Cinéma / EL CLUB de Pablo Larrain

Après le remarquable No ( 2011 ) dernier volet d’une Trilogie sur le régime de Pinochet , le cinéaste Chilien porte cette fois-ci son regard sur l’église et nous propulse au cœur d’une petite communauté de prêtres  marginalisés pour comportements sexuels déviants et cates de pédophilie. Ours d’Argent au Festival de Berlin 2015 et candidat au Oscars 2016 , le film qui prend la forme de la comédie satirique, puis tragique , est un constat implacable sur les hypocrisies et une forme de protection complice qui fait froid dans le dos … 

l'Affiche  du  Film
l’Affiche du Film

le film s’ouvre sur une scène d’entraînement d’un lévrier de course au petit matin sur une plage de Patagonie suivi par une course locale remportée par ce dernier et suivie par une groupe se tenant à l’écart. On apprend très vite que ce groupe  est   une  petite communauté qui vit recluse dans une maison à l’écart de la petite ville, sous l’oeil bienveillant d’une femme, Mère Monica ( Antonia Zegers ) chargée de faire appliquer des règles strictes concernant notamment les contacts avec les habitants de la petite ville portuaire , sont en fait des prêtres catholiques exilés par les autorités supérieures pour pédophilie. On assiste d’entrée aux rituels communs et petites tâches partagées qui font leur quotidien réglementé par des interdictions de contacts avec la population locale et des sorties extérieurs très encadrées destinées à les « protégér » des Tentations. Dès lors l’occupation que constitue les entraînements et les courses de lévriers, qui par ailleurs rapportent quelques petits profits , constitue une sorte de bol d’air dans cette atmosphère « claustrophobe »  dans laquelle ils sont confinés , soulignée par une mise en scène qui scrute attitudes , regards et comportements lors de leurs réunions sensées devoir leur permettre de remettre en question leurs comportements. Des individus confinés et ostracisés certes , mais dont le cinéaste interpelle d’emblée par sa mise en scène , via cet « état des lieux », qui leur permet de bénéficier d’une certaine impunité, comme le souligne le cinéaste dans le dossier de presse «  j’ai été alerté il y a quelques années par un article sur un prêtre Chilien accusé d’abus sexuels sur mineurs qui , avant que la justice ne le juge avait été envoyé par l’église dans une très belle maison des Alpages en Allemagne. Celà m’avait indigné (…) mais j’ai appris que ce type de maison existait un peu partout dans le monde et en particulier au Chili . L’église ou toutes sortes de congrégations , d’ordres religieux effectue ce type de pratiques qui consistent à envoyer ou abriter des hommes , afin de les soustraire à la justice Civile. La maison dont il est question dans le film dépend du Vatican » , explique le cinéaste.

 mèe  Monica ( Antonia Zegers  )
mèe Monica ( Antonia Zegers )

Le cadre dès lors fixé , Pablo Larrain va poursuivre dans son nouveau film,  et au cœur d’un autre cadre , l’exploration des thèmes de son œuvre qui dès son premier film et sa « trilogie » sur le régime de Pinochet , ont exploré les zones sombres de l’âme humaine dont – hier – la Dictature a abrité les pires exactions . En déplaçant son intérêt sur le comportement des autorités religieuses dans un pays où le catholicisme est très implanté et influent, il a choisi d’en explorer les dérives et les « protections » dont l’autorité religieuse exerce ( abuse de …) son pouvoir pour « soustraire » ses brebis de la Justice. Et pour mieux en faire sourdre , sous les parti-pris d’une mise en scène qui distille son fiel sous le vernis de l’humour et de la satire  grinçante qui s’aventure dans le surréalisme Bunuélien ( Le Charme discret de la Bourgeoisie ) des plus efficaces,  que le cinéaste laisse le malaise s’installer , préférant «  rester ambigu, sinon cela deviendrait moraliste et démonstratif » , dit-il . Préfaçant son film de la phrase tirée de la genèse «  Dieu vit que la lumière était bonne , et il sépara la lumière des ténèbres … » . Pablo Larrain, y ajoute sa propre perception qui constitue l’axe principal de la conduite de son récit «  Mon film a un contenu spirituel , c’est un film sur la foi et la culpabilité, il essaie de poser un problème théologique d’où la citation(…) , Je crois aux choix responsables de chacun, que la lumière peut succéder aux ténèbres . c’est un film sur la liberté de conscience », dit-il.

Une scène dans la maison des  reclus ( Alejandro Gois, Alfredo  Castro , Jaime  vadell )
Une scène dans la maison des reclus ( Alejandro Gois, Alfredo Castro , Jaime vadell )

Au cœur du récit donc cette dimension ( distanciation ?… ) satirique surréaliste   Bunuélienne , qui fait mouche et surtout cette même dimension de « crudité » du regard à laquelle Pablo Larrain fait appel,  et à laquelle tous ses personnages passent par le       « révélateur » nécessaire, comme il le souligne «  il est indispensable de les entendre …au Cinéma il faut dire certaines choses , il faut obliger le spectateur à entendre ça . Lui faire entendre autant de fois que nécessaire pour qu’il comprenne ce qu’est la vérité » , dit-il encore . A cet égard le beau personnage de Sandokan ( Roberto Farias) en est l’exemple parfait , lui,  qui a été abusé dès son enfance , la manière dont il vient -avec insistance- auprès de la maison des prêtres reclus pour y proférer publiquement ses souvenirs de soumission est crue , sans ambiguité et sans pudeur «  j’ai parlé avec de nombreux abusé, ils décrivent ce qu’on leur a fait de façon précise, graphique , mécanique , comme s’ils d »taillaient une recette de cuisine ou je ne sais qu’elle technique. Ces mots crus et dérangeants , il est indispensable de les entendre »  , dit-il . Et son personnage de Sandokan va être l’élément moteur et déclencheur du «  seïsme » qui va secouer la communauté qui va se replier sur ses systèmes de défense,  qui,   en même temps se font révélateurs des comportements individuels et collectifs . Ceux  qui vont  la faire basculer vers l’ignominie la plus abjecte à laquelle le cinéaste offre cette  dimension dérisoire aussi absurde que pathétique . Car personne ne va sortir indemne de ce portrait de groupe qui cache bien son jeu , et , au cœur duquel les protections individuelles se font révélatrices des complicités de l’église représentée par le Père Garcia   ( Marcelo Alonso ) ce technocrate du Vatican , envoyé  pour enquêter sur les événements  . Symptôme superbement analysé par l’évolution du récit où le réflexe de protection réunit ( la scène finale d’une force extraordinaire )  lorsque le danger menace, les conservateurs et les tenants d’une église plus ouverte. Ouvrant la voie au paradoxe entre les paroles et la réalité des actions, dont le cinéaste souligne que « l’église lorsqu’un des siens se comporte de manière répréhensible , ses messages sont reniés , inappropriés…elle ne pense plus qu’à son image ».

Le père Garcia  technocrate  du Vatican  ( Marcelo Alonso )
Le père Garcia technocrate du Vatican ( Marcelo Alonso )

Et on voit bien dans cette communauté restreinte où chacun a quelque chose à se reprocher , qu’il va s’agir avant tout de faire taire celui qui menace sa stabilité . Rien ne sera négligé , ni les alliances et les actions violentes pour y parvenir . Les réflexes des bourreaux se remettent à nouveau en marche . Le Pablo Larrain dénonçant les exactions du régime de Pinochet dans Santiago 73, Post Mortem (2010) , sous la tonalité de la fable satirique remet ici dès lors en lumière, ce que cache ce lieu d’exil  qui abrite des pédophiles et déviants sexuels mais aussi des criminels qui ont jadis « servi » la Dictature ou encore participé a des trafics d’enfants. La réalité crue dont parle Pablo Larrain c’est celle- là aussi  et qui fait froid dans le dos . C’est pour cette raison que le cadre qui l’abrite est cette petite ville portuaire filmée sous une lumière  crépusculaire ( magnifiquement photographiée par Sergio Armstrong ) qui distille le malaise et dont l’ambiance est renforcée par l’utilisation des partitions de musiques sacrées de Bach ou d’auteurs contemporains ( Arvo Pärt ) , auxquelles la tonalité de l’humour renvoie le miroir révélateur,  en nécessaire contrepoint….

Pablo Larrain jeune Cinéaste né en 1976 , en quelques films ( Fuga / 2005, Tony Manero / 2007 , Santiago 73 , Post Mortem/ 2010 ,  et NO / 2011 ) est devenu un des grands du cinéma Chilien , dont on vous invite à découvrir son nouveau film sur un sujet sensible ( la pédophilie et l’église ) d’une force extraordinaire dont on ne sort pas totalement indemnes . Ne le manquez pas …

( Etienne Ballérini )

EL CLUB de Pablo Larrain -2015- Ours d’Argent , Festival de  Berlin 2015-
Avec : Alfredo Castro, Roberto Farias , Marcelo Alonso, Antonia Zegers, Jaime Vadell , Alejandro Goic…

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