Cinéma / FRITZ BAUER , UN HEROS ALLEMAND de Lars Kraume.

Dans l’Allemagne de la fin des années Cinquante , le procureur Fritz Bauer va mener le combat « contre l’oubli » et une certaine Politique qui a permis à d’anciens Nazis de rester à des postes de hauts fonctionnaires.. Lorsqu’il apprend qu’Adolph Eichmann se cache en Argentine il va tout faire pour que ce dernier soit capturé et l’objet d’un procès à Franckfort … Un récit et un film palpitant qui rend justice et hommage à un homme dont le combat a été, longtemps, passé sous silence .. .

l'Affiche du film
l’Affiche du film

Le film s’ouvre sur deux scènes emblématiques . La première est celle d’une émission de Télévision à laquelle Fritz Bauer est invité en tant que procureur chargé des dossiers sur les criminels Nazis et les possibles poursuites , une émission au cours de laquelle il « fustige » les conséquences d’une politique prônée par le chancelier Adenauer «  il est temps de tirer un trait et de laisser le passé derrière soi », Adenauer qui , malgré le procès de Nuremberg qui a condamné la plupart des hauts dignitaire Nazis , a laissé un processus se mettre en place qui a permis d’en «  recycler » certains qui y avaient échappé , a des postes important de la vie politique et judiciaire du pays. Un processus mettant fin à la « dénazification » du pays dont les rouages restent donc, encore infectés . Dans la seconde séquence on retrouve inanimé dans sa baignoire Fitz Bauer . Accident ou assassinat ? . Ce dernier cette fois-ci  en sortira indemne , mais au delà la séquence fait référence à sa vraie mort en 1968 survenue à son domicile  dans des circonstances mystérieuses . Il faut dire que Fritz Bauer, juif Allemand arrêté par la Gestapo en 1933 en transféré en camp de concentration et qui s’en échappera pour s’exiler au Danemark , à son retour d’exil en 1949 et après la condamnation des dignitaires Nazis lors du procès de Nuremberg en 1945 , n’a eu de cesse que de confronter la société Allemande à son passé défendant la mémoire de la Résistance Allemande en prenant par exemple la défense de Klaus Von Stauffenberg l’auteur de la pose de de la bombe destinée en juillet 1944 à tuer Hitler et dénoncé par Otto Brenner le chef de la garnison ( objet d’un film Le labyrinthe du silence réalisé par Giulio Ricciarelli /2015 ) . de la même manière qu’en tant que procureur depuis 1956 il ne maque pas de « traquer » les personnalités ( la séquence avec  le patron de La marque automobile Mercédés-Benz ) dont le passé a été lié au Nazisme …

Fritz Bauer  ( Burghart  Klaussner ) Foto:  Martin Valentin Menke
Fritz Bauer ( Burghart Klaussner )

Alors ce dernier, qui, dans une phrase-dialogue du film , dit «  quand je sors de mon bureau  je rentre en territoire ennemi » et qui est  , c’est le moins qu’on puisse dire , mal vu à la fois par sa hiérarchie et par certaines personnalités au pouvoir  et reçoit des menaces raciste et de mort , d’une certaine partie de la population dont les relans nauséabonds semblent être encore présents dans certains esprits !. Alors , lorsque sa secrétaire lui remet une lettre provenant d’un informateur Argentin affirmant qu’Adolf Eichmann le sinistre responsable de la mise en place de la solution finale , est à Buenos Aires , vous imaginez la réaction de Fritz Bauer !. Le défi qui lui permettrait , en faisant retracer et extrader le Bourreau en Allemagne dont l’interrogatoire et le procès , pourrait permettre de relancer ce processus de «  confrontation au passé » qui lui tient à cœur . Et il va le relever en se mettant encore un peu plus en danger , en faisant appel au Mossad les services secrets Israéliens puisque les autorités Allemandes se défilent… au risque de se mettre encore un peu plus ce beau monde à dos ,et se voir qualifier de «  traitre à la Patrie ». Pourtant , en avance sur son temps ,Fritz Bauer avait vu clairement les dangers de aveuglement d’une politique qui conduira la jeunesse d’après-guerre à se lancer dans la contestation  donnant naissance aux mouvements de contestation  révolutionnaires dès 1967 (déclenchés par   la visite du Chah d’Iran et la mort d’un manifestant  ) qui marqueront la « rupture » générationnelle dont le cinéma de la Nouvelle vague se fera l’écho . Pourtant la « longue » marche de la vérité devra continuer comme l’illustre le film de Lars Krause dont le générique final indique entr’autre que La contribution de Fritz Bauer à l’arrestation d’Adolf Eichmann ne sera révélée à la connaissance du peuple Allemand que … Dix ans après !.

Fritz Bauer ( Gerhardt Klaussner )  et  son assistant  Karl Angermann ( Ronald Zerhfeld )
Fritz Bauer ( Gerhardt Klaussner ) et son assistant Karl Angermann ( Ronald Zerhfeld )

Et c’est das cet exercice que le film devient passionnant , au delà du suspense de la traque d’Eichman et de son procès qui finalement aura lieu en Israêl . Le choix d’une mise en scène très classique mais très efficace , s’appuyant à la fois sur la précision des faits et sur la force du sujet et les mettant en perspective avec le contexte politique            ( allemand et international ) d’alors qui va peser sur   l’affaire , ajoutant en toile de fond très présente ,un regard sur la vie publique et privée sur laquelle ils interfèrent  S’appuyant enfin sur une distribution et une interprétation de premier ordre en tête de laquelle Burghart Klaussner dans le rôle de Fritz Bauer est impressionnant la fois de combativité et de dignité dans un contexte où beaucoup à sa place auraient baissé les bras et à qui le qualificatif de « héros » que lui attribue le film dans son titre n’est pas usurpé . Face à lui , le jeune procureur , Karl Angermann interprété par Ronald Zerhfield que l’on a découvert dans le très beau Phoénix de Christian Petzold /2015 ).
Par son choix de mise en scène et en perspective de récit ,qui permet, par la simple clarification au spectateur de trouver facilement les repères au cœur des enjeux d’un contexte complexe , et permet aussi de comprendre les raisons qui ont rendu le combat de Klaus Bauer, l’humanisme chevillé au corps , si difficile …

Fritz  Bauer  défaint ses adversaires en montrant  le journal où est annoncé la capture d'Adolf Eichmann
Fritz Bauer défiannt ses adversaires en montrant le journal où est annoncée la capture d’Adolf Eichmann

C’est cette complexité que fait percevoir subtilement au cœur de sa mise en scène , Lars Krause par une sorte d’habileté  au didactisme non appuyé dont les images , les mots où les non-dits suffisent pour en dire beaucoup . C’est par de simples confrontations de faits ou de personnages qu’il dessine cette toile de fond d’un contexte d’époque. Comme l’illustre par exemple son geste exhibant le journal  où en première page est annoncée  la capture d’Eichmann , en forme de bras  d’honneur  à ceux,  qui , alors, l’ont dénigré et n’ont pas voulu reconnaître son combat. De la même manière , lorsqu ‘il s’agit de montrer les pressions dont Bauer est l’objet de  la surveillance des services d’état,  concernant par exemple les accusations sur son homosexualité destinée à  provoquer sa chute . Le cinéaste en fait habilement une double utilisation , celle qui  permet à Bauer de se rallier ce jeune procureur dont il a décelé la faiblesse( belle et amusante scène des chaussettes) , et , surtout   abordant le problème de l’homosexualité , de « pointer » une loi dont les nazis avaient renforcé le « paragraphe 175 » ( renvoyant à la fameuse étoile rose de ceux envoyés dans les camps ) qui permettait de criminaliser l’homosexualité , et qu resta en vigueur jusqu’en 1994 !.
C’est avec la même clarté efficace qu’il réussit également à définir le contexte des enjeux diplomatiques et politiques que va soulever l’arrestation et le procès d’Eichmann dont l’extradition souhaitée par Bauer sera refusée . Un contexte de guerre froide ayant désormais redistribué les cartes des priorités ayant participé à l’échec de celle-ci ,dont le film définit admirablement les dessous  des enjeux  politico-diplomatiques … on vous les laisse découvrir.

Dès lors le film , par sa clarté , devient le portrait d’une homme dont l’idéal humaniste se retrouve confronté- et prisonnier- d’enjeux politique qui le dépassent et qui l’ont contraint momentanément à rester , impuissant face à  cet oubli qu’il combattait…et que le film entend aujourd’hui rendre justice et remettre en lumière. Il y a des destinées qui le méritent  amplement …

(Etienne Ballérini)

FRITZ BAUER , UN HEROS ALLEMAND de Lars Kraume -2016-
Avec : Burghart Klaussner , Ronald Zerhfeld, Lilith Stangenberg, Jörg Schüttauf , Michaël Schenck , Dani Levy …

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