Théâtre / Irina Brook acte II : dans réveil, il y a rêve

J’écrivais il y a un an : « Le 25 septembre va s’ouvrir au Théâtre National de Nice la première saison de la « mandature » d’Irina Brook…. il me faut vous dire que, loin d’être une collection de spectacles, cette programmation a une véritable colonne vertébrale, une ligne éditoriale. »



Même analyse au vu du programme de cet acte 2. Nous savons l’importance, je dirais le principe vital que représente pour Irina Brook la dramaturgie shakespearienne. Et pour nous itou, le succès de « Shake Nice » la saison dernière en fait foi. Cet axe éditorial se devait donc de perdurer, de croître et d’embellir.

Irina Brook (photo Bruno Bébert)
Irina Brook (photo Bruno Bébert)

Mais toute personne qui se trouve un intérêt dans le théâtre, qu’elle en dirige un ou n’en soit qu’un simple spectateur, ne peut être indifférent au monde qui l’entoure. Au début de l’année 2015, Irina Brook écrivait : « Cette année 2015 à commencé avec un mois de janvier qui nous a tous profondément secoué… Pendant quelques jours, nous avons ressentis la nécessité de nous rassembler, cela nous a permis de vivre brièvement cette vérité, autant scientifique que spirituelle : nous sommes tous reliés les uns aux autres. »
Nous retrouvions ces préoccupations en début de la conférence de presse de présentation de la saison : « Avec cette année qui arrivait, il était impossible de ne pas mettre le théâtre au service de l’humanité. Nous sommes dans un tournant du monde. On ne peut juste donc pas voir ce qui se passe dans le monde sans s’en préoccuper. »

Le crocodile trompeur (photo Victor Tonelli)
Le crocodile trompeur (photo Victor Tonelli)

Attention : le militantisme d’Irina Brook, c’est le théâtre, et non l’inverse. Mais le théâtre, que cela soit celui de la Grèce Antique, de Shakespeare, d’Ibsen, de Tchékhov, de Brecht… c’est d’être contemporain avec le monde qu’il traversait, de nous parler de nous et de notre époque via la fable. Et c’est peut-être à lui de nous le dire.
Advient en fin d’année une occurrence de parler via le théâtre du monde tel qu’il va, la tenue à Paris de la COP21, la conférence sur le climat. D’où ce festival « réveillons nous ! » qui, du 26 novembre au 12 décembre verra, sur la thématique du climat, des spectacles de théâtre, de danse, des conférences avec des invités tels que Hubert Reeves, Mélanie Laurent, Coline Serreau, mais aussi des projections de films, des expositions-happening, des ateliers pédagogiques.
« Le climat n’est plus un sujet spécialisé. Il englobe tout. Quand on parle de climat, on parle de tout. On ne peut parler de climat sans parler d’économie, d’économie sans parler d’éducation, d’éducation sans parler d’humanité, d’humanité sans parler de religion et de spiritualité. Sous le mot climat, c’est de nous qu’il s’agit, de toute notre humanité. » (Irina Brook)
A noter le 4 et le 5 décembre « Anima mundi » happening itinérant par Renato Giuliani. Ce comédien permanent du Théâtre de Nice et son équipe distillent les paroles de l’Anima Mundi dans les lieux les plus inattendus de la ville.  « L’idée est de toucher des personnes qui ne sont pas sensibiliser à des problématiques  » explique-t-il. Les spectateurs sont entraînés dans cette apologie qui puise sa vitalité aux sources des sagesses millénaires. Les problèmes de notre monde ne pourront pas nous ensevelir dans une inaction dépressive ! Des textes scientifiques contemporains, des extraits littéraires et philosophiques ou encore la langue de Hermann Hesse croisent le Cantico delle creature de saint François d’Assise ; des textes indiens se mêlent aux paroles bouddhistes ou aborigènes, ainsi qu’aux témoignages de spectateurs…
Le petit théâtre au bout du mondePerduration de la ligne éditoriale Shakespeare, avons-nous dit, avec la continuité du « Shake ! Nice », du 5 au 24 janvier. Cette nouvelle édition sera placée sous le signe de la jeunesse autour du projet pédagogique initié avec les collèges et lycées du département et dirigé par Irina Brook. Le projet Shakespeare Free Style sera une aventure théâtrale que les enfants et adolescents du territoire s’approprieront. Ils donneront à voir au public leur version du grand William .Du Shake de Dan Jemmett (respect au maître) au Cupidon est malade de Jean Bellorini, (je me rappelle avec délices « Tempête sous un crâne ») en passant par le One man Hamlet de Oliver Dench, la jeunesse est au rendez-vous malgré les 450 années d’actualité de William Shakespeare ! Autour du festival, de nombreuses surprises vous seront concoctées : des lectures, une conférence, une exposition et des workshop…
« Je souhaite entraîner nos établissements scolaires dans une aventure théâtrale trépidante. Pour cette édition, nous invitons une douzaine de classes de collèges et lycées niçois à proposer leurs réinventions et mises en scène de pièces de Shakespeare. Leur seule contrainte : ne pas en avoir ! Ils ont pu ainsi se permettre une liberté totale autour d’une oeuvre de leur choix, qu’ils ont montée à leur idée, avec leur langage musical, visuel, rappé, dansé… Je souhaite que ces jeunes puissent s’approprier ces pièces fondatrices et goûter à leur magie.” (Irina Brook, à propos du Shakespeare free Style)

Hov Show (photo Gaëlle Simon)
Hov Show (photo Gaëlle Simon)

Et, bien sûr, des créations. Il nous avait éblouis avec « Chapitres de la Chute », sur la saga des Lehmans Brothers, Stefano Massini nous revient avec une création originale pour le Théâtre de Nice, « Terre noire », du 28 janvier au 7 mars 2015. La terre est-elle condamnée à devenir un marché de dupes ? Comment résister à la mondialisation et retrouver nos racines ? Mise en scène : Irina Brook, qui met également en scène « Lampedusa Beach », le 5 et 6 mars, de Lina Prosa. L’odyssée d’une jeune migrante qui se livre dans un monologue poignant et poétique avant de sombrer.

Une mise en scène de Hovnatan Avekédian :  « Esperanza » de Aziz Chouaki. Un groupe de migrants africains s’embarque pour Lampedusa, sur un modeste bateau, fuyant leur pays pour une terre nouvelle, dans un pays où ils seront des hommes. Un drame engagé, intense et extrêmement drôle.

En avant marche (photo philedeprez)

Notons la venue d’Alan Platel et des ballets C de la B « En avant, marche ! » 18 et 19 mars, un metteur en scène plus qu’intéressant, Yves Beaunesne, « L’annonce faite à Marie » (3 et 4 mars), la reprise de  « Peer Gynt », qui avait ouvert la saison dernière (22 avril)…
Et, pour les premiers rendez-vous, « Le crocodile trompeur/Didon et Enée », d’après l’opéra de Purcel, (9 et 10 octobre), « Trissotin ou les femmes savantes »,mise en scène, décor et costumes Macha Makeïeff, (du 15 au 18 octobre), « Hov Show » texte et jeu de Hovnatan Avekedian, mise en scène Irina Brook, « Le petit théâtre du bout du monde » d’Ezequiel Garcia Romeu ((du 4 au 14 novembre)
Irina Brook disant dans sa conférence de presse que le théâtre était par excellence l’endroit où « se mettre dans les chaussures d’un autre ». Mettons-nous dans les traces de cette programmation qui va être un repas où nourrir notre réflexion

Jacques Barbarin

www.tnn.fr

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s