Cinéma / JOY de David O’Russell.

Inspiré de la vraie self -made Woman Américaine , Joy Mangano , inventrice de la serpillière révolutionnaire qui construisit son empire , le nouveau film du cinéaste d’Happiness Thérapy et de American Bluff, offre à son actrice fétiche un superbe rôle de femme battante. Et brosse dans son sillage , un portrait tout en finesse du rêve Américain au cœur duquel se glisse un subtile satire…affiche

Le réalisateur qui a réussi à construire au fil d’une filmographie assez éclectique  ( adoption et la recherche des parents biologiques dans Flirter avec les embrouilles, satire sur la guerre du golfe avec Les rats du désert , ou bioplarité dans Happiness Thérapy ), s’appuyant sur une certaine forme de comédie aux personnages assez foutraques , le cinéaste brosse  un portrait en miroir d’une Société Américaine dont il finit par décortiquer en sous-texte de sa mise en scène , les éléments passionnants d’un constat au cœur duquel il aime bien glisser une critique qui peut se révéler assez acerbe de ce fameux rêve Américain dont il décrit au cœur des mécanismes , les zones d’ombres qui peuvent s’y glisser . Et à bien y regarder ici avec le récit de l’ascension vers la réussite de cette jeune femme qui réussit à imposer son produit ,la fameuse Serpillière de son invention , après moultes péripéties et difficultés dans la société Américaine de la fin des 1980 . Une femme battante faisant  fi de tous les obstacles pour accéder aux manettes d’un empire , et devenir une femme de pouvoir. La construction du récit est habile qui s’étale sur près de 40 Années , inscrivant dans la première partie  tout un conteste faisant référence à l’enfance de la jeune Joy et ses obséssions , puis se glissant au cœur d’une « smala » familiale assez foutraque au cœur de laquelle la brave Joy va devoir faire ses preuves et conquérir sa liberté . Celle- là même qui va lui permettre de trouver sa voie créatrice et lui faire découvrir le monde des affaires et ses jeux de manipulations et de pouvoir , auxquels elle va devoir faire face . Mais Joy ( Jennifer Lawrence, épatante  ) , la foi en bandoulière ( et une certaine séduction ) saura vaincre les obstacles et aller au bout de son rêve…

Joy ( Jennfier Lawrence) avec son mari ( Edgar Ramirez ) dont elle divorcera.
Joy ( Jennfier Lawrence) avec son mari ( Edgar Ramirez ) dont elle divorcera.

On l’a laissé entendre en introduction , David O’ Russel n’est pas forcément de ces cinéastes qui se satisfont de raconter un « succès story » et la conduite de son récit qui mène à la réussite de Joy , en même temps qu’il lui permet de décrire  un superbe portrait de femme combattante  construisant à force de détermination et volonté son empire , va trouver dans le parcours qui y conduit les éléments d’un portrait tout aussi sans concessions d’une Amérique qui lui renvoie en miroir , le piège qui lui est tendu des contradictions avec lesquelles son désir de réussite va devoir composer …et peut-être même celles nouvelles que , le rêve accompli ,  elle va devoir encore affronter .
David O’ Russel , nous immerge habilement d’emblée au cœur de ces contradictions via les  embrouilles familiales dans lesquelles Joy se retrouve plongée et qui la paralyse, bridant sa liberté et sa créativité dans un premier temps . Entourée d’une demi-soeur avec laquelle les rapports sont conflictuels et d’une mère désormais devenu « accro » aux séries plantée toute la journée dans sa chambre devant sa télévision dégustant « dynasty » et autres séries à succès . Tandis que son mari musicien ( Edgar Ramirez ) d’origine Vénézuélienne avec qui elle est divorcée mais qui n’a pas les moyens d’avoir un toit de rechange , se retrouve relégué à la cave …ou va s’incruster le père  de  Joy            (  Robert De Niro) de retour momentané au foyer conjugal , en attendant de trouver un autre foyer d’accueil !.

Joy (Jennifer Lawrence) en compagnie de sa mère ( Virgina Madsen ) accroc à la TV
Joy (Jennifer Lawrence) en compagnie de sa mère ( Virgina Madsen ) accroc à la TV

S’accordant le « pastiche » des séries suivies par la mère , David O’Russel nous invite quelques instants à un scénario de co-habitation familiale délirant au cœur duquel viendra même s’incruster la nouvelle amie italienne ( Isabelle Rosselini ) dégotée par De Niro sur internet !. Des instants jubilatoires au cœur desquels la dimension des rapports prend des proportions dignes de ce pastiche de « soap » avec règlements de comptes familiaux ( style  Dallas ) dans lequels Joy se retrouve propulsée !. Pour sortir du rêve faisant écho à une alinénation familiale , mais aussi de femme au foyer dont elle va vouloir se libérer , construisant son émancipation autour de cet objet ( l’incident de ménage qui sera à l’origine de son invention ) qui fera plus tard sa fortune. Tout au long de son parcours d’émancipation familiale et des épisodes qui l’illustrent Davido’ Russel y glisse habilement avec une certaine jubilation de sa mise en scène , les éléments d’une satire  de  la société Américaine , d’autant plus féroce qu’elle passe par le scalpel des « séries » ( des Années  60-70 ) en question qui y font miroir caricatural. Offrant aux affrontements familiaux cette dimension excessive des règlements de comptes et de complot qui se trament , auxquels les élucubrations  d’Isabella Rossellini et de Robert De Niro, offrent la dimension d’un mélodrame délirant… avouez que dans ce contexte il faut une certain caractère à Joy pour se consacrer à son invention face à une famille qui ne cesse de lui mettre les bâtons dans les roues. Et son chemin ne sera pas plus facile, lorsque le financement enfin trouvé, il va lui falloir affronter les mécanismes d’une autre univers qui n’est pas prêt à l’accepter …

Au premeir plan , Robert De Niro ( le père ) et a ses côtés , Isabelel Rossellini ( sa nouvelle compagne italienne )
Au premieir plan , Robert De Niro ( le père ) et à ses côtés , Isabella  Rossellini ( sa nouvelle compagne italienne )

Confrontée désormais au monde du « Business » , Joy va devoir affronter les obstacles : trouver les financements qui obligent à s’endetter , les contrats de confection d’usine pour faire surgir l’objet , et trouver ensuite le débouché pour le vendre. Un parcours du combattant qui oblige Joy à se confronter à un système de vente ( télé-achat) et à certains escrocs ( qui veulent lui voler ses brevets ) dont David O’Russel décortique avec jubilation les mécanismes , offrant au dynamisme de Joy ( qui va jusqu’à se transformer en vendeuse de télé-achat ) et à sa combativité ( pour reprendre le contrôle de son brevet ) , lui ouvrant le chemin qui va la mener à la réussite. Les belles séquences décrivent son parcours pour s’imposer au télé-achat et convaincre le directeur ( Bradley Cooper ), se font le reflet de cette société de consommation et de ses mécanismes dont la toile de fond de son combat contre les investisseurs et les escrocs cités , permet au cinéaste de mettre en évidence, le nouveau revers de la médaille qui se fait jour , après celui de l’aliénation familiale ( domestique ) et son indépendance gagnée , celui d’une autre aliénation que révèle le passage au télé-achat avec sa réussite dont elle renvoie , le revers de la médaille de l’aliénation à la ménagère -cliente de l’autre côté de la caméra. A cette liberté gagnée et l’empire que Joy s’est construit avec sa détermination et son courage, le cinéaste lui offre le magnifique parcours en forme d’hommage symbolique .

Joy ( Jennifer Lawrence ) et le responsable du Télé-acaht ( Bradley Cooper)
Joy ( Jennifer Lawrence ) et le responsable du Télé-achat ( Bradley Cooper)

Mais, dans la continuité de son récit utilisant les références  aux séries , au monde des affaires et de la publicité , David o’ Russel  complète  son portrait par  ce qui fait  à notre sens  la grande force de  son film en isncrivant  dans ses séquences  finales le « bémol »  au coeur de  l’empire  dont la belle résidence  est le symbole de  la réussite que  Joy va faire perdurer  . Même si Joy  s’y  impose  comme  une  patronne bienveillante ( la scène  du recrutement du personnel  )  en recrutant et employant des personnels  immigrés      ( hispaniques )  pour ses ateliers  de  fabrication ,  et , attentive   aussi à ceux  qui viennt  lui  proposer  leurs inventions.  Refusant  de s’en tenir  à  la succès story édifiante  et  au  Happy-End  final  trop souvent utilisé  par le cinéma Amricain , le cinéaste  a  le mérite d’y intégrer  une certaine  noirceur  en  bémol, laissant percevoir  le  revers de la médaille de  la  réussite et  du rêve, ne perdant pas  de  vue   que  celui-ci  fait partie d’un systéme  qui  ne cesse de reproduire  les  inégalités .  Devenue  une  femme de  pouvoir  et  son  rêve réalisé, joy  perpétue  avec son empire  une  certaine forme d’exploitation et d’aliénation contre laquelle  elle s’est battue. La beauté  du film  sur la réussite  est  là  , et le  cinéaste  lui offre sa vraie dimension, en déclinant tous les  aspects  qui  y participent …

(Etienne Ballérini)

JOY de David O’Russell – 2015-
Avec : Jennifer Lawrence , Bradley Cooper, Robert De Niro , Isabella Rossellini , Edgar Ramirez ….

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s