Cinéma / BIENVENUS ! de Rune Denstad Lenzlo.

En Norvège, le propriétaire d’un hôtel au bord de la faillite à l’idée de le transformer en centre d’accueil pour réfugiés afin d’empocher les subventions qui lui permettraient de le sauvegarder. La belle tonalité de la comédie pour une fable politique  fustigeant  les clichés , avec l’habileté de l’humour grinçant pour les retourner en un plaidoyer humaniste et solidaire . Gros succès en Norvège. Rires et émotions garantis. A découvrir .. .

l'affiche du film.
l’affiche du film.

Le cinéaste Norvégien qui s’est fait connaître dans de nombreux festivals ( Berlin, Tribeca, Festival de Transylvanie …) et découvert en France avec Nord ( 2009 ) son premier long métrage (auréolé du Prix de la Presse internationale et le Prix Europa Cinéma à Berlin ) en forme de road -movie et de jolie comédie déjantée sur un Skieur professionnel employé sur les pistes qui va tourner le dos à son travail et se laisser emporter, au fil de ses rencontres ,dans un vie dissolue. La tonalité de la comédie , toujours aussi présente dans Bienvenus ! ,( Cliquer ici pour voir la bande -annonce ) lui permet d’aborder un sujet plus grave qui lui tenait à cœur , l’immigration et le sort des réfugiés dans son pays , sur lequel il a travaillé pendant dix ans avant de faire aboutir son projet. «  il a pris forme après plusieurs ébauches de scénario et de dialogues au fils des jours et des années …et le thème du film est devenu de plus en plus d’actualité , notamment lors du flux migratoire de l’été dernier ( …) mon arrière grand-père a émigré aux Etats-Unis à l’âge de 19 ans, poussé par la misère comme de très nombreux Norvégiens il y a cent cinquante ans ( …) d’autres le font de nos jours poussés par une histoire très douloureuse et cela ne justifie pas qu’on ne fasse d’eux  exclusivement des victimes , car ils sont souvent dotés de fortes personnalités .., », explique-t-il . Et c’est cette dimension humaine qui se retrouve au cœur de son film et de la gestion des 50 réfugiés dont le propriétaire de l’hôtel en faillite en question, Primus ( Andréas Baasmo Christiansen ) , va justement faire l’expérience ….d’autant que la plupart ne sont pas des comédiens mais jouent leur propre rôle de réfugiés . Immergés au cœur du tournage ils offrent cette authenticité – qui fait le prix du film – aux situations abordées…

Le propriétaire de l'hôtel ( Anders Baasmo christansen à et sa famille scrutent l'arrivée des réfugiés ...
Le propriétaire de l’hôtel ( Anders Baasmo christiansen à et sa famille,  scrutent l’arrivée des réfugiés …

Et elles ne manquent ni d’empreinte réaliste ni de saveur dans le traitement volontairement décalé avec subtilité et légèreté de ton «  qui permet d’interpeller sur des questions lourdes » note encore le cinéaste . Et c’est dans cette optique qu’il s’inscrit d’emblée avec les premières séquences où on le voit aménager l’hôtel pour la réception de ces « réfugiés » où se révèle son caractère de magouilleur ( les subventions), et le racisme « lambda » de son vocabulaire pour parler des réfugiés , répliquant pour se défendre des reproches de sa fille : » lorsque j’emploie les mêmes mots envers les Suédois , eux ils en rigolent ! » . Le ton est donné qui renvoie aux clichés , la dérision comme arme en forme de bouclier déstabilisateur . Le cinéaste fait d’ailleurs référence au rire comme arme antiraciste évoquant l’un de ses films fétiches , La vie est belle de Robert Benigni , comme modèle . Et dès lors , les séquences emblématiques qui ponctuent le récit et sa mise en scène , décryptent avec habileté et humour, les situations conflictuelles qui s’installent . Celles qui vont opposer notre hôtelier aux réfugiés et permettre de faire le chemin vers l’autre et en modifier sa perception. A cet égard significative ,la confirmation notamment avec le personnage du jeune Africain , Abedi ( Olivier Mukuta ) dont le vécu et l’expériences des camps de réfugiés et sa connaissance des langues va lui être d’une aide précieuse pour se faire comprendre et gérer les problèmes et le quotidien de la vie de la communauté en marche . En même temps que de faire face aux nombreux problèmes qui se posent concernant l’aménagement de l’hôtel à terminer, ainsi que les nombreux éléments de gestion des communautés … dont l’autre beau personnage de Zoran ( Slimane Dazi ) l’arabe contestataire, demande qu’une gestion démocratique soit installée.

( Anders Baasmo Christiansen ) et Abédi ( Olivier Mukuka )
Primus ( Anders Baasmo Christiansen ) et Abédi  ( Olivier Mukuka )

Au cœur de séquences s’installe alors une sorte de « modus vivendi » dont la tonalité de la comédie sert souvent de catalyseur pour résoudre les problèmes ,ou en tout cas , éviter qu’ils ne dégénèrent. Comme l’illustre la séquence aussi géniale qu’emblématique , mettant en valeur les multiples difficultés de gestions des réfugiés par l’hôtelier s’attirant les récriminations et qui va voir s’étaler sur les murs de son hôtel  les banderoles avec l’inscription qui fait mal : «  Goulag! , Guantanamo ! ». Et le bougre qui a du mal à gérer les différentes communautés d’origines et confessions diverses , et obtenir l »agrément et les subventions alors que les travaux sont en cours . Il va devoir mettre de l’eau dans son vin . Le jeune Abedi , fort de son expérience lui sera d’un grand secours qui accepte de l’aider . De belles scène illustrent le chemin fait de l’un vers l’autre pour faire en sorte que finalement le projet du centre d’accueil puisse aboutir dans l’intérêt de tous et de chacun. Une  collaboration  qui servira à résoudre les problèmes des tensions communautaires et religieuses dont le jeune Abedi ( superbe séquence où Sunites et chiites , mais aussi arabes et chrétiens,  suivis par d’autres obédiences politiques ou communautaires, refusent de partager les chambres ) se fera fort  par  la consultation et le  respect de tous qui permettra d’organiser la vie du centre d’accueil et faire taire les tensions. Dès lors la participation de tous permettra  de faire ne sorte que le tâches soient réparties pour les travaux à terminer et les réparations ( chaudière , électricité ..) à faire , comme ce sera le cas pour les courses ou la cuisine ….

Les banderoles revendicatives sur les murs de l'hôtel..
Les banderoles revendicatives sur les murs de l’hôtel..

Bien sûr on s’adapte et on cherchera  à monnayer quelques tâches contre avantage ( la télé pour voir les matches de foot en échange des travaux…) , et le propriétaire de l’hôtel fera de même pour obtenir des avances sur subventions en faisan…d’autres avances à la réprésentante municipale !. Au grand dam de sa femme déprimée . Tandis que sa fille , elle,  va se démener face aux autorités soupçonneuses pour faire aboutir son mariage avec une jeune réfugiée dont elle est amoureuse . En toile de fond d’une communauté qui s’organise et se solidarise , en toile de fond  le film esquisse ,  le constat de la gestion d’une politique de l’immigration des centres d’accueil basée sur l’incitation au retour au pays de ce réfugies et de son échec est pointée : «  comment voulez-vous que ces gens là chassés par les guerres , par les persécutions politiques ou  les famines, puissent accepter de retourner dans leurs pays! …et pensez-vous que si c’est le cas , ils ne soient pas amenés à s’enfuir de nouveau et revenir ici , pour sauver leurs vies ? » est-il souligné dans un échange dans un des  dialogue avec les autorités . Pendant ce temps là la police traque les sans -papiers pour les expulser. La gravité qui s’installe en marge du rire , et la solidarité qui finit par se concrétiser ( la magnifique scène finale entre Abédi et l’hôtelier …), la vie et une certaine idée de l’autre que l’on se fait , et qui finit par avoir raison des préjugés .
Le film distille une vraie humanité et il faut vous précipiter le voir . Bien documenté , écrit et réalisé , il propose un divertissement intelligent sur un sujet brûlant …

(Etienne Ballérini )

BIENVENUS ! De Rune Denstad Langlo -2016 – Durée : 1h 30 .
Avec : Anders Baasmo Christiansen , Olivier Mukuta, Slimane Dazi , Henriett Stestrup , Renate Reinsve, Frietdjov Saheim…

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