Cinéma / DIVINES d’ Houda Benyamina .

Présenté dans le cadre de cadre de la Quinzaine des réalisateurs, le film y a obtenu le prix très convoité de la Caméra d’or et reçu un accueil très favorable du public . L’historie de ces deux filles de banlieue qui n’ont peur de rien et ont soif de reconnaissance et de pouvoir , portée par ses deux interprètes et une mise en scène aussi débridée et volontaire qu’elles, finit par emporter l’adhésion…

l'affiche du Film.
l’affiche du Film.

Dans une banlieue -ghetto où règne la violence, le trafic de drogue et où l’argent que l’on a , ou que l’on a pas est le souci  principal qui construit les rapports de forces , Dounia et Maimouna ( Oulaya Amamra et Déborah Lukumuena, toutes deux remarquable qui portent de leur énergie le film ),  les deux amies qui y vivent et ne rêvent que de réussite, sont prêtes à tout pour y parvenir, surtout Dounia , sorte de « pile électrique » explosive et sans concessions . La scène d’ouverture du film où on la voit créer le chahut avec l’éducatrice est significative de cette envie de tout bousculer et de se jeter à corps perdu sans se donner des limites « mes mains sont faites pour l’or … »Money, money , money !» chante Dounia qui ne rechignera pas à se lancer dans le trafic de drogue copiant et défiant même Rebecca la dealeuse respectée de la cité . Avec une volonté que rien ne peut briser , elle endosse les habits adéquats , construit son réseau et multiplie les trafics et les affaires avec une belle dose d’inconscience . La cinéaste crée un beau « duo » de jeunes femmes embarquées dans le même bateau et dont les virées de copines « à la vie , à la mort » reflète une « fusion » de leurs différences où « le toi et le moi » se rejoignent dans la pureté dont Maimouna est porteuse , alors que Dounia dont les rêves et les désirs se télescopent est multiple et instable . Cette fusion des différences se concrétisant en « un véritable grand amour qui fait d’elles des êtres divins », dit la cinéaste. Le confrontant à celle du ressenti et de l’attraction de Dounia pour le jeune danseur , Djigui ( Kévin Mischel , excellent lui aussi ) qui dans son art , cherche à atteindre , la perfection , la beauté , le sacré…

Maimouna ( Déborah Lukumuena ( àa gauche à  et Dounia ( Oulaya Amamra .
Maimouna ( Déborah Lukumuena  à gauche ) face à  Dounia ( Oulaya Amamra ).

C’est la belle confrontation dont le film se fait l’écho , celle de la vie dissolue et du sacré qui traverse tout le film. Ce dernier s’inscrivant , à la fois dans la forme du rejet pour une Dounia qui ne croit en rien d’autre qu’à l’argent et au destin que «  ses mains d’or » lui réservent. c’est la seule arme à sa portée et elle va s’en servir , plongée dans le tourbillon et les tracas de la vie qui l’entoure où il faut se faire sa place au cœur de la violence de ce bidonville . La place pour la religion et le sacré dans sa situation , avec une mère alcoolique et le quotidien de la misère, elle n’y pense même pas . Mais elle sait à merveille se muer en « macho »  sait jouer de tout,  aussi bien son côté masculin , que de sa féminité. C’est par tous ce stades que passe sa quête de dignité…
Et c’est ce chemin là qui la conduit vers Djigui , celui de la fascination qu’il dégage dans le   « don » de son corps à son art . Alors avec sa copine elle vient «  l’espionner » en cachette du haut des échafaudages qui surplombent la scène des répétitions. S’inscrivant même , d’abord dans une certaine forme de provocation suscitant la vive réaction du danseur se ressentant insulté mais rendant très vite les armes , face au «  bagou » et au répondant de Dounia qui jouera de son charme …pour les lui faire rendre. Mais , c’est surtout dans sa démarche d’élévation artistique vers le sacré, qu’elle est troublée. C’est la révélation du choix d’un autre chemin possible pour atteindre d’une certaine manière , le même objectif : la concrétisation de soi , de ses rêves , de ses désirs . C’est l’élément déclencher qui va bouleverser la vie de Mounia…

Djigui ( KevinMischel )  et Dounia
Djigui ( KevinMischel ) et Dounia

Dès lors au cœur de cette atmosphère de Banlieue où la misère et les tensions règnent générant violence,  et où il est difficile de s’élever, Dounia apprendra qu’il n’est pas suffisant d’être forte et court le risque de se retrouver dos au mur. Le récit qui multiplie les « lieux » , du bidonville de Roms où vit sa mère prostituée et alcoolique , en passant par le supermarché , le cabaret , le théâtre , les couloirs et ruelles sombres et dangereuses , la mosquée ou encore les envolées imaginaires de « sorties » friquées au bord de voitures ( Ferrari ) qui en jettent . Voilà Dounia et sa fidèle suiveuse qui se la « jouent » s’évadant d’un réel qui va les rattraper , et d’ailleurs la fascination et l’enivrement reflet des désirs , semblent donnés comme des contrepoints provocateurs ( la gestuelle qui les accompagne) à la fois d’évasion et de frémissement de joie , comme une folie nécessaire pour fuir cette  dure réalité  quotidienne et tenter d’accéder au rêve d’un futur doré inaccessible (?) . Et la détermination de Mounia va finir par devoir s’y confronter seule , son amie récupérée par les parents religieux, cherchant à la substituer au risque et au danger. C’est alors le chemin du danseur qui pourrait permettre à Dounia de sortir du guêpier, que sa nature de mutante sachant s’approprier les rôles et personnalités, pourrait lui ouvrir la voie …en un acte de conjuration .

 Dounia  ( Oulaya Amamra  )
Dounia ( Oulaya Amamra )

Livrée à elle- même, et les multiples facettes des habits revêtus , Mounia , la courageuse battante symbole d’une jeunesse pleine dénergie puisée dans l’abandon pour tenter de s’en sortir et fatiguée de tant de sacrifices , ces d’abandons qui étaient nécéssaires pour renaître et conjurer le destin , ne saura pas ( par égo?) retenir l’objet de son désir. La porte de sortie qui aurait pu s’ouvrir pour échapper au diktat du pouvoir et de l’argent , se referme dès lors vers l’inéluctable de la tragédie et les clichés ( que l’énergie des filles avait fait jusque là voler en éclats, et le romanesque qui s’installait en même temps que la dérision et le dynamisme des personnages ), vont revenir au premier plan avec l’embrasement de la Banlieue dans une nuit de violence . Le contrepoint voulu qui ouvre le débat et interpelle « il ne faut pas fermer les yeux » dit la cinéaste qui ajoute « avoir pleuré , aimé avec Dounia et Maimouna , j’espère que le public interrogera notre société , notre place en son sein , et surtout le rôle crucial de l’intime dans tout ça. Je souhaite que chacun questionne la nature et le sens de sa quête personnelle » , conclut-elle dans le dossier  de presse de film .

(Etienne Ballérini)

DIVINES de Houda Benyamina- 2016- Sélection Quinzaine des Réalisateurs , Cannes 2016-
Avec : Oulaya Amamra , Déborah Lukumuena, Kévin Mischel, Jisca Kalvanda,
Yasin Houicha, Majdouline Idrissi…

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