Montons au Suquet !

Pour le dernier rendez vous culturel de juillet à Cannes, il y a eu les Nuits Musicales du Suquet, une manifestation qui perdure depuis 40 ans et qui permet à la musique classique de sortir des salles obscures pour retrouver le ciel bleu des scènes en plein air. Une occasion pour un large public d’entendre et de voir depuis quatre décennies de grands noms, cette année, parmi les invités le pianiste François René Duchable.

 

Avec son retentissant acte médiatique, le 31 juillet 2003 où le célèbre pianiste français jeta son piano du haut d’un hélicoptère dans le lac de la Colmiane dans les Alpes Maritimes, ce geste symbolisait son retrait de la scène internationale et des concerts avec des grands orchestres. Une décision qui l’amènera , pourrait on dire, à une seconde carrière, une option que le public n’a pas forcement compris.

« …Je n’ai jamais dit que j’arrêtais de jouer, j’ai dit que j’arrêtais la carrière internationale. Je continue à jouer avec mon partenaire comédien Alain Carré que je connais depuis 1996 et, avec lequel, nous avons 95 créations à ce jour. Le dialogue texte et musique me passionne beaucoup plus que le dialogue avec un chanteur, un violon, un chef d’orchestre…je ne suis plus pianiste, je suis illustrateur sonore, néanmoins, je continue à jouer avec une prise de risques…Qu’est ce qui me gênait dans la vie passée ?…je vais vous expliquer…les voyages internationaux, j’ai horreur des voyages et sortir de France, les publics traditionnels des salles de concert guindés faits de musicologues hystériques ou de snobs qui n’y connaissent rien…je les aime bien , c’est l’occasion de les cultiver mais les musicologues qui viennent pour comparer les interprétations, à écouter les discographies dans leur voiture, ces gens là, je n’ai plus envie de m’adresser à eux maintenant… »

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Devenu un peu un électron libre, François-René Duchable choisit ses concerts, surtout ceux où il y a une création originale comme le concert des Nuits du Suquet avec la soprano Sophie Marin–Degor pour un spectacle insolite « Paris New York en voulez vous ?», la chanteuse lyrique s’est même permis un numéro de claquettes.

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« …C’est elle qui a trouvé le titre, pourquoi ? Parce qu’elle avait envie de chanter du Broadway, elle avait envie depuis longtemps de chanter des comédies musicales, elle a fait une formation de comédienne, de danseuse de claquettes, de chanteuse d’opérettes mais elle est principalement chanteuse lyrique… »

JP L : il y a un petit côté jazz, inhabituel pour vous ?

« …Soyons modestes, le vrai jazz, c’est quelque chose qui est vécu de l’intérieur, c’est la mémoire intégrée, c’est comme les musiques d’Afrique, d’Orient qui ne sont pas nécessairement écrites, ces musiques traditionnelles qui sont ancrées depuis l’enfance. Prenez Ray Charles, il entendait les gens, il ne lisait pas une note et puis, il a reproduit au piano, c’est le vrai jazz qui est ressenti de l’intérieur, c’est viscéral. Nous, on fait des airs qui swinguent un peu, moi, je suis un infirme total dans le domaine de l’improvisation…Ouais…moi, j’improvise la vie mais je n’improvise pas la musique. »

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JP L : Que faites vous en dehors de la musique ?

« …J’aime aller aux expos de peinture, j’aime beaucoup les musée, le rapport à la peinture me plaît beaucoup parce que c’est un rapport au temps qui est différent de celui de la musique, on se met au rythme, au temps du peintre. Regardez Bonnard ou allez voir Vermeer et quel bonheur si on va voir Delacroix, c’est beaucoup plus agité, si on va dans l’Impressionnisme, c’est le bonheur de la nature. J’aime beaucoup la peinture, j’aime beaucoup le cinéma, les comédies, j’aime beaucoup le sport, j’en ai beaucoup pratiqué dans ma vie, je l’ai pratiqué à outrance dans un époque, c’était un désespoir total dans mon étouffement de 30 ans de vie et de déracinement…le cyclisme,la marche à pied, la natation, le ski de fond m’ont aidé à survivre…j’ai fait trois marathons, j’ai fait beaucoup de montagne, du ski de fond, j’en fais moins maintenant, j’ai une vie plus harmonieuse, je suis beaucoup plus heureux au piano, j’ai vieilli bien sûr, il faut y aller mollo…j’ai 63 ans , j’ai encore des choses à dire, être missionnaire d’une manière différente, de diffuser la musique, c’est le volet professionnel et il y a le volet social, bénévole, je vais jouer en prison, en gériatrie, chez les autistes et les handicapés et dans beaucoup de collèges et de lycées…je ne suis plus obligé de rien, je ne voyage plus à l’étranger, je joue dans les salles de concert quand on veut bien accepter ma formule, avec les belles lumières et un comédien, je n’enregistre plus, je fais la musique que j’ai envie… »

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Un mois d’août chargé pour J-R Duchable même s’il n’aime pas trop les voyages, on pourra l’entendre sur les Cotes d’Armor, à Rocamadour et à Talloires

Jean Pierre Lamouroux

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