Cinéma / TOULOUSE « Cinélatino » (2) – entretien avec Emmanuel Deniaud, Vice-Président des rencontres

Quelques heures avant de connaître le Palmarès, nous avons rencontré Emmanuel Deniaud, vice-président de l’Association Rencontres Cinémas d’Amérique Latine de Toulouse (ARCALT) et coordinateur de la section Documentaire (Compétition, Découvertes), avec lequel nous faisons un point sur les 28e Rencontres Cinélatino.

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Emmanuel Deniaud ,  Vice Président de l’association des  Rencontres  » Cinélatino »  de  Toulouse  – Crédit Photo: Philippe Descottes-

Quel a été votre parcours au sein de l’ARCALT ?
« J’ai intégré l’Association en 2003, comme bénévole. Je suis entré au conseil d’administration en 2005/2006, et au bureau depuis 2008. Au sein de l’ARCALT, je coordonne également la Section documentaire et en tant que vice-président je m’occupe beaucoup des partenariats financiers et culturels. »

Comme beaucoup d’autres festivals de cinéma et manifestation culturelles, les Rencontres ont du faire face à une diminution des aides financières…
« Ces dernières années, on allait de l’avant. Il faut savoir que par rapport à d’autres festivals de même importance, Cinélatino est plutôt, globalement, sous-financé. Mais l’année dernière il y a eu deux chocs. Tout d’abord au niveau de l’Europe, laquelle a décidé de ne plus financer de festivals sur les cinémas non-européens. C’était un coup dur pour les rencontres professionnelles qui en dépendaient en grande partie et qui est l’une des pistes que l’on développait, avec notamment les coproduction et l’aide à la distribution sans pour autant que cela devienne un marché. »

Pour quelle raison l’Europe apportait-elle sa contribution auparavant ?
« C’est un changement de majorité et d’orientation politique. D’un libéralisme ouvert sur le monde, elle est toujours orientée vers le libéralisme, mais désormais la tendance est conservatrice, et à la limite xénophobe. »

Quel a été le deuxième coup dur ?
« La subvention municipale a baissé. L’an dernier, la municipalité a décidé de baisser de 10% sa participation sur l’ensemble des festivals. Même si on a bénéficié d’un reliquat, cette année elle devrait être de l’ordre de 4%, bien que ce ne soit pas encore voté . »

Quelles ont été les répercussions de ces coupes ou diminutions sur l’organisation de Cinélatino ?
« Si la manifestation repose en partie sur un grand nombre de bénévoles, il y a aussi une équipe de salariés. Il y a des choses que l’on fait moins bien faute d’un budget suffisant. Ainsi, même si le besoin n’est pas nouveau, il n’est pas possible de développer la communication au niveau national. Maintenant, en parallèle, le CNC, le département et la région, sont toujours là pour nous aider. »

Pour revenir à CinéLatino lui-même, comment s’effectue la sélection des films ?
« Il y a quatre sources. Les relations établies avec le temps et donc les personnes qui nous proposent des films. Les festivals. On ne les couvre pas tous. On regarde ce qui s’y fait et on va dans quelques-uns. Ensuite, c’est surtout valable pour les documentaires, la «convocatoria »  (appel) que l’on envoie aux maisons de production. Et la dernière source, qui commence à prendre de l’ampleur pour la fiction, ce sont les Rencontres professionnelles et Cinéma en construction qui nous permettent de voir des projets se développer. Même si nous n’avons pas la priorité, ce que d’ailleurs nous ne recherchons pas. Nous passons après Berlin,Venise, Rotterdam et, Cannes, bien sûr. Pour Cannes, c’est un peu plus gênant, car c’est tout de suite après sur le calendrier. Les films qui y sont remarqués passent l’année d’après à Toulouse et ont déjà fait une carrière ».

Dans l’un où l’autre cas, quels sont les exemples récents de films passés par Cinéma en construction ?
« Le film d’ouverture des 28e Rencontres, Eva ne dort pas (Eva no duerme) de Pablo Agüero, était à Cinéma en construction l’année dernière. De même que Desde Alla de Lorenzo Vigas, qui a remporté le Lion d’or au Festival de Venise 2015. Dans la section Reprises de cette année, on a pu revoir Ixcanul de Jayro Bustamante et Beira-Mar de Filipe Marzembacher et Marcio Reolon, deux long métrages en compétition en 2015 et passés auparavant par Cinéma en construction. »

Pour cette édition, peut-on observer des tendances ?
« Pour le « Focus » consacré aux grandes figures d’Amérique latine, on ne peut pas dire qu’il y ait une homogénéité. Pour les autres sections, on est peut-être sur une période de changement. Pendant plusieurs années on a eu un cinéma intimiste. Ca reste assez vrai dans le documentaire et le thème de la famille revient souvent. Au niveau du documentaire, dans la narration, aujourd’hui on fait beaucoup plus confiance aux images et moins à la voix off ou à l’entretien. C’est un cinéma moins militant, moins politique. On est à la fois dans la volonté de raconter et de susciter l’interrogation. Dans la fiction, j’ai l’impression que l’on revient à un cinéma plus collectif, un peu moins tourné vers l’introspection. Au niveau de la forme, il ne semble pas y avoir de tendance qui prenne le dessus… Le cinéma latino américain « prend un peu à droite à gauche », pas seulement en Europe. Par exemple, je pense que le cinéma asiatique commence à exercer une certaine influence. »

Comment est venu le Focus de cette année. Déjà, le nom…
«Il s’inscrit dans une réflexion globale de vouloir « dépoussiérer »…L’idée était de montrer que le festival est très ouvert. A côté des sections Compétitions (long, courts, documentaires) et Découvertes (long, courts, documentaires), ont été regroupés sous l’appellation Muestra, d’autres sections comme Otra Mirada consacré au cinéaste Marcelo Gomez, le Panorama des Associations et le Focus. Avec le Focus sur les « grandes figures d’Amérique latine », l’intention était d’évoquer des personnages célèbres mais aussi d’autres nettement moins connus du grand public et qui sont cependant importants en Amérique latine. Nos avons sélectionné beaucoup de films contemporains, certains ne sont jamais diffusés à la télévision, d’autres ne sont pas passés dans les festivals depuis plusieurs années.»

Il est encore trop tôt pour parler chiffres de fréquentation, mais quelles sont vos impressions sur cette édition ?
« 2013 et 2014 ont été de grosses années, pour les documentaires comme pour la fiction, avec une fréquentation de l’ordre de 50.000 personnes. Cette année, la section documentaire aurait attiré moins de monde, mais Focus aurait très bien marché. En terme d’organisation, malgré la préparation difficile, tout s’est bien déroulé.»

Peut-on déjà évoquer les 29e Rencontres ?
«  Il va y avoir un changement important en interne, puisque Erick Gonzalez, notre principal programmateur, vient d’effectuer sa dernière année, il suit une autre route et repart au Chili. Le « Focus » sera consacré à la Colombie et plus particulièrement au cinéma de Cali qui a été surnommée « Caliwood » à une époque, les années 1970, notamment autour de l’université, avec des profs qui ont développé une pensée sur le cinéma. »

Merci Emmanuel… et à l’année prochaine !

( Propos recueillis par Philippe Descottes, Cinémathèque de Toulouse, le 19 mars 2016 )

En complément, nous vous invitons à consulter le site Cinélatino et à vous procurer le n°24 de la Revue Cinémas d’Amérique Latine « Regards cinématographiques sur les grands personnages latino-américains ».

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