Art / Les miroirs de Bernard Taride

Couper un miroir à l’aide d’une hache sans le briser, planter des clous sur un autre sans l’éclater ou encore en serrer un dans un étau sans l’exploser pourraient relever d’un gag si l’imagination de Bernard Taride n’était passée par là.2006 grooving high H 130 L.093 (F.Obadia)

 

Se rendre à une exposition de l’artiste est toujours un grand événement surtout pour les curieux du…comment il a fait… et les autres plus contemplatifs, ne cherchant pas à découvrir la prouesse technique car dans chaque œuvre, il y a une histoire, une pensée plus ou moins philosophique car on n’enfonce pas un clou dans un miroir ou on ne déforme pas un objet ou un visage sans une idée bien précise.

Bernard Taride

je faisais de la peinture comme tout le monde, au cours de quelques années, j’ai réalisé que ce n’était pas très original , j’ai arrêté la peinture et puis un jour, j’ai été séduit par les clous et j’ai eu envie de les planter, je les ai plantés sur  des panneaux de bois ce qui est assez logique, ils étaient préalablement peint en noir ou en blanc et j’en suis venu à l’idée que j’étais très intrigué par l’herbe qui poussait dans des endroits impossibles, genre béton, trottoir et je me disais que la vie pouvait s’ouvrir pratiquement dans le néant et, j’ai voulu par le biais des clous traduire cette impression que j’avais eu. Il y avait des bandes noires et des bandes blanches sur le panneaux et pour moi, les bandes noires c’était le néant, les clous, c’était la survivance, la vie qui arrive à surgir dans des endroits les plus impossibles, alors, j’ai cherché un matériau où je pouvais planter des clous, pas sur du bois, c’est trop logique et, ce qui est venu le premier à l’esprit, c’est le verre et, par conséquent le miroir, et bien, j’ai planté des clous dans le miroir tout simplement. Après les clous, il fallait bien évoluer, je suis passé aux outils, ma première œuvre dans cette idée, j’ai planté une hache dans un miroir qui n’est pas fendu, c’était complètement surréaliste, une hache plantée dans un miroir sans que le miroir soit fendu.

2013 l'anatomie d'un espace
2013 l’anatomie d’un espace

JP L

Que représente pour vous le fait de montrer ensemble la fragilité du verre et la dureté du fer ?

Bernard Taride

Je joue beaucoup sur les contrastes mais miroir brisé et non brisé, c’est quelque chose de tout à fait différent, une histoire d e vie et de mort, j’aime bien jouer sur ce genre de contraste et, il y a une sorte d’équilibre, de suspense dans le fait que si on serre trop, l’étau casse tous les miroirs et si on desserre, tous les miroirs tombent. Il y avait aussi cette notion d’instabilité aussi qui joue en plus.

La retraite des cadres
La retraite des cadres

JP L

Comment s’est passée votre évolution artistique en restant toujours avec votre matériau préféré ?

Bernard Taride

Au début, c’étaient les interventions avec tous ces outils et ce miroir plan et, j’en suis venu après à décortiquer tous çà avec plusieurs miroirs sur des plans différents, ce qui fait que lorsque on se regarde en dedans, en bougeant, c’est un peu ludique l’histoire, on se voit en petits morceaux, on se recherche, on se retrouve, on se voit grand, on se voit petit…

JP L

Vous avez profitez de votre amitié avec des artistes comme César, Arman ou Ben pour concrétiser le travail de recherche sur le décalage des miroirs, comment vous est venue l’idée ?

Bernard Taride

J’appelle çà Portrait, portrait craché, ça vient du mot anglais crasch, ça veut dire qu’ils sont un peu détruits . J’ai eu l’idée un jour, on m’avait demandé un portrait d’artiste à ma manière, je n’ai aucune expérience de çà et j’ai eu l’idée de fixer sur la photo un miroir perpendiculaire à la photo, double face et incliné, pas vertical de façon à à ce que ça provoque des déformations complètement ahurissantes du portrait et les deux côtés, c’est différent.

 

César
César

JP L

Ce qui est bien, c’est que vous cherchez tous les jours, on peut voir mille choses avec le miroir, vous peignez dessus, vous grattez, vous clouez, vous percez, vous faites des bosses, çà vous prend la tête un peu ?

Bernard Taride

Un peu tous les jours, en plus je suis assez flemmard, je ne travaille pas tous les jours mais le fait de mettre un miroir en biais, un miroir double face, je l’ai appliqué aussi à des objets, un téléphone, un fer à repasser, une voiture et on obtient les mêmes déformations.

JP L

Pourquoi personne n’y a pensé avant ?

Bernard Taride

Je ne peux pas vous dire…rires…ben c’est çà le génie…rires…

JP L

Vous aimez aussi travailler sur des textes, vous arrivez à remettre tout çà avec des miroirs, c’est pour mieux les voir ,les revoir plus longtemps?

Bernard Taride

çà participe beaucoup de la vie quotidienne les réflexions que je me fais sur le monde et en même temps il faut essayer de concrétiser ce qui vous passe par la tête et

techniquement, c’est assez sportif, je ne veux pas dévoiler mes secrets de fabrication. A un millimètre prêt ça ne donne pas l’effet désiré, il y a tout un jeu de ferrailles qu’on ne voit pas quand on regarde l’œuvre.

JP L

Au fait, Bernard, vous avez toujours un ego surdimensionné à force de vous regarder tous les jours dans les miroirs ?

Bernard Taride

Moi…Non !

L’imagination de Bernard Taride n’a pas de limite, il travaille sur les objets de chantier, sur des panneaux de signalisation, il utilise les cordages, il improvise des grattages incongrus de miroir, bref l’artiste a de beaux jours devant lui mais, attention, la simplicité du travail rendu sur les sculptures ne montre pas les difficultés réelles de réalisations. Sur plusieurs œuvres, on peut remarquer une touche sur la musique de jazz…je suis un indécrottable sur le jazz. Pour les habitués des concerts dans les salles azuréennes, vous êtes certain de le rencontrer. Il peut vous parler des jazzmen qu’il a rencontrés comme Miles Davis ou Dizzy Gillespie

Jean Pierre Lamouroux

A Nice jusqu’au 12 mars a la galerie La Conciergerie,présence de l’artiste a partir de 17h

Tel : 0619143922

 

 

 

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s