Cinéma / ILS SONT PARTOUT d’ Yvan Attal.

« On ne nait pas juif, on le devient ». Je me permets de détourner ce titre d’un livre de Simone de Beauvoir pour parler du dernier film d’Yvan Attal, « Ils sont partout ». Et, s’ils sont partout, cela signifie, par corrélation qu’ils ne sont nulle part.

l'Affiche du Film.
l’Affiche du Film.

La population juive représente 0,2% de la population mondiale. Oui, vraiment, ils sont partout. En France, 0,75%. On sent le danger. Si ce n’est donc pas les chiffres qui explique la peur du juif, l’antisémitisme, quid ? Rappelons que l’antisémitisme est la discrimination et l’hostilité manifestées à l’encontre des Juifs. Les motifs et mises en pratique de l’antisémitisme incluent divers préjugés, des allégations, des mesures discriminatoires ou d’exclusion socio-économique, des expulsions voire des massacres d’individus ou de communautés entières.
C’est le fantasme qui crée l’antisémitisme. Le fantasme est une vision illusoire ou une situation imaginaire, une manifestation  consciente ou inconsciente, d’un désir ou encore une fixation mentale pouvant, dans certains cas, conduire à des actes excessifs.
Le dernier film d’Yvan Attal a pour cible justement ce regard nourri de fantasmes via les clichés que le terme « juif » transbahutent en nous : « Les juifs sont partout », « Les juifs ont de l’argent », « Les juifs s’entr’aident », « Les juifs ont tué Jésus », « Le complot juif », « Ras le bol de la Shoah », « Et Israël? »Le fil rouge de ce film choral est Yvan Attal lui-même consultant un psy : qu’est-ce qu’être juif, qu’est-ce qu’un [mal] être-juif et, pour reprendre la formulation des « Lettres persanes » « Ah ! monsieur est juif ? Comment peut-on être juif ? ».

Chrlotte Gainsbourg , Danny Boon et Yvan Attal
Charlotte Gainsbourg , Danny Boon et Yvan Attal

Le ton est celui de la comédie, de l’humour, de la légère ironie. Pas de la bonne franche rigolade, genre comédie à la française pour laquelle l’effet est raté si on ne s’esclaffe pas toutes les 30 secondes. Ce n’est pas la comédie italienne qui, elle, a su imposer un style, une spécificité. Peut-être ce film démarre t-il quelque chose, « cette mâle gaîté, si triste et si profonde/Que lorsqu’on vient d’en rire on devrait en pleurer » (Alfred de Musset).
J’ai parlé de film choral. Un film choral met en scène une multiplicité de personnages principaux, d’importance relativement égale. Ces derniers évoluent dans diverses sous-intrigues, possédant un certain degré d’autonomie, mais pas aussi prononcé que dans un film à sketches. Il n’y a généralement pas d’intrigue globale, mais plutôt une série de sous-intrigues parallèles reliant les histoires entre elles. Ce qui alimente le récit, c’est la force et la diversité des sous-intrigues, qui se croisent à la manière de fils tissés dans une tapisserie.

Valrie Boneton et Benoît Poolvorde
Valérie Boneton et Benoît Poelvoorde

Et ce qui m’a séduit dans ce film c’est qu’il n’y a justement aucune obligation de rire. Certes les situations sont cocasses, certes les personnages sont parfois ridicules, mais aucuns de ces moments de cinéma n’a de charge affective, émotionnelle, dans un sens comme dans l’autre. « De te fabula narratur ». J’ai peu ri dans ce film, non que le réalisateur ait « loupé » son coup, mais, bien au contraire, qu’il a su dégager la gangue de la fiction pour nous diriger vers le miroir du réel. C’est mon choix, c’est ma sensibilité, c’est ma perception que de ne pas rire. Ce n’est pas pour blâmer, c’est parce que je me suis reconnu. Et c’est bien de se re-connaître, ça ne fait pas de mal de se connaitre de nouveau, Gnothi seauton Connais-toi toi-même.
L’affiche déjà nous lance vers des pistes propositionnelles : nous voyons une coiffure hassidique que nous assimilons par posture et par cliché à la notion de juif (le regard). Mais il n’y a pas de visage sous cette coiffure : notre cliché n’est qu’un fantasme. Chaque « moment » de cinéma offre 2 vérités, celle illustrant le « cliché », donc évidente, mais aussi celle qu’il nous faut chercher.

Grégory Gadebois et Denys Podalydès
Grégory Gadebois et Denys Podalydès

Ainsi le couple d’extrême droite: elle, qui valse en Autriche avec un ancien nazi et n’a jamais résolu son conflit avec son père (toute ressemblance…); lui qui vient de découvrir avec horreur qu’il est juif. Il en tire un argument électoral : comment peut-on dire que son parti est antisémite puisque lui-même est juif ? C’est bien connu, chaque antisémite a un meilleur ami juif…
Ce film est aussi drôle qu’utile. Au demeurant, les antisémites l’ont bien compris puisque ce film est dans leur collimateur. L’ont-ils vu ? Je me demande combien de fondamentalistes chrétiens ont vu  La dernière tentation du Christ  de Martin Scorcese : cela ne les a pas empêché de le conspuer. La Dernière tentation du Christ, sorti en France le 28 septembre 1988, a suscité l’une des controverses les plus violentes de l’histoire du cinéma.

Dany Boon et Robert Castel
Dany Boon et Robert Castel

Attention ! Comparaison n’est pas raison : nous sommes ici dans l’humour, la comédie. Mais la définition de la comédie n’est elle pas Castigat ridendo mores, elle corrige les mœurs en riant ? Nous sommes ici en plein. Si nous étions au football, je dirais qu’Yvan Attal a la vista. Au cinéma, Yvan Attal est un réalisateur qui a un regard. Certain ?…

Ils sont partout, de  et  avec Yvan Attal, Benoit Poelvoorde, Valérie Bonneton, Dany Boon, Charlotte Gainsbourg, Denis Podalydès, Grégory Gadebois, Gilles Lellouche, Popek, Marthe Villalonga, Robert Castel…
(  Jacques Barbarin )

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