Cinéma / LE GRAND JEU de Nicolas Pariser.

Manipulations , machinations , trahisons , complot…les thématiques du Thriller politique au rendez-vous de ce premier long métrage du cinéaste Français qui s’inscrit dans l’héritage revendiqué des grands maîtres ( Alfred Hitchcok , Fritz Lang …) , et qui distille avec un sens percutant des dialogues , un regard qui ne l’est pas moins, sur les coulisses du pouvoir …

l'Affiche du Film.
l’Affiche du Film.

«  Dans un monde où tout semble à double fond, à qui peut-on se fier ? » , cette phrase extraite du synopsis du film est une excellente introduction pour le futur spectateur, à la tonalité de son récit à laquelle le cinéaste l’invite. Et d’emblée , dès la première séquence elle est mise en application au cœur de la conversation qui va s’installer au cours de la rencontre nocturne sur la terrasse de la salle de réception d’un Casino où se déroule une cérémonie de mariage . Une rencontre au cours de laquelle le dialogue qui s’installe sur des banalités finit par attiser , après la méfiance , la curiosité et l’intérêt de l’interpellé un jeune quadra écrivain Pierre Blum ( Melvil Poupaud ) qui va voir se signifier une nouvelle « commande » étrange : l’écriture d’un pamphlet révolutionnaire , destiné à déstabiliser un Ministre ( de l’intérieur ) du gouvernement  en place. Le mystérieux commanditaire qui finit par lui révéler son identité et coordonnées, Joseph Paskin ( André Dussilier ) , appartient à ces cercles influents dans l’ombre du pouvoir qui sont souvent aux manettes , lorsqu’il s’agit de manipuler l’opinion publique contre certaines décisions politiques impopulaires et ( ou ) qui rencontrent l’hostilité de certains Lobbies …personnages de l’ombre ,qui n’hésitent pas lorsqu’il s’agit d’y parvenir à jouer ,la manipulation , le double-jeu de la pression médiatique tous azimuts, visant à la fois la gouvernement et l’opposition . Cherchant à créer le désordre propice pour parvenir à leurs  fins..

Joseph Parkin ( André Dussolier ) sombre comploteur ...
Joseph Paskin ( André Dussolier ) sombre comploteur …

D’ailleurs , le but de la commande qui va aller dans ce sens, et  ne manquera pas de créer la confusion . Le Grand jeu en question ( le titre du film a été inspiré au cinéaste par Guy Debord qui dans son ouvrage Commentaires sur la société du spectacle , décrit le fonctionnement du monde contemporain comme un « grand jeu » ) , est donc mis en marche qui va permettre de mettre en difficultés les deux cibles visées…pour ouvrir la place à un autre ordre. Mais d’autres enjeux souterrains peuvent venir faire barrage à ce jeu dangereux , personne n’est donc à l’abri . La mise en scène concoctée par Nicolas Pariser , enveloppe par son mystère entretenu et la subtilité des dialogues remarquables qui ciblent magistralement ce « grand jeu » de la mise en scène politique , et renvoient habilement à tout un registre de « belles phrases ou déclarations »  dans laquelle celle-ci s’est fourvoyée durant les Quinze ou Vingt dernières années. Comme le soulignent de nombreuses séquences de dialogues entendues chez les représentant des deux camps , à l’image de ceux qui instillent la défiance entre Pierre Blum et les militants extrémistes , ou ceux  (  à l’écho trés actuel ) qui sortent des lèvres du vieux Général ( Bernard Verlay ) faisant référence au Général  De Gaulle lors d’une importante réunion de crise entre chez les hautes personnalités et l’armée .

Joseph Paskin ( André Dussollier ) et Pierre Blum ( Melvil Poupaud )
Joseph Paskin ( André Dussollier ) et Pierre Blum ( Melvil Poupaud )

En effet, la révolte fomentée par Joseph Paskin et les réactions   que la publication du livre suscite dans l’opinion publique,  aura  l’effet escompté. Elle allume l’étincelle qui radicalise les camps , mais elle réveille aussi les vieux réflexes de défense dont chacun va se servir . Tout le monde va se retrouver sur la sellette. Pierre Blum ex-militant qui , de divergences en désillusions , a tourné le dos à la lutte extrémise , devient la double- proie menacée par ses anciens amis et le pouvoir. Joseph Paskin désormais première cible du ministre visé par sa machination va devoir se « faire oublier » pour un temps. Et les extrémistes arrêtés , victimes collatérales d’un complot dont ils sont soupçonnés être au cœur du mécanisme … la toile d’araignée tissée dans laquelle tout le monde se retrouve piégé et la tension qui monte offre au cinéaste l’opportunité de mettre en place la dimension  souhaitée pour décliner au cœur du mensonge , la dramaturgie voulue qui lui permet de distiller , avec une belle subtilité ( références cinéphiles à l’appui ) , au delà de la description des mécanismes qui y participent , son approche d’une société et d’un Univers dans lequel les individus sont broyés , dépassés par les enjeux déclenchés dont ils ne maîtrisent plus les tenants et les aboutissants . Au bout du compte c’est à l’inexorable spectacle de la défaite d’une certaine forme de politique faite de calculs et de compromissions, dont il s’agit . Mais au delà de ce constat implacable et des questionnements  soulevés ( trahisons , désillusions , rôle de la politique et de l’engagement , honneur , respect des valeurs…) , c’est  la dimension humaine que le cinéaste s’attache à développer, refusant de condamner ses personnages , il leur offre une possibilité de rédemption «  c’est une régle très stricte qui vient de ma formation de cinéphile : chaque personnage doit être défendu. Je voulais par exemple que Jospeh Paskin qui peut être considéré comme me méchant , soit aussi attachant que le héros,  et qu’on puisse tour à tour épouser le point de vue de tous les personnages » . Ouvrant dès lors , au cœur de ce contexte et de ce grand jeu de dupes, son récit à la réflexion et a la nécessité d’une nouvelle dimension à lui donner, au cœur de laquelle les individus pourront  se retrouver. La désillusion des luttes passées et ses dérives qui ont fait se détacher Pierre Blum de l’engagement politique, va être remise en question par la situation nouvelle dans laquelle il se retrouve compromis…sa prise de conscience fait écho à celle d’une génération qui a perdu son innocence. Et celle de Paskin fait écho à l’échec de toute cette société du spectacle politique qui s’est fourvoyé… en spectacle des marionnettes.

Pierre Blum ( Melvil Poupaud ) et Laura ( Clémence Poésy )
Pierre Blum ( Melvil Poupaud ) et Laura ( Clémence Poésy )

C’est cette belle dimension qui fait le prix de ce premier   film qui fait écho à un certain nombre « d’affaires » qui ont marqué de leur violence le monde de la politique de notre pays durant ces deux dernières décennies . Cette violence évoquée «  dans Sous les yeux de l’occident de Joseph Conrad que je voulais essayer d’adapter dans la France contemporaine », explique le cinéaste dans le dossier de Presse du Film , qui ajoute « …et puis il y a eu l’affaire De Tarnac , il devenait possible à mes yeux de construire un récit qui mêlait l’appareil d’état , la Police et des militants d’extrême gauche (…) ça s’articulait tout seul et cela me permettait de joindre les deux extrémités de la politique   (…) j’ai cherché être crédible sans faire une enquête scrupuleuse. Surtout je n’avais pas envie de faire de cette affaire le centre du film . Elle est le point de départ d’une démarche romanesque », conclut-il. Et c’est cette dimension qu’il donne à son récit , dont on a aimé l’approche . A noter , qu’il est fait aussi référence, via l’ouvrage et le pamphlet écrit dans le film par Pierre Blum , à cet autre Essai politique sorti en 2007 : « l’insurrection qui vient »  signé par le « comité invisible » .

On vous laisse découvrir les subtilités et enjeux de ce thriller politique ( genre qui se fait trop rare dans le cinéma Français ) , servi ici par deux grands comédiens , Melvil Poupaud et André Dussollier, offrant aux superbes dialogues cette belle et subtile dimension tragique et romanesque , dont ils investissent leurs personnages ….

(Etienne Ballérini )

LE GRAND JEU de Nicolas Pariser- 2015-
Avec : André Dussollier , Melvil Poupaud , Clémence Poésy , Sophie Cattani , Antoine Chappey , Bernard Verlay …

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