Cinéma / MARGUERITE de Xavier Giannoli.

Elle est passionnée de Musique et d’opéra. Elle est fortunée et chante souvent devant un cercle d’amis pour des œuvres de bienfaisance. Mais Marguerite chante faux et personne n’ose lui dire ! …entretenue dans ses illusions, elle décide de franchir le pas et se produire devant un vrai public. Inspiré du personnage de la chanteuse Américaine Florence Foster Jenkins , le nouveau film de Xavier Giannoli nous offre une superbe approche sensible et romanesque sur une « passion » aveugle et désarmante , qui bouscule tout… comme un tourbillon de désir, d’amour et de mort.

l'affiche du Film.
l’affiche du Film.

Florence Foster Jenkins qui est à l’origine de l’écriture du récit de Xavier Giannoli était une chanteuse d’opéra , qui , malgré la fausseté de sa voix, fit carrière dans les années quarante aux Etat-Unis ,devenant un phénomène surprenant puisqu’elle enregistra de nombreux disques et se produisit même au célèbre « Carnegie Hall », devant une foule d’admirateurs !. Le cinéaste de A L’origine (2010) qui avait exploré autour d’un chanteur ( Gérard Depardieu ) de bal vieillissant , la passion de la chanson et de la musique dans Quand j’étais Chanteur ( 2006 ) , a été à nouveau , accroché, par la thématique de la passion et  des  dérives (destructrices?) auxquelles elle peut conduire . Révélatrice, à la fois de l’aveuglement de celui ( ou celle ) qui s’y enferme et en devient prisonnier inconscient, entretenu dans cet état par un entourage hypocrite qui – par intérêt ou lâcheté -refuse de lui dire la vérité . La cruauté de la situation et ce qu’elle révèle a donné au cinéaste , qui s’est beaucoup documenté sur le sujet «  l’envie de proposer un point de vue sur la vérité humaine qui s’exprime dans un destin aussi original (…) quelque chose du personnage se cherche là : entre la vérité et le mensonge, la vie de l’acteur et ce qu’il joue , l’invention de soi -même, pour essayer de comprendre et sentir la réalité du monde et des êtres (…) pendant mes recherches j’ai découvert à la Bibliothèque de l’Opéra de Paris des Photos de Divas du début du siècle, des femmes magnifiques ; je découvrais ces femmes sublimes en écoutant la voix disgracieuse de la Diva qui chantait faux.. Ce contraste état drôle et féroce, mais poétique aussi … ma chanteuse se rêvait l’une d’elles (…) le cœur du film s’est mis à battre » , explique-t-il dans le dossier de presse.

Les deux jeunes aritstes avnat-gardistes révolutionnaires : Aubert Feunoy et Sylvain Dieuaide .
Les deux jeunes aritstes avant-gardistes révolutionnaires : Aubert Feunoy et Sylvain Dieuaide .

L’idée de la transposition de l’histoire dans les Années Vingt devenue , ainsi, évidente , le personnage de Marguerite Dumont   ( Catherine Frot , formidable) inspiré de la « diva » Américaine pouvait dès lors s’exprimer, au cœur de ces « années folles » permettant au cinéaste d’y trouver les éléments pour confronter son personnage et sa passion à un contexte de vie aristocratique et mondaine , qui permet de donner libre court à la passion excessive et à l’ imagination de son personnage , dont ses costumes de scène ou ceux de ville et des décors d’Opéra, sont le reflet. Dans ce registre la réussite du film , au delà de la reconstitution d’époque , c’est surtout la manière de l’évoquer et d’en saisir cet « air du temps » qui la caractérise , comme l’illustre les séquences des deux jeunes garçons, Lucien  ( Sylvain Dieuaide) et Kyril (Aubert Feunoy) artistes avant-gardistes qui s’attachent à Marguerite et l’entraînent dans leurs délires, à l’image de la séquence étonnante de cet happening anti-militariste où elle chante la Marseillaise, tandis que sur fond d’écran défilent les images de la guerre et ses  atrocités. Scandale !…un double outrage ( à l’armée , à l’hymne National ) qui vaudra à Marguerite le retrait de des « soutiens » à ses œuvres de bienfaisance ( le film s’ouvre sur l’une d’elles en faveur des Orphelins de guerre ) … le vrai visage des hypocrites qui n’osaient pas lui dire la vérité sur sa voix, se montre enfin. La complaisance intéressée cède le pas devant le « scandale » dont ils se rendraient complices  aux yeux de l’opinion !. Son « Je l’ai chantée avec tout mon cœur » , ne leur suffira pas . Mais peu importe , pour elle , sa passion est la plus forte et elle est désormais décidée à franchir le pas, et se produire devant un vrai public …

Mrgeurite( Catherine Frot ) se produit pour les oeuvres de bienfaisance
Mrgeurite( Catherine Frot ) se produit pour les oeuvres de bienfaisance

Marguerite va vouloir aller jusqu’au bout de son rêve . La passion de Marguerite et son innocence  face au mensonge. Xavier Giannoli qui en a fait les thèmes récurrents de son œuvre, nous y plonge ici au cœur de cette société de l’entre deux guerres , où les masques des comportements ne suffisent plus à cacher l’hypocrisie des salons, ni les compromissions derrière lesquelles chacun se cache ( ou se vautre ). Ici , l’imposture n’est pas du côté de Marguerite avec sa voix sans calcul , dont les fausses notes ont quelque chose d’une quête d’absolu , de liberté , de désir de vivre et de s’accomplir envers et contre tout , et tous. Elle la renvoie à son entourage et à cette société au bord du précipice , qui n’a d’autre refuge que la dissimulation hypocrite , comme paravent. De fait,  les fausses notes sont de leur côté , du côté de ces ( sur ) vivants qui traînent comme un calvaire cette incommensurable détestation qui en fait les morts-vivants d’une société Aristocratique décadente , en fin de parcours . La force de vie face au spectre de la mort . Au fil des séquences cette dialectique s’inscrit comme une évidence , au cœur du récit et du parcours de Marguerite dont les magistrales séquences finales donnent à voir et à comprendre , au delà du spectacle ( la comédie et le romanesque ), cette vertigineuse illusion de la célébrité , la beauté de l’art  ( son art ) , confrontée au mensonge et à l’imposture de la société. Portraits au vitriol dont personne ne sortira indemne, pas même le professeur de Chant ( Michel Fau, épatant ) qui lui aussi va se dérober, lorsqu’il s’agira de dire la vérité à Marguerite…

Marguerite ( Catherine Frot ) et son professeur de Chant ( Michel Fau )
Marguerite ( Catherine Frot ) et son professeur de Chant ( Michel Fau )

Au cœur de ce jeu de dupes  de la  tragédie du vrai et du faux  , Xavier Giannoli construit de magnifiques portraits  qui font écho  , à celui de Marguerite . Tous n’ont qu’un but , tirer profit de sa fortune, lui passer ses caprices et à la confiner dans sa « bulle ». Marguerite pour eux, n’est qu’un objet qui permet de servir leurs intérêts . A l’image des deux compères déjà cités,  journalistes avant-gardistes qui l’entraînent dans leurs délires Anarchisants ou de ce Majordome photographe, Madelbos ( Denis Mpunga) dont la passion pour sa « diva » qu’il met en clichés dans ses rôles rêvés ( Mme Butterfly , Carmen ..) , finit par dévier vers une manipulation ambiguë. Dès lors, livrée à elle-même Marguerite se « lovant » dans sa passion -folie, va pouvoir goûter l’ivresse dont elle a rêvé , et l’espace d’un instant ( envolée magnifique …) chanter juste , quelques notes de « Norma » , comme un arrêt sur image qui tout à coup lui ouvrirait les portes du rêve , enfin atteint . La beauté de cette séquence finale où la tragédie du vrai et du faux, s’inscrit ( les notes justes contre les fausses notes ) , élève le film à une dimension humaine magnifique, bouleversante. C’est de toute beauté …
on y ajoutera , encore, la subtilité et l’élégance avec laquelle au fil des séquences Xavier Giannoli , décrit l’évolution des rapports entre Marguerite et son mari ( André Marcon, excellent ) . Passant de la détestation de ce dernier envers ce « monstre » d’épouse qu’il évite et dont il souhaite presque la mort , au désir de Marguerite de reconquérir l’attention, et,  l’amour de ce dernier en berne depuis longtemps. Là encore s’ y inscrit, subtilement , au cœur de la tentative désespérée de Marguerite , ce qui est au bout du compte l’enjeu de tout le film : tenter de faire renaître un amour mort , à la vie .

Marguerite ( Catherine Frot ), se rêve en "Diva"
Marguerite ( Catherine Frot ), se rêve en « Diva »

Dans ces moments là , le film est servi  faut-il le rappeler,  par une interprétation remarquable ( des premiers aux petits rôles ) qui doit aussi à une direction d’acteurs qui ne l’est pas moins , comme c’est le cas de tous les films du cinéaste . Marguerite un grand film populaire et romanesque au meilleur sens du terme que Xavier Giannoli nous offre avec une Marguerite inoubliable qui va s’inscrire dans la mémoire des spectateurs . Autant vous dire que les deux heures de projection, procurent un plaisir infini …

MARGUERITE de Xavier Giannoli.-2015-
Avec : Catherine Frot , André Marcon , Michel Fau ,Denis Mpunga, Sylvain Dieuaide, Aubert Feunoy…

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