Cinéma / A PERFECT DAY de Fernando Léon De Aranoa.

Au cœur de la guerre dans les Balkans , sur le terrain un groupe d’humanitaires tente de remonter un cadavre jeté dans un puits pour contaminer l’eau, va se retrouver confronté à l’absurdité d’une situation qui -par la cupidité des uns et la rivalité des autres – ne fait qu’augmenter le chaos . Un chaos auquel le choix d’un traitement à froid par un humour distancié offre un miroir à la tragédie qui s’y joue …

l'Affiche du Film.
l’Affiche du Film.

C’est donc au cœur d’une zone montagneuse des Balkans où le conflit continue , alors qu’en coulisses des négociations internationales sont en train de chercher une sortie de paix , que le récit nous entraîne dès la première séquence avec cette réalité quotidienne vécue par les habitants privés d’eau au cœur d’un conflit où les deux camps rivaux profitent de la situation pour déstabiliser l’adversaire et prenant en otage la Population civile assoiffée et affamée. Une population à laquelle les groupes humanitaires , tentent d’apporter soutien moral et aide , bénéficiant des «  accords » internationaux permettant leur intervention. Et c’est au cœur de ce chaos que le cinéaste Espagnol – dont on a pu apprécier Les Lundis au Soleil ( 2002), son film le plus connu chez nous – a choisi de nous plonger pour nous en faire vivre avec le recul désabusé de l’humour, l’ampleur de la tragédie qui s’y déroule , dont se font le reflet les incohérences qui se manifestent dans le camps des alliés où les ordres et réglementations des uns ( casques bleus ) et des autres (aide humaitaire ) qui devraient pourtant travailler en coordination , ne font qu’amplifier comme on le verra , la confusion. Une confusion dont profitent ceux qui ne cherchent qu’à s’en servir pour multiplier leurs profits , trafics et commerces de toutes sortes .
La séquence d’ouverture du film  ( Cliquez  ci pour  voir la bande annonce ) en témoigne , avec ce cadavre jeté dans le puits pour contaminer l’eau et permettre ainsi à certains de faire du trafic d’eau potable. Le « canevas » de la corde rompue destinée à remonter le cadavre du puits qui sert de « fil rouge » au récit , pour montrer les tracas rencontrés sur le terrain par le groupe humanitaire mené par ( Bénicio Del Toro ) et son « compagnon » sarcastique  ( Tim Robbins ) qui vont devoir se partir à la recherche d’ une «  corde »   de secours , que personne ne semble vouloir être disposé à vouloir leur fournir …

face au puis contaminé : Mélanie Thierry et Bénicio Del Toro.
face au puis contaminé : Mélanie Thierry et Bénicio Del Toro.

Le cadre ainsi posé dont le cinéaste le cinéaste s’est servi reflétant un contexte qu’il a eu l’occasion de voir de près , sur le terrain , en tant que cinéaste -reporter , ayant couvert le conflit dans les Balkans dans les Années 1990 , mais aussi , a suivi les actions humanitaires , notamment en Ouganda de Médecins Sans frontières Espagne dont le film s’inspire d’ailleurs des écrits et témoignages de l’une des responsables. Le choix voulu de la distanciation et de la tonalité de l’humour , sert de «  balancier » au drame vécu, comme il l’explique «  je ne peux imaginer l’un sans l’autre . Ils se complètent comme s’il s’agissait des deux faces de la même pièce de monnaie (…) comme la guerre elle-même, le film fait ressortir l’absurdité et la part d’irrationnel de l’être humain », dit-il dans le dossier de presse . Et ce choix se révèle être heureux dans la mesure où il lui permet de mettre en valeur cette «  complexité » dont la l’absurdité des situations , fait écho à la noirceur qui s’y inscrit, lui offrant dès lors toute la vraie dimension de l’horreur qui s ‘y joue , comme s’en fait l’écho la scène où notre groupe humanitaire ( la française Sophie / Mélanie Thierry interpellant les autorités militaires ) après avoir été confrontée à une séance où le pointillisme des règlements bloque son action , va se retrouver face à la réalité de la guerre qui continue à perpétuer son horreur , avec ce bus de civils arrêtés et faits prisonniers par des soldats très inquiétants ( préparent-ils un massacre ?) qui ordonnent au groupe humanitaire qui demande des explications ..de quitter les lieux !. Tout à coup le « choc » des séquence fait mouche , et la charge sur l’immobilisme prend toute sa signification confrontée à la Barbarie en marche …

le guide ( Fedja Stuka) et Tim Robbins
le guide, Damir  ( Fedja Stuka) et Tim Robbins

Si certaines critiques on évoqué à juste titre , l’humour et la dérision en faisant référence à la satire du film de Robert Altman M.A.S.H (1970 , Palme d’or Cannes ) , on y retrouve aussi l’écho de celui-ci qui renvoyait à la noirceur , celle dont le Bosniaque Danis Tanovic dans No Man’s Land (2001 ) habillait son film , où deux soldats ennemis ( un Bosniaque et un Serbe ) se retrouvent bloqués dans le No man’s land du titre , pris entre les feux des deux camps et face à l’immobilité des forces PRONU !. Le cinéaste Espagnol , joue habilement ici de ce va et vient entre humour , dérision et noirceur , qui lui permet de traduire avec habileté et justesse , un certain contexte et vécu . Et celui-ci il l’habille dans une mise en scène très classique dont il exploite les ressorts populaires qui lui permettent , le jeu des comédiens aidant, de faire mouche . D’autant que ses personnages sont très écrits et servis par des dialogues qui ne manquent pas de mordant , Bénicio Del Toro le désabusé qui tente de maintenir la cohésion du groupe , et Tim Robbins le spécialiste en logistique , qui renvoie son humour sarcastique à la folie de la guerre . Les deux Personnages féminins sont tout aussi bien travaillés et représentatifs de deux personnalités et caractères contrastés : à l’armure protectrice de Katya ( Olga Kurylinko) qui s’est forgée dans un passé et la lucidité d’ un vécu , fait écho la naïveté et la pureté de la Française Sophie faisant face avec sa franchise , à la corruption et aux compromis.

le jeune Nikola( Eldar Residovic ) et Bénicio Del Toro
le jeune Nikola( Eldar Residovic ) et Bénicio Del Toro

S’il faut souligner le beau travail avec les figurants ( Bosniaques , Serbes et croates ) et les personnages secondaires qui apportent leur réalisme au récit dans les plans qu’ils habitent «  tous les personnages sont forts chacun à leur manière . Le film a progressé grâce à eux et il repose sur leurs rapports , leurs épreuves et leurs péripéties… » , note le cinéaste . Mais il faut aussi relever , la belle présence et la force au cœur du récit , de deux personnages importants et représentatifs d’un certaine «  dignité du peuple des Balkans durant cette guerre » , ajoute  le cinéaste . Celui de Damir ( Fetja Stukan ) l’homme de la région qui sert d’interprète au groupe humanitaire et dont la situation particulière à l’intérieur de celui-ci et la tragédie vécue , fait transparaître une humanité et une dignité émouvante . Comme l’est celle du jeune Nikola ( Eldar Reisidovic ) à la recherche de ses parents et qui va se retrouver un certain temps sous la « protection » de notre groupe humanitaire avant de retrouver son grand-père . Nikola , c’est l’innocence au cœur de guerre , et c’est aussi, l’image de l’enfance qui en a souffert.
Divertissement populaire et gravité au rendez-vous , autant de raisons pour vous laisse séduire par ce «  A Perfect Day » au sous-titre significatif «  un jour comme un autre »…qui , dans le contexte où les événements se déroulent , se fait l’écho de cette dérision distanciée qui permet à ses héros , de survivre au chaos …

(Etienne Ballérini)

A PERFECT DAY de Fernando Léon De Aronoa – 2016-
Avec : Tim Robbins , Benicio Del Toro, Mélanie Thiérry , Olga Kurylenko, Fetja Stukan , Eldar Reisidovic…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s