Cinéma / 45 ANS d’Andrew Haigh.

Un courrier inattendu va bouleverser le quarante-cinquième anniversaire de mariage d’un  couple.  Autour des petits et grands secrets que l’on ne confie pas à l’autre , le cinéaste construit un récit tout en nuances et passionnant sur ces non-dits , dans lequel tout un chacun peut se retrouver …porté par deux comédiens prodigieux…

l'Affiche du Film.
l’Affiche du Film.

Les premières images tranquilles dans la campagne Anglaise où une dame accompagne la promenade quotidienne de son chien , un Berger Allemand . A leur retour dans la maison feutrée , elle prend le courrier dans la boîte à lettre , l’une d’elle est  destinée à  son mari. La   lecture  de celle-ci apporte un nouvelle inattendue : la femme disparue dans un accident de montagne dans Les Alpes  lors d’une randonnée commune  a été retrouvée,  la fonte des glaces ayant fait apparaître son corps au grand jour !. Surprise et étonnement de Geoff ( Tom Courtenay ) le mari de Kate ( Charlotte Rampling ) pour lequel  la lettre fait resurgir à lamémoire , ce drame vécu il y a une cinquantaine d’années…au cœur des préparatifs de l’anniversaire de leur mariage déjà reporté il y a cinq ans pour des raisons de santé ( un pontage) de Geoff , voilà que la nouvelle apporte la perturbation d’autant que Kate découvre l’existence de cette Katya dont  son mari  ne lui avait jamais parlé !. Soumis aux questions de Kate sa femme qui veut savoir les raisons de cet « oubli » et la place qu’avait eu jadis cette femme disparue dans la vie de son mari , ce dernier bouleversé , finit par dévoiler les raisons pour lesquelles il avait voulu enfouir  dans l’oubli  (le  déni ) la douleur et les souvenirs qui s’y attachent … A la fois pour se protéger ,mais aussi pour protéger l’harmonie de sa nouvelle vie de couple construite depuis . Mais Kate qui découvre un Geoff qu’elle n’a jamais vu aussi perturbé et abasourdi s’interroge sur ce silence et veut savoir la place tenue -jadis- par cette femme dans la vie de ce dernier….

 la lecteure de la lettre  par Kate ( Charlotte Rampling  )  et Geoff ( Tom Courtnay )  ,
la lecteure de la lettre par Kate ( Charlotte Rampling ) et Geoff ( Tom Courtnay ) ,

Adapté d’une nouvelle d’Eddie Constantine, le nouveau film réalisateur Anglais qui fut assistant de Ridley Scott et  remarqué par son long métrage ,Week-End ( 2011) qui s’intéressait aux relations d’un couple d’homosexuels , et par la série TV , Looking réalisée pour HBO ) , poursuit son exploration des relations humaines dont son nouveau film constitue un prolongement au cœur d’un vieux couple hétéro « je n’ai pas pas voulu me limiter à un « genre » de cinéma , ce qui m’intéresse c’est la complexité des relations humaines ( …) ici ce que je voulais explorer , c’est comment une relation humaine se forge et dans quelle mesure les débuts la définissent . C’est le cas ici avec beaucoup de non-dits et le film traite de ce qui se passe quand toutes ces choses arrivent à la surface. Le film explore la lutte de ces deux personnages pour comprendre ce que leur amour signifie » , explique le cinéaste dans le dossier de presse. Et cette  lutte  il l’ illustre avec une infinité de détails et de comportements qui s’y attachent , venant « perturber » l’harmonie d’un quotidien construit justement sur ces non-dits.  Une magnifique scène de « confidences sur l’oreiller ,  s’en fait l’écho . Un soir , au cœur des souvenirs échangés et remémorés évoquant les années de bonheur communes, la réflexion de Kate surgit « il y a des choses que l’on garde pour soi , par peur de blesser l’autre » , à propos d’une confidence ( doulouresue )  qu’elle n’avait jamais faite , à Geoff. Et puis, la question qui la turlupine finit par sortir de ses lèvres « … si Katya n’était pas morte l’aurait-tu épousée ? », le « oui » qui y répond sonne comme un couteau qui perce la plaie , encore  un peu plus au cœur d’une Kate ,abasourdie …

Leu couple  ne sont plus les  mêmes... Tom Courtenay et Charlotte Rampling.
Les promenades du couple  dans la campagne ne sont plus les mêmes…
 (Tom Courtenay et Charlotte Rampling ).

Le regard du cinéaste sur cette déchirure au cœur couple , prend alors une sorte de dimension chirurgicale  qui s’installe , toute en nuances , dans leur  quotidien qui en est parasité à chaque instant. Ils ne se regardent plus de la même manière, l’une épie l’autre ( la visite dans le grenier et la fouille dans les objets et souvenirs de Geoff ) et se morfond dans la sidération silencieuse d’une liaison commune  dont le sens n’est plus le même.  Au delà de Bien de la crise traditionnelle du couple et de la jalousie  d’être rejetée au profit d’une autre liaison . Car , celle-ci , qui revêt la dimension d’une morte dont le fantôme  resurgit , est plus qu’insupportable pour Kate déboussolée , anéantie qui voit tout ce qu’elle avait construit s’écrouler , se laissant envahir par le ressentiment, par la haine . Mais Kate qui est une battante va se rendre compte que son nouveau combat est de reprendre sa place occupée provisoirement par le souvenir  que la lettre a fait resurgir dans le coeur de  Geoff. Se rendant compte « avec le passage du temps que la vie du couple est une quête permanente vers l’autre et qu’une part de son mystère est (reste ) impénétrable ». Alors elle se fera charmeuse , tentera de focaliser l’attention de son Geoff sur cet anniversaire de mariage tant souhaité  sur lequel il faut se concentrer . Une annulation ne serait pas comprise par la famille et les amis qui  veulent fêter  le couple ! . Et Kate va  s’aventurer même –  refusant d’admettre  d’avoir été jusque  là  « un amour de substitution »  – à  la   reconqûête  de  sa place  dans le coeur de  son  Geoff ( belle scène de danse , sur l’air  de musqiue qui a scéllé  leur première rencontre ) , retrouvant les gestes et les mots d’hier  pour le  séduire  et  le faire céder ( la belle scène d’amour … qui  conclut  son entreprise ) . Charlotte Rampling dans cet exercice est tout simplement sublime et magistrale…

la scène de lanniversaire  de  mariage ...kate ( Charloote Rampling ) rerouve le  sourire ...
la scène de l’Anniversaire de mariage …kate ( Charloote Rampling ) rerouve le sourire …

Et dans le rôle de Geoff , Tom Courtenay , l’est tout autant . Grand comédien de théâtre  qui connut son heure de gloire au cinéma dans les films ayant marqué la période du « free cinéma » des années  1960 /1970 et  qui deviendra star internationale , mais sa passion de théâtre l’éloigna des écrans et y devint  trop rare . On le retrouve ici avec un grand plaisir . Offrant toute la sensibilité et la vulnérabilité à son personnage envahi par ce qui lui arrive , qui perd pied submergé par ce passé , se sentant coupable et luttant contre lui-même ,tentant lui aussi,  de recoller les morceaux . Lui,  qui avait mis sa souffrance en sommeil ,  ne sachant plus comment affronter le présent et  ce qui  le  submerge , il vacille  dans ses certitudes  (  comment passer  à la rpochaine étape ?) ,  confronté  à  un nouveau déni de sa souffrance réveillée . La question des « choix » que la vie nous oblige à faire   ( est- ce les bons ? , peuvent-ils   en changer le cours ? ) , lui est devenue obsédante , comme il l’évoque d’ailleurs dans le beau discours final de la cérémonie d’anniversaire . Réussissant , enfin, à habiller de ses mots la quête permanente du couple «  dont la remise en question quotidienne est nécessaire qui permet de continuer à faire le chemin vers l’autre , et savoir le réinventer lorsque les obstacles s’y glissent en sachant qu’au cœur de celui-ci , un part de mystère y subsiste toujours« …

La force du film, et sa gravité empreinte de cruauté, est de dire tout celà en faisant sourdre l’intensité des sentiments  qui prennent le pas sur la raison  , au cœur d’une mise en scène qui les inscrit dans une sorte d’atmosphère ( la maison , la nature …) paisible dans laquelle ils bouillonnent. C’est aussi d’offrir aux spectateurs , sans parti pris , le ressenti intime  des deux individualités concernées,  en respectant les douleurs et les tourments de chacune . Même si le récit est mené du point de vue de kate , choix assumé du cinéaste « beaucoup de livres et de films parlent beaucoup de la crise existentielle masculine , j’ai voulu présenter un regard différent », dit-il. Et son  choix rend le film d’autant plus passionnant, par  ce qu’il révèle  du foctionnement du couple – dans ce cadre et d’un certain ancrage social qui le détermine  –  par ces non-dits qui s’y installent .

(Etienne Ballérini )

45 ANS d’Andrew Haigh- 2015-
Avec : Charlotte Rampling , Ton Courtenay , Géraldine James , David Sibley ….

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