Cinéma / Journal de Cannes 2016 ( No.3 )

Du très bon niveau pour les films hier , avec en Compétition , Moi Daniel Blake de Ken Loach émouvante chronique d’un menuisier en arrêt de travail confronté aux tracasseries  administratives et Ma Loute de Bruno Dumont intrigue policière déjantée chez les Ch’tis qui reprend l’Univers du P’tit Quinquin. Dans la section Un Certain Regard Le disciple du Russe Kirill Serebrennikov et son portrait d’un jeune intégriste chrétien a fait mouche , tandis que La Danseuse premier film de la française Stéphanie Di Guisto , portrait de l’artiste Loïe Fuller qui au début du siècle dernier a révolutionné la danse , capte magnifiquement par ses envolées de mise en scène, l’univers de la Danseuse.

Moi Daniel Blake de Ken Loach
Moi Daniel Blake de Ken Loach

Moi , Daniel Blake de Ken Loach ( Compétition)
Le cinéaste Anglais reste l’ un des grands scrutateurs de la société moderne et d’un système économique qui accable et humilie les faibles , il le prouve encore avec son nouveau film qui nous décrit l’itinéraire kafkaïen auquel va être confronté Daniel Blake menuisier de 59 ans souffrant de problèmes cardiaques interdit de travail par son médecin et qui devant faire appel à l’aide sociale se voit signifier par cette administration qui l’oblige à des examens complémentaires et l’obligation d’une recherche d’emploi sous peine d’être sanctionné. Démarches et obligation de constituer un dossier informatisé , Daniel qui n’y connaît rien et confronté à une administration impersonnelle qui ne lui apporte aucune aide pour le constituer , multipliant les humiliations , il va se lancer dans un combat digne de David contre Goliath face à une administration dont l’indifférence confine au non -assistance à personne en danger . La rencontre avec Rachel une jeune mère célibataire de deux enfants , en butte aux mêmes difficultés dont il va prendre la défense au « job center » où elle est éconduite , va être le départ d’une entr’aide qui va leur permettre de sortir  de  la solitude et de la dépression dans laquelle ils étaient en train de s’enfoncer . Et sur leur chemin d’autres « exclus » vont les aider et leur tendre la main de la solidarité . Comme à son habitude le cinéaste en « capte » les multiples scènes qui la reflètent ( le jeune voisin black de Daniel ), les gens dans la même situation que lui rencontrés au Pôle Emploi et le personnel de la Banque Alimentaire …

Ken Loach et son scénariste Paul Laverty , on effectué pour écrire le récit et le quotidien de Daniel et Rachel un travail de recherche et d’informations destiné à leur permettre de « coller » au plus prés à la réalité« des agents du département des affaires sociales nous ont palé sous couvert de l’anonymat et dit leur écoeurement d’être contraints à participer à un système de sanction et les pressions qu’ils ont subi pour réaliser le « quota » nécessaire » dit le cinéaste dans le dossier de presse . Le parcours de Daniel et de Rachel est donc emblématique de celui de millions de personnes précaires qui subissent les conséquences d’une politique dont le cinéaste dénonce et fustige par le biais de sa fiction, les choix politiques du gouvernement Anglais  «  les institutions administratives ont délibérément utilisé la faim et la pauvreté comme moyen de pression pour obliger les gens à accepter ses salaires faibles et des emplois précaires . On les contraint à céder ou on les rend responsable de leur propre pauvreté «  , dit-il encore .
Mais s’il y a ses gestes de solidarité comme on l’a dit , il y a aussi ceux qui profitent d’un système pour en faire leur gagne pain , comme le relate la séquence où Rachel au plus mal se fait embrigader dans ce qui lui est présenté comme une association d’assistance aux mère célibataires et qui se révèle être un « marchand de sexe » .
A l ‘humiliation de Daniel et de Rachel s’ajoute celle des enfants de cette dernière dont , à l’école , les regards et les réflexions pointent les chaussures usées …Face à l’humiliation et l’indifférence Daniel tentera un dernier sursaut d’orgueil . Et Ken Loach, lui ,continue « d’agiter » et se battre contre l’ insupportable  . Et il nous offre un de ses meilleurs films…

ne scène du Film Ma Loute de Bruno Dumont
Une scène du Film Ma Loute de Bruno Dumont

Ma Loute de Bruno Dumont ( Compétition )
Le cinéaste de l’Humanité primé en 1999 ( Grand prix du Jury) nous propose une autre facette de son cinéma dans le sillage de la min-série diffusée avec succès sur Arte Le P’tit Quinquin dont il prolonge avec Ma Loute l’univers et la propension à la comédie déjantée et au burlesque en y ajoutant  une bonne dose de surréalisme et de fantastique qui viennent irriguer cette enquête policière et ce drame rural faisant sourdre en toile de fond les particularismes sociaux et de classes entre les bourgeois du Nord-Pas de Calais , venus en touristes portent un regard distancié sur les figures locales des travailleurs de la mer représentant de cette pauvreté locale . Le face à face des deux mondes passé sous le scalpel de la comédie et de la satire où on l’a dit le burlesque de situations fait feu de tout bois , fait écho à la tragédie meurtrière qui se joue sous la forme d’une lutte de classes sordide et destructrice dont l’inexorable est enrobé , littéralement , par les envolées fantastiques et les décalages des situations burlesque qui s’y jouent en contrepoint comme une sorte de rituel qui en cache un autre bien plus sordide . On se demande par moments d’ailleurs dans ce contexte qui vampirise l’autre au cœur de ce contexte de disparitions mystérieuses et qui sont les vrais barbares .
Bruno Dumont s’amuse , et nous amuse , beaucoup à ce jeu de rôles où les masques des bourgeois et leurs comportements ridicules et hystériques , finissent par donner le sentiment que les dialogues ou comportements ( du Duo de policiers , de Ma Loute et des Gens du cru ) qui ne manque pas lui non plus de tragique ou de comique , paraît plus naturel . Le jeu de l’illusion et du trompe l’oeil , Bruno Dumont, le manie et distille à merveille dans le récit . Semant le doute , le danger et le mystère au cœur des marais et sur les dunes,  ou les sortie en mer. La surenchère qui fait basculer au delà du naturel vers le grotesque , les identités indéfinies , le mystère longtemps irrésolu et cet étrange sensation d’instabilité et de déséquilibre incarnée par le gros policier qui tombe , se laisse rouler pour descendre le dunes ou s’envole littéralement , qui s’inscrit au coeur du récit . Un air de folie est là qui plane …

 

Affiche du film La danseuse de Stéphanie Di Giusto
Affiche du film La danseuse de Stéphanie Di Giusto

La Danseuse de Stéphanie Di Giusto – Un Certain Regard .
Premier log métrage de la Cinéaste qui révèle un joli regard et une volonté esthétique destinée à servir une danse « la serpentine » dont son héroïne Loïe Fuller a été la créatrice . Un Numéro de danse original et novateur qui révolutionna cet art , et que la volonté et le travail de cette jeune femme native du grand Ouest Américain et fille de fermiers , inhibée par son physique et son mal être et voulant échapper à un cadre de vie ( et une mère sévère ) , fit « de son mal être une énergie et le transformera en explosion de vie » dit la cinéaste qui a voulu capter et restituer  ce combat là . Celui d’une bosseuse dont les mouvements  virevoltants  de son corps seront sublimés par une longue robe de soie et de baguettes prolongeant ses bras accentuant le mouvement du tissus . Le père qui dira lors d’une soirée de fermiers «  je ferais de ma fille une star » ne pouvait pas si bien dire . Elle la deviendra enflammant les scènes ( les fFolies Bergères et l’opéra de Paris ) et du monde entier . Rivalisera avec Isadora Duncan qu’elle admirait et qui la supplantera . Inscrivant au fil de son parcours et au travers du regard des autres, le personnage de Louis Dorsay de l’opéra de Paris ( Gaspard Ulliel ) ou de Gabrielle ( Mélanie Thierry ) , sa personnalité ( elle était homosexuelle ), très travailleuse ( 6 heurs par jour ) et cherchait à intégrer à la danse les techniques nouvelles et avant-gardistes . Refusant d’être immortalisée en images «  de se laisser enfermer dans une boîte » malgré les insistances, elle tombera dans l’oubli. Le film lui rend un vibrant hommage …

l'Affiche de Le Disciple de Kirill Serebrennikov
l’Affiche de Le Disciple de Kirill Serebrennikov

Le Disciple de Kirill Serebrenniov ( Un Certain Regard )
La première séquence montre le visage et le regard scrutateur sur ses camarades de Veniamin à la piscine, resté dans un coin il refuse de participer aux exercices . A son retour à la maison il demande à sa mère de lui faire un mot pour demander à la direction d’en être exempté . Taciturne et en plein crise mystique le jeune garçon ne cesse d’interpeler se proches et ses enseignants sur les questions du rapport à la religion et ses préceptes qui sont selon lui bafoués et ne correspondent plus aux évangiles et ( ou ) aux textes de apôtres . Il décide de rentrer en révolte de perturber les cours sur la théorie de l’évolution ou sur la sexualité qui n’ont pas selon lui leur place dans un établissement scolaire incitant à la débauche et à la pornographie et pédophilie. De la même manière il se confrontera au père orthodoxe et tentera de manipuler un de ses copains quelque peu marginalisé parce qu’il boite à cause d’un jambe plus courte … et qui pourrait être miraculé et sauvé par sa croyance  indéfectible à Dieu . Le cinéaste brosse un portrait de la dérive fanatique d’un adolescent et interpelle , en la circonstance , sur la responsabilité d’un système d’éducation qui à l’issue des conflits crées avec son professeur de Biologie , lui trouvera des circonstances atténuantes «  crise d’identité de l’adolescence et de l’âge ingrat  » minimisant ses violences . Seule Elena son professeur de biologie tentera de lui tenir tête en combattant ses arguments , mais ne sera pas soutenue par ses pairs .
Porté par une mise en scène en plans-séquences très travaillés qui organise  admirablement les oppositions et conflits ou débats , et les citations bibliques dont Véniamin fait sans cesse  état ,  référencées par les  noms des auteurs apôtres. Et servi par une interprétation remarquable, le film s’inscrit dans le constat d’une réalité contemporaine de la radicalisation religieuse et pointe ses dérives et ses dangers …

(Etienne Ballérini)

Le Programme de ce jour , 14 Mai 2016
Mademoiselle de Park Chan Wok ( Compétition)
Toni Erdmann de Maren Ade ( Allemagne )
The Trasfiguration de Michaël O’Shea ( Un Certain Regard )
Fuchi Ni Tatsu de Fukada Toji ( Un Certain Regard )
The BFG de Steven Spielberg ( Hors compétition )


Photo- Call des équipes des films  du  13 Mai 216   par Philippe  Prost.

Photo -Call équipe Moi Daniel Blake de Ken Loach
Photocall  : équipe Moi Daniel Blake de Ken Loach.
Photocall équipe Ma Loute de Bruno Dumont
Photocall :équipe Ma Loute de Bruno Dumont
Photocall Le Disciple de Kirill Serebrennikov
Photocall Le Disciple de Kirill Serebrennikov
Photo-call La danseuse de Stéphanie Di Giusto
Photo-call La danseuse de Stéphanie Di Giusto
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