Dali ou l’Ivresse des Rêves

Un beau titre pour une exposition sur une partie des œuvres du peintre surréaliste Salvador Dali, plus spécialement celle qui concerne la gravure. Près de 200 d’entre elles sont présentées au Centre d’Art de la Malmaison à Cannes.

La ville de Cannes est restée au cours de cette saison estivale aux couleurs de l’Espagne en présentant les œuvres du sculpteur Cristobal Gabaron et du peintre Salvador Dali. Pour ce dernier, l’été a commencé par une présentation des photos de ses séjours à Cadaquès en Espagne réalisées pendant 50 ans par son inséparable compagnon artistique Robert Descharmes. Un travail difficile pour la commissaire de l’exposition, Hanna Baudet qui a du choisir parmi les 60 000 photos réalisées au cours de cette époque pour n’en retenir seulement que 70.Puis en Juillet, l’exposition l’Ivresse des Rêves pour découvrir Dali et son travail sur la gravure, moins connu peut être du grand public. Il est vrai que pour beaucoup d’entre nous, Dali rentre dans notre culture picturale du surréalisme dès 1931, quand il présente à New York le tableau « la Persistance de la mémoire » plus connu sous le titre Montres Molles et, plus tard en 1963 quand il dit «  l’Univers est semblable par sa structure à la gare de Perpignan, c’est de là le Centre du monde que me viennent les idées les plus géniales de ma vie », ce qui donnera sur une toile de 4 mètres Le Mystique de la gare de Perpignan. Comment évoquer en quelques lignes l’œuvre de l’un des plus grands artistes du 20ème siècle, la véritable image du surréalisme sur toutes ses facettes avec ses tenues vestimentaires que lui seul pouvait porter, cette façon de se mettre en scène pour présenter une toile. Écrivain, dessinateur, illustrateur pour des textes difficiles comme la Divine Comédie de Dante, l’Art d’aimer d’Ovide, Tristan et Iseult ou l’Evangile selon St Jean

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sans oublier que la danse lui doit une représentation des ballets russes de

Monte Carlo où pour Labyrinthe, il crée les décors et les costumes ou encore avec Café de Chinitas, il monte ce ballet sur un texte de Federico Garcia Lorca…Bref, une extraordinaire aventure artistique que l’on retrouve dans de nombreuses gravures et, pour l’anecdote, au sujet de la gravure qui, à l’époque se faisait encore sur des pierres, on retrouve une photo de Dali surveillant le transbordement de ses rectangles de pierres pesant plus de 5 kgs d’un petit pointu (petite embarcation méditerranéenne) à sa maison catalane. Pour mieux comprendre le travail de Dali, nous suivons Hanna Baudet très impliquée dans cette exposition et nous écoutons ses coups de cœur.

Hanna Baudet« Il y a plusieurs choses qui me touchent dans son œuvre, premièrement c’est la technique parce que Dali dans son travail de graveur va essayer de briser les frontières avec le dessin, c’est à dire faire croire aux gens qui regardent que ce n’est pas une gravure, c’est une lithographie, il va faire beaucoup avec la lithographie et dans d’autres œuvres avec l’aquarelle. Quand on dit de Dali que son travail de graveur a influencé son travail de peintre et inversement, ici on retrouve justement tous les thèmes daliniens comme L’Escargot sans coquille, La Femme au tiroir,

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La Fourche, L’Ange déchu, avec par exemple les Bestiaires de La Fontaine,

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ça parle à tout le monde, c’est le Corbeau et le Renard, quand j’ai découvert cette œuvre là, je me suis demandée comment il a réussi avec les couleurs, ça m’a intrigué mais, en fait, on s’est aperçu en lisant son témoignage, c’est qu’il ne s’arrête pas à la gravure, là, c’est une eau forte, les couleurs sont rajoutées, le plus souvent, il va ré-intervenir après ,que ce soit au pochoir, au pinceau où même avec d’autres techniques de gravures, il ne se limite pas à une seule . Il y a aussi La Divine Comédie, c’est un texte que je trouve formidable, qui ressemble beaucoup à Dali, c’est un travail exceptionnel parce qu’il a eu les deux techniques que j’aime, c’est la gravure sur bois, à chaque fois, c’est très simple, çà c’est pour les traits et il va repasser avec de la lithographie au dessus pour donner un aspect d’aquarelle. Il y a aussi la série des Chevaliers de la Table Ronde, c’est une série qu’on connaît trés peu, c’est un travail de précurseur du Pop Art, il arrive à obtenir des couleurs très vives qui montrent son côté mystique… Pour les Chevaliers de la Table Ronde si on regarde bien, il a mélangé ce sujet avec les 12 Apôtres. Très peu connues aussi, les Dix Recettes de l’Immortalité, une série où il a mélangé deux techniques, l’eau forte et l’héliogravure, c’est un procédé de reproduction sur plaque de cuivre d’une image par photo luminescence. Il va rajouter aussi quelque chose qui donne tout le côté exceptionnel de l’œuvre … tout est pensé, en fait, il y a parfois deux personnages où deux visages qui se répondent, il y en a un qui est clairement fait à l’eau forte et un qui est simplement réalisé par l’enfoncement du papier, il utilise tout ce qu’il trouve autour de lui… quand il est à Cadaquès, on est au bord de la mer, il utilise l’ancre des poulpes et il photographie pour voir ce que ça va donner sur les pierres lithographiques, il colle,il ramasse des morceaux d’objets qui ne ressemblent à rien, sauf pour lui ,il assemble selon son imagination…si la photo lui convient il va peindre où graver, en fait il ne se donne aucune limite.

JP Lamouroux : Vous êtes passionnée par l’œuvre de Dali, vous parlez technique mais , elle vous touche autant que le personnage lui même, qu’en est s’il ?

Hanna Baudet : Alors oui, en préparant l’exposition, j’étais toujours dans le Dali surréaliste, dans le Dali précurseur, dans le Pop Art, précurseur aussi de se mettre en scène, de devenir artiste et acteur, là j’ai découvert quelque chose de plus dans sa gravure quand il illustre par exemple la Divine Comédie

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on sent un imaginaire complètement différent de l’homme fantasque, de l’homme qui met en relief ses fantasmes, ses rencontres avec la presse, on sent quelque chose de beaucoup plus intérieur, différent de son image médiatique ?

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JP Lamouroux : Pourquoi avez vous choisi dans cette exposition plus spécialement son travail de gravure ?

Hanna Baudet : Cette exposition fait partie d’un cycle que Monsieur Frédéric Ballester construit depuis 10 ans, c’est un cycle autour des peintres graveurs, en fait on arrive à la fin du cycle. Il y a Dali jusqu’au 20 novembre, une prolongation avec le succès que nous avons eu, ensuite ce sera une nouvelle exposition avec un formidable peintre graveur Hanley William Hayler, titre de l’exposition Où la Métamorphose des Lignes et nous terminerons ce long cycle, l’hiver prochain avec un autre grand peintre Pablo Picasso, des artistes qui n’ont pas utilisé la gravure simplement pour faire des reproductions de leurs œuvres mais ils ont fait avancer cette technique, sans se contenter d’être de simples regardeurs… ils allaient dans les ateliers afin de suivre le travail des graveurs et s’il le fallait, ajouter où supprimer un détail…celui qui immortalise l’œuvre.

Jean Pierre Lamouroux

La Malmaison – 04 97 06 44 90

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