Théâtre / Dominique Czapski aime Antigone

Le Théâtre Antibea et la Compagnie du même nom restent fidèles à une programmation où l’on retrouve à chaque saison quelques grands classiques du répertoire français. Pour ce début d’année, ce sera Antigone vue et revue par le maître des lieux, le comédien et metteur en scène Dominique Czapski.

Pas un habitué de ce théâtre ne manquerait à chaque saison un Shakespeare, un Racine, un Molière ou un Jean Anouilh et son Antigone peut être déjà vu dans une jeunesse scolaire, alors pourquoi le revoir ? Il y a voir et revoir, quand on franchi la porte d’Antibea, au moment où au pied de la scène, le metteur en scène présente la pièce, on se dit alors que l’on n’a pas toujours bien compris le fond de l’intrique sous cet angle, sous ce regard nouveau qui change à chaque création. Dominique Czapski avait déjà joué Créon, il y a quelques années et il revisite aujourd’hui ce classique, un terme qu’ il n’ aime pas trop.

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Dominique Czapski

«  Disons que moi, je remets en question cette appellation, s’il y a des gens qui pensent qu’on fait du théâtre classique, je pense qu’ils ont tort. Je crois qu’on fait du théâtre contemporain , quoiqu’il arrive, nous faisons du théâtre contemporain, même si nous traitons de tous les sujets ,même des sujets qui appartiennent à l’Histoire, à l’histoire de l’humanité, à l’histoire de l’homme. Il est clair que c’est la troisième fois que je monte Antigone. Je l’ai montée, j’avais 35 ans, je l’ai montée quand j’avais 50 ans et je la monte quand j’ai 61 ans. Ce n’est plus la même Antigone, j’avais un regard sur l’œuvre et mon regard sur la société, il s’agit de l’Antigone qui a été écrite en 1944 pendant l’occupation allemande, je vais y revenir, en tous cas, on a tous notre Antigone, c’est un mythe, Antigone a été écrite par Sophocle 500 ans avant Jésus Christ, elle a été transmise oralement, déformée même et puis, au 19ème siècle, les philosophes s’en sont emparés , Kierkegaard, des grands poètes comme Hölderlin et puis, en France, Jean Cocteau et ensuite jean Anouilh. Alors, pourquoi cette pièce a-t-elle été créée par Jean Anouilh, et bien parce que dans ce mythe d’Antigone, on parle de la problématique du pouvoir et de la révolte devant le pouvoir et je ne comprendrais jamais pourquoi la censure allemande a accepté que cette pièce soit jouée. Certainement que la censure allemande a décrété que Créon avait raison, c’est à dire le pouvoir totalitaire. Moi, je suis convaincu que Anouilh lui même pensait que la pièce allait être interdite, elle a été acceptée mais moi, je défend l’idée que la révolte d’Antigone qui date de 2 500 ans, elle est absolument nécessaire à la jeunesse. Voilà comment les gens adultes nous fabriquent le monde, je parle des quinqua, des sixas, des septuas, et des ostos alors que le monde, il est créé par qui ?

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Par les jeunes, moi, j’aimerais que toutes les filles, tous les garçons du monde soient des Antigone . Celle qui est capable de dire non et Antigone est capable de dire nom donc, elle est un mythe et en nous, elle est inscrite dans nos gènes, çà c’est très important. Pour moi, quand je m’en suis emparée en 1989/90, j’avais 35 ans, je l’ai vue brutalement alors que au bout du compte, tout son langage, c’est un langage de joie, pas seulement de révolte, pas seulement de révolutionnaires , quand Créon lui dit que la vie, ce n’est peut être simplement que le bonheur, elle lui répond, quel bonheur ? Qu’est ce que vous me proposez, d’épouser un futur bourgeois qui est votre fils, vous me proposez quoi, une nouvelle loi sur le code du travail, vous me proposez quoi, que le socialisme disparaisse et qu’on ait que le droit de fermer sa gueule. Elle, elle dit non à tout çà et je trouve que justement, c’est très contemporain… »

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JP L

Comment les spectateurs, qui depuis des décennies voient Antigone, ont-ils la même analyse que vous ?

 

Dominique CZAPSKI

J’essaie d’expliquer notre façon d’envisager le scénario de la pièce et la mise en scène. Là, c’est une mise en scène très dépouillée où j’ai demandé aux acteurs d’être presque neutre dans le jeux et pourquoi ? Pour qu’on entende bien justement les arguments de Créon et d’Antigone sans qu’il y ait du blabla, sans qu’il y ait de l’anecdote parce que les grands auteurs, c’est le théâtre du verbe , ils sont des visionnaires qui écrivent pour l’éternité et je pense que si le théâtre existe encore et qu’il n’est pas devenu seulement du divertissement, dans 200, 300 ans où plus encore, on reprendra l’Antigone

JP L

On voit que les metteurs en scène cherchent, travaillent sur de nombreux textes anciens en quête de découvrir un petit quelque chose qui semble être passé de côté ou pas toujours déchiffré, qu’en pensez vous ?

Dominique Czapski

Mais parce qu’on passe toujours par une traduction, une traduction, c’est fait pour vieillir, un texte de 500 ans avant JC, il n’a pas été écrit sur un ordinateur, il a été transmis oralement et c’est au Moyen Age qu’on a inventé l’imprimerie, grande révolution, aussi importante qu’Internet, tous les moines du Moyen Age, c’est eux qui ont retransmis sur le papier…On voit bien çà dans Shakespeare, ce n’était pas écrit, c’était dit, on a commencé à écrire Shakespeare , une dizaine d’année après sa mort, même si on avait le contenu, on avait des tas de notes Shakespeare, maintenant il est traduit dans toutes les langues. Une traduction qui a trente ans n’est plus convenable parce que le théâtre lui même a évolué, on fait de nouvelles adaptations, de nouvelles traductions

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JP L

Avec l’actualité internationale qui fragilise les démocraties, peut on écrire une nouvelle adaptation d’Antigone ?

Dominique Czapski

On pourrait dire que les prochaines années selon comment notre société va évoluer, d’une autre façon, bien sûr, déjà dans l’Antigone d’Anouilh, on sent poindre dans le personnage de Créon, un social démocrate. Par moment, il est moins dictateur et totalitaire que celui de Sophocle ou celui d’Hölderlin, peut être que la sociale démocratie va devenir une vraie démocratie qui est loin d’en être une actuellement, quand j’ai monté Antigone, il y a 30 ans, le politique avait le pouvoir et la puissance, malheureusement en 2016, il a encore un peu de pouvoir mais il n’a plus la puissance, la puissance, ce sont les actionnaires du néocapitalisme qui la détienne, donc ça c’est une grande atteinte à la démocratie. Quand on est un homme de théâtre, on sait que les mots résonnent sur une scène, beaucoup plus que dans une lecture individuelle et personnelle ou dans un couloir de bibliothèque, c’est pour cela qu’il faut à chaque fois, à chaque nouvelle création travailler autrement.

Jean Pierre Lamouroux

18, 19, 25, 26  mars à 20h3O

20, 27 mars à16h

Pour les inconditionnels de ces œuvres immortelles, Antibea propose en avril Bérénice de Jean Racine et en mai Hamlet Déstructuré de William Shakespeare.

Antibea ; 04 93 34 24 30

theatre-antibea.com

 

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