Cinéma / STAND de Jonathan Taieb.

Suite à la violente agression à laquelle ils ont assisté , à Moscou, un jeune couple d’homosexuels décide de mener une enquête parallèle pour tenter de faire éclater la vérité. Inspiré de fait réels , empruntant la tonalité de la fable et du réalisme documentaire, et construit en une montée dramatique à suspense quasi insoutenable , le film est une dénonciation sans concessions des lois homophobes en Russie. Un film constat, un film -choc porté par une mise en scène remarquable, à voir d’urgence…

l'Affiche du Film.
l’Affiche du Film.

Nous sommes en plein milieu de le nuit Moscovite, une jeune couple gay au sortir d’une soirée rentrent  à leur domicile,  et en parcourant avec leur véhicule une rue, ils assistent à une violente agression homophobe . Alors que les lois homophobes ( de 2013) du gouvernement Poutine viennent d’être promulguées, Anton ( Renat Shuteev ) et Vlad ( Andrey Kurganov) qui sont choqués , sont aussi divisés sur l’attitude à avoir, notamment Vlad qui a peur de voir ces milices citoyennes laissées libres de perpétrer leurs violences , se retourner contr’eux . Ils rentrent finalement chez eux , mais le lendemain Vlad apprend par un ami travaillant à l’hôpital que le jeune homosexuel victime de l’agression est décédé…et que pour la Police, l’affaire est classée  !. Anton qui a mal vécu le fait qu’ils ne soient pas intervenus, décide de se lancer dans le combat et d’enquêter se faisant passer pour un journaliste , pour tenter de recueillir des renseignements et retracer les agresseurs. Il va chercher aussi à retrouver la famille du jeune homme pour tenter de soulager leur peine et leur porter soutien, en même temps que de recueillir des indices permettant de faire éclater la vérité sur l’agression meurtrière de leur fils. Anton réussit à persuader Vlad de le soutenir dans cette quête de vérité qui est devenue pour lui ( il travaille dans le l’aide à domicile , aux personnes agées) , une affaire de morale , mais aussi de résistance vis à vis de ces actes discriminatoires, qu’il ne supporte plus…

A droite , Vlad ( Andrey Kurganov) et  Anton ( Renat  Sheteev)
A droite , Vlad ( Andrey Kurganov) et Anton ( Renat Sheteev)

Anton  qui traque sur internet les Vidéos postées par les groupes homophobes de leurs actes de violences et d’humiliations, va donc mettre en place son plan qui consiste d’abord à chercher à trouver des contacts, pour tenter d’approcher ces groupes et  à trouver des témoignages « internes »,  et fixera même, après en avoir  eu,  un rendez-vous clandestin nocturne pour tenter de recueillir témoignage avec enregistrement vidéo avec l’aide de ses amis , comme l’illustre la scène  centrales du film ,  d’une intensité au suspense étonnant . De toutes ces tentatives d’approche de la vérité, le récit laisse sourdre la « chappe » de plomb des bouches qui se ferment et de la peur qui s’est installée . De l’affaire «classée » par la police comme s’il n’y avait rien eu d’autre qu’une rixe ( de voyous ou de soûlards ) qui se serait mal terminée . De la crainte et du silence qui s’installe ( peur des représailles et aussi d’aller contre les lois ) et qui finalement se  fait complice  des agresseurs , par le non-dit qui laisse place à l’impunité des dérives violentes des milices d’extrême-droite , et  leurs actes barbares . C’est ce malaise que Jonathan Taïeb inscrit dans les plans et les séquences de son film , comme un constat implacable . A l’image des parents de ce jeune homme assassiné qui refuseront de parler … ou, des enfants  qui , en secret et loin des regards tenteront, eux, de donner quelques indices. Le scenario de la peur est inscrit , en suspense , au cœur du récit et prendra son apogée dans ce rendez-vous nocturne où Anton attendra dans le froid un possible témoignage …sous la surveillance caméra de son ami Vlad . Lorsque , tout à coup ce dernier perd le contact , on en, mesure, alors, physiquement et psychologiquement , le ressenti lors de la recherche désespérée de Vlad dans ce parc glauque et froid où le danger peut surgir de n’importe où , et où il s’imagine déjà son ami tombé sous les coups des bourreaux . C’est glaçant …

Anton ( Renat Shuteev ) en compagnie d'une amie ...
Anton ( Renat Shuteev ) en compagnie d’une amie …

La force du film est dans sa construction et dans une mise en scène qui trouve sa justesse en investissant les tabous et en s’inscrivant, en territoire hostile. A l’image de son tournage de 11 jours en Ukraine et en équipe réduite de 6 personnes, qui lui offre cette « urgence » qui irrigue le récit et fait sa force. Le cinéaste Français, dont c’est le second long métrage ( le premier étant Le monde doit m’arriver / 2013) , explique dans le dossier de presse, les conditions difficiles du tournage « Nous avons choisi de le situer en Russie parce qu’il est inspiré de faits réels et parce qu’il était nécessaire, pour coller à cette réalité , de tourner dans cette région (…) une association LGBT importante en Russie nous a mis en relation avec les bonnes personnes dans notre lieu de tournage en Ukraine pour que tout se déroule au mieux. On avait aussi un faux scénario dont on s’est servi (…) nous avons étés arrêtés par la police plusieurs fois, nous nous sommes aussi fait arnaqué souvent , et nous avons eu très froid – il faisait entre -0 et -20 degrés- mais nous avons eu beaucoup de chance », dit-il finalement satisfait d’avoir pu mener à bien son projet. Ajoutons, que, depuis le cinéaste est considéré « persona non grata » en Russie pour la dénonciation de la violence homophobe de son film appuyée , via internet, par un appel à la communauté mondiale en faveur des droits de l’homme.

Anton ( Renat Shuteev )  dans le parc  en attente du rendez-vous avec  son contact...
Anton ( Renat Shuteev ) dans le parc en attente du rendez-vous avec son contact…

Et ces choix de récit  sont exemplaires,  à l’image de cette voix- off qui,  dès le début du film ,  pose la question de «  la morale et la justice …l’une peut-elle aller ,sans l’autre ? » , et inscrit ,via la voix- off , le suspense sur l’auteur et le rôle de celui-ci  ( on vous laisse découvrir les  fils de l’intrigue ) dont on découvrira dans un final hallucinant de violence et glaçant de cynisme et de perversité , le vrai visage. La quête de cette vérité par Anton et son combat ( superbement porté par le comédien Renat Shuteev , né à Moscou qui a rejoint la France à 17 ans et devenu comédien , on l’a vu notamment dans la série Braquo ) , qui va finir par lui faire découvrir par ce final, cette vérité qui lui renvoie le miroir de ce « double », de cet autre martyrisé qu’il peut un jour devenir. Une descente physique et psychologique, en enfer qui vous remue les tripes. Une telle intensité ne peut être qu’une vraie manifestation de maîtrise d’écriture cinématographique , que l’on ressent dans les magnifiques scènes d’atmosphère nocturne , et dans cette noirceur qui s’inscrit dans le ressenti palpable de la culpabilité ou dans les silences et les non-dits qui laissent sourdre cette sorte de renoncement , laissant la place à la violence. L’obstination d’Anton en fait en ce sens , une sorte de personnage sacrificiel , en forme de cri contre l’intolérance. Et puis, question cinéma, dont le film respire au long des séquences les références , il y en a une qui de surcroît s’inscrit dans la logique et la continuité du récit et l’évolution des rapports entre Vlad et Anton . C’est la référence au film Le Mépris de Jean-Luc Godard , où l’on voit Anton et Vlad allongés nus sur leur lit , et qu’Anton reprend le dialogue de Brigitte Bardot s’adressant à Michel Piccoli « Tu aimes mes pieds, tu les aime mes fesses ? » .

Lorsque le cinéma qui veut éveiller les consciences, s’habille des mots et d’une écriture cinématographique majuscule pour en appeler au respect ( des droits de l’homme ) , à la dignité et à la différence, alors on applaudit . Et puis, pour rester au cœur du film et des questions qu’il soulève, n’est-ce pas – aussi – Jean- Luc Godard qui a dit, parlant de mise en scène «  un travelling c’est une affaire de morale » ? . Cette morale et cette justice que Jonathan Taïeb , inscrit en cohérence , dès la première scène au cœur de son film. N’hésitez pas , précipitez-vous voir ce film-choc , grave et important…

(Etienne Ballérini )

STAND de Jonathan Taïeb -2015-
Avec : Renat Shuteev, Andrey Kurganov, Andrey Korshman, Ekatherina Rusnak…

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