Théâtre / Anna Karénine

La troisième saison de la mandature « irinienne » a commencé avec une adaptation du roman de Tostoï, Anna Karénine, dans une mise en scène de Gaëtan Vassart, qui signe également l’adaptation.  Au demeurant, il s’agit  de  la première adaptation française dudit roman.

anna-karenine-le-balGaëtan Vassart est un metteur en scène, dramaturge et comédien belge né en 1978. Après une enfance au Qatar et en Irak, il passe son adolescence à Bruxelles, puis se forme au Conservatoire National Supérieur d’Art dramatique de Paris de 2001 à 2004. Il joue dans une quinzaine de productions théâtrales. Au cinéma, Il joue le rôle de Loïk dans « L’exercice de l’Etat » de Pierre Schoeller. En 2012 et 2013, il figure successivement au palmarès du Centre National du Théâtre pour ses pièces « Toni M. » autour du convoyeur de fonds lyonnais Toni Musulin et « Danseuse ». En mai 2016, Gaëtan Vassart met en scène Anna Karénine.
Anna Karénine est une jeune femme mariée à Alexis Karénine, fidèle et mère d’un jeune garçon Serge. Elle se rend à Moscou chez son frère Stiva Oblonski. En descendant du train, elle croise le comte Vronski. Anna tombe amoureuse de Vronski, officier brillant, mais frivole. Elle lutte contre cette passion et finit pourtant par s’abandonner avec un bonheur coupable au courant qui la porte vers ce jeune officier. Puis Anna tombe enceinte. Se sentant coupable et profondément déprimée par sa faute, elle décide d’avouer son infidélité à son mari.
L’amour qu’elle porte à son fils lui fait songer un moment à abandonner mari et amant et à fuir avec lui. Mais une lettre de son mari, parti en voyages, en réponse à son aveu, où il ne lui demande que de respecter les apparences, la décide à rester. Après avoir mis au monde une fille, Anna contracte la fièvre et risque de mourir. Elle appelle la mort comme une libération pour tous. Ému par le remords de sa femme et sa mort imminente, Alexis consent à lui pardonner.
Puis quelque temps plus tard, une rencontre inopinée avec Vronski suffit à faire voler en éclats la décision d’Anna. Elle se jette dans ses bras et ils décident de fuir ensemble à l’étranger. C’est pour Anna, un moment de joie et de délivrance. De retour en Russie, Anna et Vronski vivent en marge de la société. Ils suscitent à la fois admiration et réprobation d’avoir ainsi bravé les conventions de la haute société russe. La fortune de Vronski leur permet d’avoir une existence indépendante. Mais Anna ne supporte pas d’avoir abandonné son enfant et trahi son mari. Anna, en proie aux plus vifs tourments, et prise dans un engrenage dont elle ne peut se délivrer, met fin à sa vie en se jetant sous un train.
Ce qui me séduit  dans la mise en scène de Gaëtan Vassart, c’est le subtil équilibre qu’il crée entre fond et forme. La scénographie (Mathieu Lorry-Dupuy) décline en quelques éléments simples l’intérieur d’une maison, chaises et piano. Les chaises, par leur taille, peuvent se décliner en prie-dieu, élément référent de la religiosité, constitutive pour une bonne part de la société russe de cette époque (la fin du XIXème siècle). Un rideau, en fond de scène, se anna-kareninemétamorphose, grâce aux éclairages (Ollivier Oudion) en décorum de salle de bal. Gaëtan Vassart  se met au service du texte : nous sommes en Russie, Anna porte une chapka à son arrivée à la gare. L’ambiance est respectée. C’est sur les relations entre les personnages, leurs sentiments, leurs liaisons, que Vassart va apporter la « patte » d’un regard contemporain. Il nous fait saisir d’emblée, dans les échanges entre personnages (verbaux et non verbaux) les désirs sociaux au cœur des personnages tolstoïens : égalité entre les hommes et les femmes, entre les paysans et les propriétaires, entre gens de la ville et la campagne : que chacun soit libre d’utiliser son corps comme il l’entend. Les racines volontaires et idéalisées du communisme poussent au détour des répliques. Quitte à froisser les épigones les plus bas de plafond : oui, il fait  le choix d’un langage moderne, oral. Il s’agit d’une adaptation et si un mot, une expression plus « contemporaine » put nous faire saisir mieux la vérité d’une situation, pourquoi non ?
L’une des plus belles scènes se joue comme d’une guigne du respect de la temporalité. C’est celle du bal, où Anna Karénine et Vronski  tombent amoureux. Les personnages valsent au son… de « La valse à mille temps » de Jacques Brel. Il n’y a aucune faute. La chanson précise ce qui est en train de se passer dans l’intime des protagonistes. Que nous eût chaut une valse de Vienne ? Et se rajoute sur le sens la chorégraphie (Cécile Bon)
affiche-anna-karenineCette subtile adaptation du roman de Tolstoï est tout à fait en phase avec la problématique de l’auteur, celle du « danser sur un volcan », que ce soit entre les protagonistes, entre les personnages de manière générale, et s’adresse au devenir des relations sociales.
Bien sûr, comment ne pas louer dans le rôle d’Anna Karénine l’actrice franco-iranienne Golshifteh Farahani dont c’est la première apparition dans le théâtre (excusez mon coté rabat-joie mais ça se sent un peu). Mais il me faut citer les superbes travaux de Emeline Bayart  dans Daria, la femme de Stiva Oblonski , frère de Anna Karénine, et surtout Sabrina Kouroughli  dans la touchante partition de Kitty ,une belle adolescente qui, à dix-huit ans, fait son entrée dans le monde. Amoureuse de Vronski, elle sombre dans la honte.
Citons les comédiens : Golshifteh Farahani, Emeline Bayart, Xavier Boiffier, Sabrina Kouroughli, Xavier Legrand, Manon Rousselle, Igor Skreblin, Stanislas Stanic, Alexandre Steiger

Jacques Barbarin

 

« Anna Karénine » est en tournée :

28 et 29 novembre à l’Equinoxe – Scène Nationale de Châteauroux
2 décembre 2016 au Théâtre de Montélimar, 8 décembre 2016 au Théâtre de Colombes
9 décembre 2016 au Théâtre de Sens
11 décembre 2016 au Théâtre de Cesson Sévigné.

 

 

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