Théâtre / One–man hamlet

Etonnant. Détonant. Epoustouflant. Stupéfiant. Bref, supercalifragilisticexpialidocious. Je reste sans voix – et presque sans plume – pour évoquer le deuxième spectacle de ce « Shake 2016 ». Cet unidentified flying object (car il arrive au comédien de ce spectacle d’être parfois comme suspendu dans les airs) se nomme « one-man hamlet ».

 

one man hamlet 1Déjà, deux indices. Il n’y aura qu’un seul comédien dans ce spectacle et il se prend pour Hamlet. Le comédien, pas le spectacle. Quoique… Remontons au commencement, à Oliver Dench, ce faiseur d’Hamlet.
Ce jeune comédien a créé sa compagnie, le Revolve Théâtre Company.* Donc, dans « one-man Hamlet » un seul comédien tient la scène. En à peine plus d’une heure, cet éblouissant acteur anglais glisse d’un personnage à l’autre par de simples changements de chapeau. Dès le début, on est embarqué dans cette incroyable aventure, tenu en haleine par des effets de surprise en cascade.
En fait, il s’agit, à mon sens, de tout à fait autre chose que de la simple performance d’acteur d’un acteur se confrontant au pari un peu fou de « concentrer » en un peu plus de 60mn les 4h30 de spectacle originel.
En fait, c’est le mot spectacle qui me gène : j’ai l’impression qu’il est trop épiphénoménal, qu’il reste en dehors de la réalité, qu’il ne s’en tienne qu’à l’apparence. J’ai fondamentalement l’impression qu’Oliver Dench « fouille » Hamlet, qu’il le fait résonner autrement. La scénographie nous donne là-dessus des pistes.
Le décor peut sembler comme un embrouillamini d’éléments dissemblables, parfois semblant des matériaux de construction à l’abandon le tout recouvert d’une épaisse couche de poussière. Comme peut-être le grenier d’une maison où l’on aurait accumulé ces vestiges, destinés à l’oubli. Comme si l’on ressortait un passé oublié.

Les premières représentations de Hamlet ont lieu en 1598. En 1596 Shakespeare perd son jeune fils Hamnet, sans doute au cours d’une épidémie. Shakespeare en est très affecté. Retrouve t -on ce deuil dans le personnage très torturé qu’est le prince du Danemark et dont l’obsession est de savoir s’il faut être ou ne pas être ?
Schopenhauer interprète ce monologue de Shakespeare à partir de l’impossible quête du néant: «Notre état est si malheureux qu’un absolu non-être serait bien préférable. Si le suicide nous assurait le néant, si vraiment l’alternative nous était proposée d’être ou de ne pas être, alors oui, il faudrait choisir le non-être, et ce serait un dénouement digne de tous nos vœux. Seulement, en nous, quelque chose nous dit qu’il n’en est rien; que le suicide ne dénoue rien, la mort n’étant pas un absolu anéantissement»

one man hamlet 2Et j’ai envie de dire que la mise en scène de ce « one-man hamlet » est l’illustration de ce dualisme entre « être » ou « ne pas être ». D’un coté l’actant, Oliver Dench, qui « va au charbon » fouille ce texte, va dans son essentiel, avec toute la complexité de sa thématique, se bat avec fougue avec sa seule arme, le verbe. De l’autre, le lieu où, sur scène, il évolue, plutôt un non-lieu qu’un lieu, un souvenir d’avoir vécu.
Je définirai la mise en scène comme contrapunctique. Le contrepoint est un terme de musique, il vient du latin punctus contra punctum, littéralement point contre point c’est-à-dire note contre note. En quelque sorte, une mise en scène contrapunctique serait une mise en scène dont les éléments contrastent entre eux, ce contraste rendant l’ensemble plus équilibré.
Le spectacle commence avec l’évocation du spectre du père de Hamlet, au début de l’acte 1, il s’achève par l’adresse, à la fin de l’acte 5, d’Horatio au prince Hamlet mourant : « Good night, sweet prince ».
To die- to sleep/ To sleep- perchance to dream (Mourir-dormir/ Dormir, rêver, peut-être)

Jacques Barbarin

Le spectacle est en langue anglaise surtitrée. Quel plaisir d’entendre Hamlet en anglais, n’est-il pas !

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s