Cinéma / MEMOIRES DE JEUNESSE de James Kent.

Ils sont jeunes et ils ont la vie devant eux , mais, en cet été 1914 le conflit qui s’annonce va changer leurs destins. Récit des vies d’une jeunesse brisée par la grande guerre adapté du roman autobiographique à succès de Vera Brittain qui devint un sorte de porte -voix pacifiste et anti-militariste . Premier long métrage de fiction, et, belle et vibrante adaptation du Cinéaste -Documentariste Anglais dont la mise en scène retrouve l’ambition et le souffle d’hier des fresques romanesques et historiques , qui n’est pas sans rappeler le célèbre , Le Temps d’Aimer et de Mourir de Douglas Sirk …

l'Affiche du Film.
l’Affiche du Film.

Le film s’ouvre sur une scène de liesse qui suit l’armistice de 1918 , et on y voit au milieu de la foule une jeune fille le regard sombre qui rapidement s’en détache pour rentrer chez elle. On comprendra que la douleur de cette dernière qui a perdu ses amis lors du conflit est trop forte pour partager et goûter la joie de la rue. « dans son récit elle se dépeint comme une femme brisée en total décalage avec la foule en liesse autour d’elle . Il s’agissait de faire comprendre et ressentir au spectateur, le fait que le monde est vu au travers du regard de Véra » , expliquent les auteurs dans le Dossier de Presse du Film . Et de fait un flash-back nous ramène au Printemps 1914 où nous faisons connaissance de Véra ( Alicia Vikander, Bouleversante ) et de ses amis à l’époque de leur jeunesse en devenir  dont ils  rêvent . Et les rêves de Véra, jeune fille à l’esprit frondeur d’une famille conservatrice qui voudrait la faire rentrer dans le rang , sont de s’en détacher et de bousculer les lignes : elle veut  être  indépendante , faire des études à Oxford, devenir écrivain. Elle est encouragée par son frère et une bande d’amis dont , parmi eux, le beau et brillant , Roland Leighton ( Kit Harrington ) dont elle est éprise . Un beau printemps et un bel été de romance amoureuse , qui va leur permettre de jeter les bases des études ( l’entrée à Oxford ) et d’un avenir dont l’horizon des nuages noirs ( l’assassinat de l’Archiduc Ferdinand , héritier d’Autriche- Hongrie qui précipte la crise… ) annoncent la tempête et le tonnerre des canon qui vont venir interrompre le parcours du rêve qui va se transformer en cauchemar … de cette jeunesse qui va devoir partir au combat pour défendre la Patrie.

Le dernie rprintemps heureux des amin réunis
Le dernie rprintemps heureux des amin réunis

Dès lors, Véra devant renoncer renoncer à ses rêves , met même entre parenthèse ses études  et son désir d’écrire, et lorsqu’elle apprend la mort au front de son « aimé », elle n’ a plus qu’une idée en tête : s’engager comme infirmière et se rapprocher de plus en plus du front, vivre au cœur de cauchemar de sang et de mort qui est le quotidien des soldats , et celui de ceux qui en sont victimes et ceux touchés dans leur chair , qu’il faut soigner et les aider à (re)vivre . Devant ses yeux tout un monde s’écroule en même temps qu’elle voit mourir au combat ses amis les plus chers . Recit d’un calvaire et des vies brisées dont elle écrivit, après avoir vaincu la souffrance du deuil , en 1933 un bouleversant témoignage ( Testament of youth) qui devint le Manifeste d’une génération en même temps qu’un magnifique pamphlet anti-militariste et pacifiste dont Véra Brittain ( 1893- 1970) devint une des plus brillantes et efficaces représentantes, comme en témoigne la superbe séquence finale au cours de laquelle on la voit intervenir dans une réunion des parents et victimes de la guerre pour y dénoncer les politiciens qui y ont entraîné les peuple… et se servir de son expérience d’infirmière en France ( à Etapes ) qui l’a amenée à soigner tout aussi bien les soldats alliés que les soldats Allemands ( dont les campements de soins étaient proches ) , unis dans les mêmes souffrances . Un discours pacifiste courageux au sortir d ‘un conflit dont les haines de chaque camp étaient vivaces contre l’ennemi qui avait apporté la mort et le deuil des proches dans les familles. Il laisse percevoir ce que sera aussi , plus tard , le beau « cri » des fusillés de l’affiche rouge «  je meurs sans haine en moi pour le peuple Allemand » . En effet le parcours d’infirmière au front qui a permis à Véra de voir de près cette réalité des peurs et des souffrances des hommes de chaque camp dont les mêmes pensées au cœur de la tourmente et sur leur lit de mort, vont «  à ceux qu’ils aiment et leur demandent pardon de les abandonner », comme le dit ce soldat Allemand mourant à Véra. Véra , qui , un peu plus tard dans un campement proche retrouvera son frère Edward ( Taron Egerton ) , blessé auquel elle apportera, soins et attention…

Roland ( Kit Herrington ) et Véra ( Alicia Wikander ) les adieux avant le départ au front ...
Roland ( Kit Herrington ) et Véra ( Alicia Vikander) les adieux avant le départ au front …

La force du film est double . Elle est dans le romanesque dépeint par l’histoire d’un amour brisé par le conflit et la souffrance ressentie qui déclenche chez Véra ,  et dans cette cette réaction qui s’inscrit dans la continuité et en fera une femme combattante et engagée , et non pas en spectatrice, dans la société de l’après-guerre et de la reocnstruction . Véra veut avoir une finalité dans sa vie , elle ne veut pas rester impuissante face au poids de l’histoire qui a bouleversé sa vie , son engagement comme infirmière, trouvera sa continuation logique dans le roman qu’elle en écrira et les témoignages personnels qu’ elle rendra publics , éléments de cet engagement pacifiste inébranlable jusqu’à la fin de ses jours . James Kent qui a longtemps travaillé comme documentariste , avec ses collaborateurs, s’est attaché à traduire la trajectoire et la personnalité intime de Véra en s’inspirant du roman , mais aussi aussi des ses journaux intimes et des lettres échangées avec les hommes qui ont traversé sa vie, et leurs lettres du front ( dont celles de Roland Lieghton ), complétées par de longues et nombreuses recherches et des  témoignages de soldats et de civils ayant vécu le conflit . La matière documentaire qui enrichit la fiction  offre la belle authenticité dramatique,  refusant la  distanciation ( de la voix-off ), au romanesque et à la fresque historique  qui la démarque de certains clichés des « biopics » . Trajectoire personnelle et histoire collective s’imbriquent , dès lors, de l’intimité personnelle et de la tragédie collective , dont le récit    ( la mise en scène ) font sourdre l’émotion…

Véra ( Alicia Wikander ) infirmière au front
Véra ( Alicia Vikander ) infirmière au front

L’histoire de Véra , au delà d ‘une histoire hors du commun, par son authenticité crée cet impact incroyable qui dépasse le vécu et l’intime pour rejoindre l’universel . La détermination de Véra à rendre hommage à ses hommes , Edward son frère , Roland son amour , Victor ( Colin Morgan ) l’ami qui perdra la vue au combat , et à leur ami Jeoffrey ( Jonathan Bailey) . Véra qui deviendra la porte-parole de toute une génération sacrifiée qui se retrouvera dans son roman. Son engagement pacifiste qui s’ensuivra, s’inscrit en toute logique dans la continuation de celui d’infirmière et de romancière …
L’impact dramatique du film – servi par une reconstitution soignée et surtout travaillée dans le réalisme – qui en dit beaucoup sur la perte de l’innocence et des illusions , sur la souffrance et le deuil , sur les conflits et leurs effets destructeurs.. , sur les générations sacrifiées sur l’autel de l’histoire par leur aînés . En ce sens, James kent a voulu aussi faire écho contemporain , à l’histoire de Véra et ses amis «  ce qui m’ a plus dans ce projet c’est qu’il s’adresse aussi à la génération actuelle , qui, tout comme celle de Vera , se sent abandonnée par ses aînés (…) Véra et ses amis étaient dans un environnement en rapide mutation . Ils allaient découvrir que certaines inventions technologiques pouvaient être utilisées dans un but d’extermination de masse, ce qui ne s’était jamais produit auparavant. Sa génération a pris conscience que le monde d’après-guerre , ne ressemblait plus à celui qu’ils avaient connu … » , dit-il. Un constat pessimiste dont le cinéaste veut  voir dans cette           «  lueur d’espoir » que lui renvoie en miroir  le combat de Véra « une véritable leçon pour nous tous ». Une belle leçon ….

(Etienne Ballérini)

MEMOIRES DE JEUNESSE -2015-
Avec : Alicia Vikander, Kit Harrington , Taron Egerton , Colin Morgan , Jonathan Bailey …

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