Sandrine Veysset. Il s’est suicidé le 10 février 2005. Il avait 50 ans.

Voir également :

la bande-annonce du film (Zelig Films Distribution)

– Histoire d’une Mère le conte de Hans Christian Andersen :
Le lire (BNF/Gallica)
L’écouter (Littérature audio.com)

Le conte a également inspiré une bande dessinée :
L’histoire d’une mère de Peter Madsen, éditée chez Delcourt (2004)
Philippe Descottes

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