Cinema / SUR LA LIGNE de Andrea Sedlackova.

Une jeune Athlète douée, qui vise les qualifications pour les Jeux Olympiques, contrainte de se plier aux directives étatiques imposant un programme de dopage intensif. Basé sur des faits réels   un récit ,  sur le poids de l’oppression dans la Tchécoslovaquie des années 1980, passé au scalpel de la réalisatrice d’origine tchèque , qui tout en nuances , en décrit les effets sur les individus dont les destins seront à jamais brisés…

l'Affiche du Flm
l’Affiche du Flm

La Tchécoslovaquie qui avait connu son « printemps de Prague » et la vague des espoirs naissants qu’il avait fait naître d’un « socialisme à visage humain » , dont les cinéastes d’alors : Milos Forman ou Vera Chytilova ,entr’autres, mais aussi l’écrivain Milan Kundera ( La soudaine légèreté de l’être ) s’étaient fait l’écho . Un Printemps qui avait été étouffé par l’intervention des chars Soviétiques , le 21 Août 1968, mettant fin au rêve impulsé par l’arrivée au pouvoir du réformateur Alexander Dubcèk qui avait pris des mesures concernant la «  liberté de la presse , d’opinion et de circulation … de décentralisation de l’économie » ouvrant un espoir que le pouvoir Soviétique ( de Brejnev) , ne voulait pas voir naître dans sa « zone d’influence » . L’invasion par les chars Russes et l’occupation du pays pour y imposer une « normalisation » avait entraîné des manifestations pacifistes qui furent réprimées ( plus de 70 morts et de nombreux blessés ) et une vague d’émigration qui prendra fin avec l’arrivée au pouvoir de Gustav Husak , qui remplacera Dubcèk . La « normalisation » en marche qui suscite de manifestations de réprobation dans les pays occidentaux …et aussi dans les pays de l’Est ( à Moscou une manifestation de soutien au peuple Tchèque sera réprimée ) , mais la reprise en mains aura lieu . Pour protester conte celle-ci , un jeune étudiant Jan Palach s’immolera par le feu , sur la place Venceslas de Prague le 16 Janvier 1969 …

Anna ( Judit Bardos ) avec sa camarade d'entraînement
Anna ( Judit Bardos ) avec sa camarade d’entraînement

Les séquelles de ce passé on les retrouve dans le film situé dans les années 1980 dans la famille de la jeune athlète dont les parents ont vécu dans leur jeunesse ces événements . Le père qui s’est exilé en Allemagne , la mère n’ a pas osé faire le pas et le suivre …et qui se retrouve désormais sous surveillance de la police politique … tandis que dans l’ombre quelques dissidents ( comme c’est le cas de cet ami de la mère de notre héroïne ) continuent de résister et d’écrire des textes ( qui circulent sous le manteau ) dénonçant la Dictature, destinés aux pays occidentaux . Le tableau est posé d’entrée par la cinéaste en quelques séquences , précises et sobres, qui vont faire écho à la réalité de cette situation vécue dans la sphère du monde sportif , par cette jeune athlète douée qui rêve qualification et de podium aux prochains jeux olympiques qui se dérouleront à Los Angeles en 1984 . C’est la divulgation récente d’un scandale mettant en cause un ancien ministre de l’intérieur de l’époque ayant couvert un programme de dopage des Athlètes pour la préparation en vue de ces Jeux Olympiques , qui a donné l’idée à la cinéaste d’explorer , le visage de la Dictature dans un autre cadre , le cadre sportif . C’est la belle idée du film qui ouvre à l’analyse des dangers encourus par les athlètes dont la santé est prise en otage par un pouvoir instigateur d’un programme de dopage auquel il fallait se soumettre «  un traitement spécial qui conditionnait la signature de leur contrat . S’ils refusaient , les entraîneurs et représentants du parti communiste pouvaient les exclure des compétitions », explique la cinéaste dans le Dossier de presse du Film.

l'entrainement intensif sous les yeux de l'entraîneur ...
l’entrainement intensif sous les yeux de l’entraîneur …

Une éventualité que ne veut pas envisager Anna ( Judit Bardos ) la talentueuse sprinteuse de l’équipe Nationale Tchèque à qui l’on va imposer , à son insu,  les produits dopants et qui , découvrant la vérité à la suite d’un malaise , cherchera à s’y soustraire. Risquant le poids de la sanction , mais surtout celui de mettre en danger le rêve secret de sa mère         ( Anna Geislerova ) qui est lié à cette qualification : profiter de l’opportunité de sortir du pays et le fuir en compagnie de sa fille . La pression psychologique à laquelle elles vont être soumises, est l’un des enjeux du film qui – en miroir -analyse les motivations de l’une et de l’autre , et les sacrifices à faire ( surveillance accrue oblige ) pour tenter d’y parvenir. Questionnements sur le sacrifice et le prix de la liberté ( trahir ses idéaux et ses proches…) à payer . Les implications psychologiques sont par leur traitement une des réussites du film , qui , au travers des personnages qui y sont confrontés ( l’entraîneur y compris ) sont analysés à la fois avec tact, précision et conscience de ce qu’ils peuvent entraîner comme conséquences . Des séquences qui ont aussi le mérite de nous faire pénétrer au cœur même d’un quotidien qui se révèle être un enfer par tous les choix qu’il implique conditionnés par le « poids » d’une décision politique qui ne permet pas d’échappatoires . C’est de la vie quotidienne emprisonnée qu’il est ici question. Et la mise en scène de la cinéaste dans la conduite du récit a fait le ( bon ) choix de la traiter de manière frontale et brute , évitant de verser à tout moment dans la sensiblerie qui risquerait de nuire à l’impact psychologique déclenché. La force du film qui met en relief des situations de pressions psychologiques, de surveillance ou d’interrogatoires dont la banalité quotidienne a été souvent décrite ces dernières années dans les films traitant du sujet , trouve ici , une vraie force dramatique par la distanciation avec laquelle il est observé .

Sur le Podium , pour quoi faire ?...
Sur le Podium , pour quoi faire ?…

Un rendez-vous dans un parc ou des échanges brefs filmés naturellement en plans rapprochés , prennent tout à coup une autre dimension lorsque un plan éloigné vient en interrompre la fluidité . La rupture, évoquant un possible regard extérieur espion laissant planer celui de la surveillance politique. Celle qui rode à distance et dans l’ombre pour vous surveiller, pénétrer votre vie et chercher la faille qui pourrait vous compromettre . La vie privée qui n’existe plus et l’inquiétude qui imprègne chacun de vos mouvements, qui paralyse et déstabilise, qui sème le doute . Impossible de se cacher ou de faire semblant. Une blessure à l’entraînement devient suspecte et un mauvais « chrono » jette la suspicion sur la bonne conduite du traitement à observer . Les discussions entre Anna et sa camarade d’entraînement tournent court, lorsque le sujet du dopage est évoqué , et une pirouette «  même les vitamines sont du dopage ! » y mettra fin . Révélant surtout cette crainte et cette peur de dire ce que l’on pense . La crainte , la peur sont là qui vous obsèdent , lutter contre et résister ( lorsque Anna décide d’arrêter le programme ) est devenu impossible . Faut-il se donc se sacrifier ?. La cinéaste analyse avec une objectivité quasi clinique ce questionnement sur les choix à faire . Anna et sa mère sont les exemples de ces vis broyées par un système politique , d’une raison d’état, elles rejoignent le rang des sacrifiées de l’histoire

Le  portrait  est d’autant plus glaçant , lorsque la réalité viendra rappeler que l’humiliation et le sacrifice ont étés vains , puisque la même contrainte qui oblige les individus à se plier à une décision , va se retrouver totalement contredite par une autre tout aussi contraignante , qui va changer la donne. Terrible constat !. Les humiliations et répressions de toute sortes pour soumettre Anna et sa mère se révéleront vaines , lorsque sous la pression du grand frère Russe au cœur des tensions qui l’oppose au Usa , ce dernier décide de Boycotter les J.O de Los Angeles, et que le gouvernement Tchèque comme ceux des autres pays de l’Est, le suivra dans cette décision… tant de souffrances et de sacrifices pour rien … ou plutôt, pour une possibilité de fuite qui va passer  à la trappe des raisons et des choix ( politiques) d’une Dictature qui enferme les individus derrière ses barreaux …

(Etienne Ballérini )

SUR LA LIGNE d’Andrea Sedlackova -2015-
Avec : Judit Bardos , Anna Geislerova , Ondrzeij Novak …

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