Je me souviens / La guerre et ce qui s’en suivit

Je me souviens que j’écris ce « je  me souviens » le 21 février 2016.
Je me souviens que le 21 février 1916 commençait la bataille de Verdun.
Je me souviens qu’elle s’achevât le 19 décembre 1916.
Je me souviens qu’elle fit  plus de 700.000 morts, disparus ou blessés, 362 000 soldats français et 337 000 allemands.
Je me souviens qu’elle fût une des plus longues et des plus dévastatrices batailles de la Première Guerre mondiale.Aprés Verdun - Brancardiers ramassant les blessés
Je me souviens qu’on l’a nommé la « mère des batailles » : quel honneur pour les mères !
Je me souviens qu’en fait elle est  l’une des batailles les plus inhumaines auxquelles l’homme se soit livré.
Je me souviens que le tourisme qui consiste à aller voir à Verdun le mémorial de ceci, le cimetière militaire de cela… s’appelle du tourisme « intelligent »
Je me souviens que j’appellerais plutôt cela du tourisme voyeur, mais ne je dois pas avoir le même dictionnaire.
Je me souviens que, d’ici les célébrations du 100ème anniversaire de l’armistice de 1918, nous aurons le centième anniversaire de l’offensive Nivelle (avril-juin 17), celui de la troisième bataille de l’Aisne (mai 18)…
Je me souviens que Louis Aragon a été mobilisé comme brancardier pendant la première guerre mondiale.
Je me souviens que, sur le front, il fait l’expérience des chairs blessées, de la violence extrême.
Je me souviens que, dans son recueil « Le roman inachevé » il écrit un poème terrible, « La guerre et ce qui s’en suivit ».

On part Dieu sait pour où Ça tient du mauvais rêve
On glissera le long de la ligne de feu
Quelque part ça commence à n’être plus du jeu
Les bonshommes là-bas attendent la relève


Roule au loin roule train des dernières lueurs
Les soldats assoupis que ta danse secoue
Laissent pencher leur front et fléchissent le cou
Cela sent le tabac la laine et la sueur

Comment vous regarder sans voir vos destinées
Fiancés de la terre et promis des douleurs
La veilleuse vous fait de la couleur des pleurs
Vous bougez vaguement vos jambes condamnées

Vous étirez vos bras vous retrouvez le jour
Arrêt brusque et quelqu’un crie Au jus là-dedans
vous bâillez Vous avez une bouche et des dents
Et le caporal chante Au pont de Minaucourt
brancardiers français sous le feu allemand
Déjà la pierre pense où votre nom s’inscrit
Déjà vous n’êtes plus qu’un mot d’or sur nos places
Déjà le souvenir de vos amours s’efface
Déjà vous n’êtes plus que pour avoir péri

Déjà vous n’êtes plus que pour avoir péri…

 

Jacques Barbarin

 

Illustrations :
Soldat allemand – soldat français
Après Verdun – brancardiers français ramassant les blessés
Brancardiers français sous le feu allemand

 

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