On suit le Bœuf dans toute la CASA

Il y a 39 ans, un petit festival de théâtre voyait le jour à Antibes avec quelques bancs alignés dans la petite salle communale de la Maison des Jeunes. Fondatrice de l’événement, la comédienne Monette Candela le baptisait Bœuf Théâtre. Une idée un peu farfelue peut être à l’époque mais qui s’avéra finalement un grand label de fabrique au vu du succès de ces 38 dernières éditions.

Le Bœuf fut longtemps parqué à brouter dans la cité antiboise où de célèbres humoristes aimaient venir comme Manuel Prat, Marianne Sergent, Do et Catella, Vincent Roca et bien d’autres. Et puis le Bœuf a voulu goutter à l’herbe tendre des villages voisins. Il eut beaucoup de chance, la naissance des intercommunalités lui donnèrent satisfaction. Avec Antibes, d’autres communes formèrent la CASA et le Bœuf ainsi, pu comparer si les prés avoisinants taient aussi bons que que celui de son port d’attache. Finalement, c’est sur une quinzaine de jours que la manifestation invite des jeunes humoristes et d’autres plus en vue. Parmi eux, Frédéric Sigrist qui, avant de faire le bonheur des auditeurs dans les matinales de France Inter comme dans la Bande Originale avec Nagui, avait quelques prédispositions pour regarder avec humour notre société au quotidien, quand il écrit après le bac sa première pièce, l’Abécédaire d’une fin de siècle. Mais une vie d’artiste ne remplit pas toujours son assiette. Il se fait la main et la voix dans des boulots plus lucratifs, le Club Med, Pizza Hut mais ce qui le rend peu fier, c’est superviseur de nuit au SAMU social de Paris pendant trois ans, le temps dans la journée d’aller plus loin dans sa formation de comédien ou, entre autre il fréquente les courts Viriot. Les succès s’enchaînent avec un ton de plus en plus caustique qui semble rappeler ses illustres prédécesseurs au Caveau de la République ou aux 3 Baudets à Paris, comme Robert Rocca, Jean Amadou ou encore Coluche et Guy Bedos. On peut ressentir cet humour dans ses derniers spectacles comme « On va dire que je je suis méchant », « Meurtre au dessus d’une fiche de paye », « Manuel de survie dans l’isoloir »…bref, l’artiste vit au jour le jour, heure par heure l’intensité politique et sociale de ses concitoyens , notamment les élus mais « il balance » super juste, sans férocité mais avec des phrases irréfutables si l’on suit régulièrement l’actualité mais comment fait-il le diable pour être au courant de tout.

JP Lamouroux : Frédéric Sigrist, il y a quoi dans votre musette aujourd’hui ?

Frédéric : Il y a mes journaux, il y a mon iPad, mes chargeurs et ma batterie de secours si mon iPad tombe en rade mais j’ai aussi le Figaro, le Monde, Libération, voilà et sur mon iPad, je vais sur Médiapart, Rue 89, ce que j’aime bien faire, c’est aller sur les sites et lire les journaux avec des positions diamétralement opposées, mais mon premier réflexe , c’est d’ouvrir la radio, moi je suis auditeur canonique de France Inter, je m’énerve tout seul en écoutant France Inter « …qu’est ce qu’il est con lui…mais qu’est ce que c’est que cette question regarde moi çà…allez y, posez lui. Je râle beaucoup, le fait de râler est un gros moteur de mon spectacle, tant qu’à faire, je le fais sur scène dans mon spectacle et à partir de çà, une fois que les enfants sont à l’école, je bois mon café tranquillement, donc, j’écoute, je compile les articles qui me plaisent, je me les envoie sur ma boîte mail et comme je suis incapable d’écrire à la maison, je prends le RER et je tourne et j’écris, j’adore çà, soit dans les café, soit dans le RER. Le fait d’être au milieu des gens, ça, me permet de mieux m’isoler alors que quand je suis vraiment isolé chez moi, je suis incapable de produire quoi que ce soit.

JP L:Ce qui fait votre force quand même, on le voit bien, la plupart du temps, ce sont des questions que se pose le citoyen que vous essayez d’analyser, comment rentrez vous dans la peau des gens ?

Frédéric : En fait , je pense qu’il y a quelque chose de fondateur, je suis métisse, mon père était guadeloupéen, ma mère est lorraine et, rien qu’avec ces deux prismes, j’ai vu deux visions diamétralement opposées de la vie, j’ai vu que le racisme pouvait venir de part et d’autre. Ce n’est pas seulement une histoire de blanc vers les noirs, ma famille antillaise est extrêmement raciste envers les arabes, ils ont aussi mal accepté que mon père rencontre ma mère, que mes grands parents paternels ont accepté l’arrivée d’un noir dans la famille, en plus originaire de l’est, le fait de voir que globalement, les communautés différentes pouvaient développer les mêmes tares, ça m’a donné envie de prendre du recul et j’ai grandi en cité HLM et même au sein de mes potes, eux étaient plus dans un trip un peu rap, ça ne me parlait pas. Les textes et les sketchs m’ont assez vite séduit et, en fait depuis que je suis tout jeune, je me sens toujours un petit peu marginal dans les groupes dans lesquels j’évolue et çà me donne toujours une sorte de distance et je pense que maintenant dans mon spectacle, çà se ressent.

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JP L:Vous aimez fustiger les politiques mais aussi de nombreux citoyens de tous les milieux qui s’offusquent de tout, sans trop savoir le fond du sujet ou sans avoir un certain recul, qu’en pensez vous ?

Frédéric : Moi, ce que je vois par exemple c’est qu’en fait, on est dans une gauche appelée socialiste, et je trouve çà assez dramatique, les gens ne lisent plus, on est un peuple très politisé mais est ce qu’on est allé voir comment fonctionne l’économie mondialisée, comment on peut lire le Code du Travail, comment fonctionne une municipalité, comment se comportent nos élus, leur travail dans une commission ,leur contradictions parfois entre des propos face à un média où ceux devant leur électorat, bref si un humoriste veut être percutant il a dans son panier le plein de provisions.

JP L:Est ce qu’il y a des choses que vous ne pouvez pas dire ?

Frédéric : Le seul truc que je m’interdis de dire, en fait j’ai un problème avec l’insulte. Il y a tout un tas de grossièretés que je ne dirais pas, l’insulte vise le public, c’est un truc que je suis incapable de dire.

JP L:Comment faites vous pour qu’un événement du matin soit évoqué avec humour dés le soir dans votre spectacle ?

Frédéric : Il y a quelque chose de l’animalité, souvent je me retrouve sur scène, je ne sais pas ce que je vais dire, j’ai le squelette de là où je veux aller. Le fait d’être sur scène devant le public qui me regarde, qui a donc des attentes, je ne sais pas mais ça fait des années que çà fonctionne comme çà. Plus je vieillis, plus ça se confirme. Quelquefois, je vais sur scène avec une vanne qui est écrite à 55% et je me dis, il va y avoir la magie du théâtre, la mise en danger où là je vais me bouger et je sais que je me fais confiance, j’ai une nature pour çà.

JP L : Pourquoi vous êtes en costard ?

Frédéric:C’est parce qu’on le taille ! (rire)c’est comme Superman, il ne peut pas agir si jamais il ne soulève pas les gens avec son costume et son slip rouge et sa cape, ça ne serait pas Superman et il aime bien quand il met ce costume. Quand je vais le mettre, j’aurai plus confiance en moi, c’est vraiment une histoire de doudou.

Le Bœuf a terminé sa tournée il va revenir dans son antre habituel Le Tribunal, siège du Théâtre de la Marguerite où la nouvelle programmation, chère à la comédienne Fabienne Candela, s’annonce aussi percutante que l’événement phare de la Compagnie qui prépare déjà la 40ème édition.

Jean Pierre Lamouroux

06 43 44 38 21

 

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