Cinéma / REMEMBER d ‘Atom Egoyan.

Après Captives (2014) sélectionné en compétition au Festival de Cannes , sur la recherche par un père  de sa fille enlevée , c’est à une autre recherche –   liée à  la tragédie de la guerre et  de l’holocauste  et  à ses questionnements – à laquelle le cinéaste nous invite dans le sillage de ce vieillard de 85 ans , décidé de  retrouver coûte que coûte le meurtrier Nazi responsable du massacre de sa famille, qui se cache sous un faux nom …

l'Affiche du Film.
l’Affiche du Film.

Il se nomme  Zev  Guttman , et ce  survivant de l’holocauste qui souffre de démence sénile  a été pris en charge dans une maison de soins spécialisée en compagnie de  sa femme , mais celle-ci vient vient de décéder. La douleur et l’état de santé  de  Zev  aidant , il lui arrive parfois de croire qu’elle est toujours là. Soutenu par  Max ( Martin Landau ) son vieil ami  lui aussi pensionnaire de cette maison de santé   et qui , lui, a gardé toute sa luc idité , et qui  rappelle à Zev , la triste réalité du deuil qui vient de le toucher cherchant à le ramener à la promesse faite à sa femme lorsque celle-ci quitterait ce monde , de retrouver l’officier Nazi , Rudi Kurlander   du camp , qui a été responsable du massacre de leur famille respective … et qui aujourd’hui , comme beaucoup d’anciens bourreaux a réussi a échapper à la traque et à la justice, et vit tranquillement quelque part aux Etat-Unis , protégé par cette même  identité  dont quatre personnes semblent avoir usurpé le nom. L’ami de Zev lui a même confié , pour qu’il ne l’oublie pas , sur un papier l’itinéraire et les adresses des quatre personnes dont il va falloir trouver laquelle est le véritable coupablet  dont il est le sul à  pouvoir identifie  et le reconnaître  au son de  sa voix . Zev ( Christophe Plummer , immense!) va donc se lancer, malgré son état ,  dans cette traque en forme de geste de vengeance hautement symbolique , à laquelle le cinéaste a voulu donner  une signification qui ,  au delà de la vengeance , fait écho à la thématique de la douleur , de la mémoire et de l’oubli ( impossible ?) à laquelle la mise en abyme vertigineuse de son film renvoie toute l’ambiguïté,  dont la démence sénile de Zev se fait le miroir  d’une réalité hallucinante que le final (  qu’on  vous laisse  découvrir  ) , nous jette en pleine figure !.

A gauche Zev ( Christopher Plummer ) face à son ami Max ( Martin landau)
A gauche Zev ( Christopher Plummer ) face à son ami Max ( Martin landau)

Atom  Egoyan , explorateur de l’âme humaine et des ravages de la douleur et ( ou ) de la culpabilité  ( souvenez -vous de son superbe De Beaux lendemains / ) ,  nous entraîne  dans les méandres d’un récit sombre qui nous interpelle au plus profond par ce qu’il nous renvoie comme questionnements . Et sa volonté n’en est que plus affichée  comme  il le précise dans le  dossier de presse  justifiant  l’enjeu et la tension voulue   au coeur  de  son récit  «  il aurait été impossible de raconter cette histoire à une autre pariode qu’aujourd’hui . La guerre s’est terminée il y a 70 ans . Les tentatives pour poursuivre en justice les criminels de guerre vivants encore aujourd’hui , échouent de plus en plus car les accusés meurent avant la fin du processus judiciaire … » , dit-il . Et Zev qui  à son âge sait que la procédure n’aboutirait pas,  décide donc de se  jeter dans cet acte de vengeance symbolique «  C’est une histoire , avec des personnages comme je n’en ai jamais vus . J’ai réalisé quinze longs métrages et rares sont ceux dont  je n’ai pas écrit les scénarios , Benjamin August ( qui a signé ici, le scénario du film ) a réussi à parler de notre relation à l’horreur d’une manière unique » ,  dit le cinéaste . Et de fait le suspense qui s’inscrit en miroir du road-movie de la traque du coupable par Zev , renvoie par le regard  qu’il nous oblige à avoir en tant que spectateur vis à vis de l’habituel  rapport aux personnages et au héros , à une totale remise en question de cette «  relation à l’horreur » au cœur du film,  et qui vous prend… à rebrousse -poil , et de plein fouet !.

à gauche : Bruno Ganz , face à Chritopher Plummer
à gauche : Bruno Ganz , face à Chritopher Plummer

C’est là que réside la force du film dont la structure ,  en quelque sorte « diabolique »  nous oblige à ne rien révéler pour vous en garder intact le suspense . Un suspense et une accroche dont la mise en scène d’Atom Egoyan se fait complice avec une subtilité confondante entretenant cette ( notre ) relation à l’horreur jusqu’au bout du parcours de Zev,  porté par une interprétation de Christopher Plummer  …à étudier dans les écoles !. Ce grand comédien de theâtre et de cinéma , offre par la subtilité et la finesse de son jeu, l’ampleur voulue à son personnage dont le comédien dit « avoir été attiré par le mystère de cet homme , son humanité et ses démons qui traversent tout le film . Atteint de troubles de la mémoire il est parfois hors de contrôle , c’était un challenge de le jouer (…) le scénario est si bien écrit , tout est entre les lignes : les motivations , les intentions , les mobiles . D’une certaine manière en tant qu’acteur vous jouez « contre » les dialogues tout le temps et c’est sensationnel , j’adore ça ! ». Et nous spectateurs on est aux anges subjugués , d’autant qu’il est entouré par des pointures du même niveau : Martin Landau ( qui joue son ami Max en fauteuil roulant ), Dean Morris ( John Kurlander ) et les trois autres Kurlander ( Bruno Ganz , Julien Prochnow, Heinz Lieven) dont les identités empruntées ont toutes un lien direct avec les conséquences de la seconde guerre mondiale à l’image de celui que Zev retrace à l’hôpital et quasiment mourant … qui se révèle être un homosexuel,  ayant échappé de justesse à la mort dans le camp en prenant pour  suivivre ,  l’identité d’un mort…

Christopher Plummer - au premieir plan) , derrière lui , Jûrgen Porchow
Christopher Plummer  (au premieir plan) , derrière lui : Jürgen Porchnow

Au cœur du film,  l’exploration des divers traumatismes et de cette mémoire étouffée et souffrante qui fait écho à cette autre, lucide qui se cache et fait, dit le cinéaste «  de sa vie un camouflage » . La posture et la complexité , Le vrai et le faux , la mémoire et l’oubli , la justice , la morale et la vengeance , la repentance et le pardon . La mise en scène d’Atom Egoyan qui s’inscrit dans la simplicité pour mieux aborder ces thématiques de réflexion universelle,  et leur offrir cette dimension humaine qui s’y joue au cœur de la linéarité d’un récit qui se concentre , à la manière  d’ingmar Bergman sur les personnages «  le seul paysage du film c’est le visage », parlant de celui de Christopher Plummer dont les lieux qu’il traversent ne servent que  de  décor dans lequel , la tragédie  ( métaphysique )  se  joue … la  mise en scène et  en abîme  d’Atom Egoyan ,  à la fois envoûtante et dérangeante,  distille  ici, sa musique pour mieux vous piquer au vif,  et vous poursuivre longtemps .
Le cinéma d’Atom Egoyan n’est pas un cinéma de tout repos  , il  est dérangenat et  non- convenu  et  ses résonances multiples  nous hantent. Remember par la force de son propos , est de ces films qui marquent les mémoires …

(Etienne Ballérini)

REMEMBER d’Atom Egoyan – 2016-
Avec : Christopher Plummer , Martin Landau , Bruno Ganz, Jûrgen Prochnow,Dean Norris , Henry Czerny…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s