Théâtre / Le retour du fils prodigue

La saison dernière au TNN, parmi les œuvres qui m’avaient le plus impressionné figurait « Toujours la tempête », de Peter Handke. Je sais, il reste cette saison, allez, plus de 4 mois de programmation, mais en voilà une qui sera manifestement dans mon « top 5 » : «  Le Retour du fils prodigue », de Mohamad Charmsir.

 

Nathalie

Photographe iranien, Khosro vit et travaille à Paris depuis vingt ans. Depuis vingt ans il a essayé d’effacer l’Iran. Depuis vingt ans il fuit le retour, sans rompre le lien avec un père resté là-bas. C’est ce lien, ces appels fréquents sur Skype*, qui un jour font surgir la question du retour : son père lui annonce qu’il va mourir. Le départ des uns interrogeant le retour des autres, c’est tout le monde de Khosro qui bascule et avec lui, tout son entourage.
Sa femme, Nathalie, décide d’apprendre le persan ; Blaise, le frère de Nathalie, rôde tel un fantôme dans les souvenirs et les rêves ; Reza, un ami avec lequel Khosro travaille sur un projet artistique autour de la chute libre de Félix Baumgartner, réside en France depuis le début des années 2000 et cache une rage derrière son silence ; Nawal, jeune documentariste iranienne qui a dû quitter l’Iran en 2009, enseigne la langue à Nathalie.
Khosro et son pèreVoilà le sujet de ce « Retour du fils prodigue ». C’est tout simplement poignant, touchant. Le texte est fluide, il avance tel un cours d’eau, il a la sérénité des évidences. Il sait parfois être émouvant, ainsi la jeune documentariste iranienne confiant ses chaussures à Nathalie, sur le départ, parce qu’elles connaissent Téhéran et ont hâte de la revoir.
Il atteint une certaine interprétation symbolique, lorsque Khosro photographie Reza devant la vidéo de l’exploit de Félix Baumgartner (Le14 octobre 2012, il s’élève à 39,45 km au-dessus du Nouveau-Mexique dans un ballon à hélium avant d’exécuter une chute libre de plus de quatre minutes dans une combinaison pressurisée et d’atterrir en parachute).
Le texte trouve un bienveillant écho dans la mise en scène et la scénographie d’Ali Razi, qui laisse s’exprimer l’intelligence des acteurs, notamment dans la manière dont ils s’emparent du dispositif scénique. Une partie des acteurs est iranienne, l’autre française : d’où un bilinguisme (les dialogues en persan sont bien sûr sur-titrés) qui rajoute au parfum de la poétique de l’œuvre.
Khosro et RezaA cette poétique se rajoute sur les lumières (Reza Behjat) qui se décline en un subtil travail de répartition justement entre ombre et lumières. Ainsi, lorsque le père (Hossein Razi) apparait sur Skype il nous apparait comme plus présent que Khosro qui lui est présent sur scène.
Mais ce n’est pas qu’un dialogues d’exilés : ce Retour…  se lit, s’écoute, comme une expérience que nous vivons tous, un « retour au pays natal » car oui, nous sommes tous des exilés, peut-être sur notre propre terre. Il s’agit ici de comment questionner le retour aux sources, de nous faire prendre conscience de nos fondamentaux.
On sent en voyant cette œuvre forte et belle une adéquation, un cheminement commun entre le metteur en scène, Ali Razi, et ce texte. Ce résultat est une œuvre personnelle, comme écrite sur une page à part. «  Le retour du fils prodigue » nous pose la question des origines, qu’on les accepte ou qu’on cherche à les taire. C’est une œuvre contemporaine qui nous pose des questions contemporaines, c’est une œuvre en prise avec notre époque.
Avec Babak Karimi, Nathalie Matti, Nawal Sharifi , Blaise Poujade-Perrot, Davoud Zaré. Son : Bamdad Afshar. Costumes : Golnaz Golshan

Jacques Barbarin

*Système internet qui permet d’appeler téléphoniquement en correspondant au téléphone et de le voir sur l’écran

 

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