Theophraste s’invite à Grasse

Le Musée International de la Parfumerie (1) à Grasse (AM) propose une nouvelle fois une exposition originale (2) «  Parfums Antiques ». Une plongée dans le secret des parfums et des plantes aromatiques dans l’Antiquité, un savoir faire qui fascinait déjà les hommes depuis la nuit des temps.

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Pour les chercheurs d’aujourd’hui, se pencher sur les écrits anciens permet une avancée dans leurs travaux, des exemples avec ceux du philosophe grec Theophraste, le médecin Discoride né en Cilicie ou l’écrivain italien Pline l’Ancien. Au fil des années, le sujet devient si passionnant que tous les secteurs de la science s’intéressent à cette aventure du parfum qui trace son histoire avec les spécialistes dans le domaine de la poterie, des fresques, des tombes, des amphores retrouvées aussi bien sur terre que dans les fonds sous marins,des céramiques,le tout avec le petit plus de chaque scientifique qui rivalise avec les écrits. On voit bien l’intérêt que portaient les hommes de cette époque sur ce liquide subtil dans le quotidien et dans la vie sociale. De nombreux textes évoquent des passages délirants comme sur le bain et les massages parfumés des femmes.. mais les parfums s’invitent aussi dans les festivités, dans les cérémonies funéraires, dans les jeux sportifs, dans les ruses de combats guerriers,sans oublier les rituels pour les offrandes faites aux dieux, aux divinités, aux déesses, il y avait également les mixtures médicinales qui faisaient le bonheur des praticiens. Du contenu au contenant, les traces laissées par les anciens sont toujours là comme le précise Gregory Couderc adjoint à la Conservation;

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Gregory Couderc

Récemment, des études chimiques sur des résidus restés au fond de récipients trouvés dans les ruines de Pompéi ont abouti pour savoir d’où venaient les matières premières, bien sûr c’est une recherche sur des concrétions mais qui permettent de mieux situer le pays d’origine, peut être de découvrir un mode de fabrication et les lieux où ont poussé les plantes.

JP L

On parle souvent d’huiles essentielles, peut on faire un rapprochement avec cette appellation aujourd’hui ?

G Couderc

Il faut bien comprendre que dans l’Antiquité, on était dans le domaine du cosmétique et pas dans la parfumerie, ils ne connaissaient pas l’alcool à 90°, c’était une fermentation de plantes qui ne dépassait pas les 15 ou 20 degrés, on était plus sur des bases huileuses et non pas sur des bases alcooliques comme de nos jours.

JP L

Quel était le matériel utilisé dans l’Antiquité ?

G Couderc

L’alambic n’existait pas, il est arrivé au Moyen Age, c’est pour cela que les matières premières étaient trempées dans l’huile et, c’était l’huile qui captait les différentes odeurs. Il n’y avait pas de distillation comme on peut la connaître aujourd’hui.

JP L

Dans les textes anciens, retrouve-t-on le métier que l’on appelle le « Nez ?

G Couderc

Pas à ma connaissance, à l’époque, le parfumeur était celui qui pressait les huiles dans les matières premières. Il était le concepteur de tout, en général, le travail était assez artisanal.

JPL

Les fleurs ou plantes utilisées à l’époque, existent elles encore ?

G Couderc

Certaines oui mais si vous prenez la rose par exemple, elle était à pétales simples alors qu’aujourd’hui, il y a des roses aux multiples pétales semées exclusivement pour l’industrie de la parfumerie mais, par exemple, la myrrhe et l’encens restent aussi authentiques que dans l’Antiquité .

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Si le parfum est une source de renseignements passionnants sur le quotidien des hommes aux cours des siècles derniers jusqu’à nos jours, il est aussi très intéressant de découvrir comment on conservait

le parfum, comment on le transportait dans le monde entier,quelles étaient les routes empruntées, quelles étaient les céramistes, les décorateurs spécialisés dans les flacons de verre ou de céramique et c’est le plus souvent dans les musées que l’on peut découvrir ces trésors dont celui de Grasse avec une très intéressante thématique qui emmène le visiteur 2 000 ans en arrière et pour les plus curieux, l’exposition permanente est extraordinaire surtout quand on sait que la ville de Grasse était l’une des premières au monde à posséder autant de distilleries pour la parfumerie et en se faisant remarquer en parfumant les gants en cuir sortis des tanneries.

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Toujours dans ce musée, on peut aussi découvrir des documents sur les campagnes environnantes de Grasse (3) où fleurissaient les bigaradiers, le jasmin, les violettes et les roses ainsi que les divers petits métiers que se partageait la population Pour les passionnés, un livre (4) a été édité pas seulement pour cette exposition mais pour aborder tous les paramètres qui concernent le parfum avec des chapitres très techniques mais aussi un lexique des plantes aromatiques, un autre, comment faire soi même quelques extractions de fleurs afin de retrouver une odeur. Le livre aborde aussi quelques histoires croustillantes avec l’emploi de parfum chez les reines de l’antiquité…Le parfum, une odeur de découverte…

Jean Pierre Lamouroux

  1. 2 Boulevard du Ballon – 04 97 05 58 11
  2. (2) Jusqu’au 31 mars, ouvert tous les jours sauf le mardi
  3. (3) En décembre 2015, le philosophe et paysan Pierre Rabhi, président d’honneur de la candidature des savoirs-faire, liés au parfum en pays de Grasse au patrimoine immatériel de l’UNESCO a reçu une délégation de cette association qui porte le projet
  4. Parfums Antiques de l’archéologue au chimiste
  5. clichés : Jean Pierre Brun et Gabrielle Voinot
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