Théâtre / Here lies Shakespeare

La deuxième semaine du festival Shake Nice commence de façon assez « remuante », si ce n’est de manière iconoclaste et, il faut bien le dire, assez réjouissante, avec cette production anglaise. Car il n’y a bien que les anglais pour reconsidérer, time to time, la statue – et la stature- du commandeur. Et tout commence dés le titre.

Here lies Shakespeare. On peut traduire cela par « ici repose Shakespeare ». Oui, mais « to ly », c’est mentir. Alors, quoi ? Est-ce que ce « ici » désigne 1616, l’année de la mort de Shakespeare, ou alors est-ce que ce ici désigne toute son œuvre, puisqu’il ment ? Et peut-être que là où est sa dernière demeure, c’est ici que Shakespeare nous ment. Et comme Shakespeare est mort le même jour que Cervantès, c’est peut-être Cervantès qui a écrit les œuvres de Shakespeare… Va savoir…
here-lies-1Here lies Shakespeare se présente joyeusement comme une recherche poétique, comme une enquête aux confins du surréalisme, une plongée mirobolante dans un univers de science-fiction : après tout, puisque on peut émettre des doutes  sur la shakespearanité des œuvres de William, supposons ses personnages tels des animaux empaillés vêtus de l’habit élisabéthain, ou des automates extraterrestres, ou une momie à tête de patate (voir le seul portrait reconnu de Shakespeare).
Here lies Shakespeare emprunte la forme d’un allègre théâtre de marionnettes, enrichi d’un théâtre d’objets*. Les marionnettes toutes aussi surprenantes les unes que les autres, le déconcertant des objets, la richesse de la création lumière nous plonge à chaque moment dans l’onirique ironique d’un univers qui nous égare, nous bouleverse et renouvelle notre perception.
« Nous avons émis les ‘hypothèses’ et les ‘suppositions’ et les ‘peut-être’ et les ‘je ne sais pas’ et les ‘sans doute’ et les ‘rumeurs’ et les ‘opinions’ et les ‘probabilités’ et les ‘vraisemblances’ et les ‘il nous est permis de penser que’ et les ‘nous croyons à juste titre que’ et les ‘cela aurait pu’ et les ‘incontestablement’ et les ‘sans l’ombre d’un doute’ et… ‘voyez… !’ » (Mark Twain)

Jacques Barbarin

* Un théâtre d’objets est un type de théâtre où les objets ne sont plus des accessoires. Il s’agit bien de suggestion ou d’évocation : l’objet ou la matière y adoptent un fonctionnement métaphorique – ou métonymique, selon les cas. Une large place est laissée à l’imagination du spectateur, sollicitée a priori plus fortement que devant un acteur ou une marionnette.

« Here lies Shakespeare… »
Patrick Sims : Conception, mise en scène, marionnettes
Avec : Patrick Sims, Richard Penny, Nicolas Hubert, Evandro Serodio
Josephine Biereye : Masques, marionnettes, costumes, accessoires
Richard Penny : Marionnettes, machines de scène (mécanisme et construction), construction
Laure Guilhot : Eléments de décors
Camille Lamy : Costumes
Illustrations :Portrait reconnu de Shakespeare Here lies Shakespeare

Photo Jean Pierre Estournet

Photo Jean Pierre Estournet

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