Cinéma / L’ OMBRE DES FEMMES de Philippe Garrel.

Après La Jalousie (2013),  le cinéaste revient sur les affres des relations amoureuses avec au cœur du récit, et du  triangle du désir Amoureux , un homme partagé entre sa femme et sa maîtresse. En une série de séquences dépouillées de toutes les affêteries, il nous invite à revister le sujet, via les femmes du titre , dont il décline sous l’angle de l’égalité de la libido « elle est aussi puissante que la libido Masculine » , que son film magnifie .

l'Affiche du Film.
l’Affiche du Film.

Les deux séquences d’ouverture du film révèlent déjà sa volonté d’aller à l’éssentiel et de concision que l’on retrouve dans la durée ( 1h15) et l’utilisation d’un sublime Noir et Blanc en cinémascope qui lui offre la dimension de l’intime au cœur de l’espace des plans. On y retrouve dans celles-ci, le couple formé par Pierre ( Stanilsas Merhar ) et Manon ( Clotilde Courreau. Celle-ci dans un appartement vétuste reçoit la visite d’un homme ( le propriétaire ) qui reproche à cette dernière de ne pas le tenir de « manière bourgeoise » et le retard sur le paiement du loyer ,la menaçant de la faire expulser. Elle va retrouver Pierre qui l’attend adossé à un mur, manger un sandwich .. Tous deux sont d’origine modeste et vivent de petits boulots et réalisent ensemble des documentaires avec des moyens modestes . On retrouve dans ces scènes qui ouvrent le film avec concision , la volonté et la « patte » du cinéaste qui inscrit ses personnages dans un contexte et pose en même temps sont regard (politique) sur les individus et la société dans laquelle ils vivent. Et d’ailleurs , ce n’est pas un hasard si le thème du triangle amoureux qui habituellement se décline au cinéma dans les milieux bourgeois , est iic, revisité dans un milieu modeste , de la même manière que le regard va se porter sur un couple dont on pense qu’il est fait pour durer , et dont les effets de la lassitude va réveiller « la libido » de chacun dans la quête d’aventure extérieure de maîtresse et d’amant … déclenchant les réactions d’infidélité , jalousie, trahison , rupture. Les sentiments qui lient et qui se défont, Philippe Garrel les pénètre au cœur de manière chirurgicale, pour en faire sourdre l’éssentiel « la preuve que l’amour existe ».

Pierre ( Stanislas Merhar )  et sa maitresse ( Lena Paugam)
Pierre ( Stanislas Merhar ) et sa maitresse ( Lena Paugam)

Et qu’au cœur de celui-ci , comme dans la société la place des femmes s’y joue d’une manière que le cinéaste a voulu aborder de façon différente par rapport à celle dont généralement le cinéma en fait la réprésentation . Un choix et un regard politique en adéquation totale avec son univers et son œuvre , et qu’il explique dans le dossier de presse du film «  Pour moi , L’ombre des Femmes est un fim sur l’égalité de l’homme et de la femme ,telle que peut la prendre en charge le cinéma . Ce qui signifie qu’il fallait énormément soutenir le personnage féminin et aller contre l’homme : le cinéma a été conçu par les hommes et ce sont toujours eux qui orientent nos représentations , nos manières de voir , et de raconter , même si heureusement il ya de plus en plus de femmes qui font des films . La plupart du temps, quand les femmes s’expriment à l’écran elles disent des mots exprimés par des hommes, ce que jai éssayé de résoudre en travaillant à quatre: deux hommes et deux femmes ( Jean-Claude Carrière, Caroline Deruas, Arlette Langmann, Philippe Garrel) . Mais je crois que le cinéma fonctionne de telle manière que si l’on met à égalité le personnage masculin et féminin , le cinéma tend à renforcer la position de l’homme.Pour contrebalancer ça, j’ai voulu que le film soit en défense de la femme, et à charge de l’homme. Et du coup à la fin Pierre s’en sort pas mal . Manon et lui sont dans un rapport de force égal.Le film est sans doute fait du point de vue de l’homme , mais d’un homme qui va voir ce qui se fait du point de vue des femmes » , dit-il.
Et c’est ce point de vue tenu, qui est passionnant …

Pierre ( Stanislas Merhar)  et Manon (  Clotilde Courrau , sa  femme )
Pierre ( Stanislas Merhar) et Manon ( Clotilde Courrau , sa femme )

Dès lors , dans cette valse des sentiments au cœur de laquelle il nous entrâine, où se décline la liaison entre Pierre et la jeune stagiaire rencontrée : Elisabeth ( Lena Paugam) et celle découverte par Elisabeth entre Manon et son amant , il y a la jalousie qui s’y décline et le sentiment de trahison ressenti dont les effets qui produisent les ruptures se font révélateurs du poids de la différences et de la place des hommes et de femmes dans la société. Habilement Philippe Garrel les inscrit dans les réactions émotionnelles qui déclenchent les ruptures qui pourraient laisser penser qu’elles sont révélatrices des différences de sexes ( le sentiment de trahison ressenti par Pierre qui réagit en « macho » et n’accepte pas que sa femme ait un amant , ou celui , de la jalousie réaction attribuée souvent aux femmes vis à vis de leurs rivales …) dont il détourne habilement les clichés en nous montrant , ici une Manon tout aussi idépendante et infidéle . Le désir et le désamour dans le couple , comme la cruauté et les désillusions qui s’y installent sont une affaire commune et les rapports de forces qui s’y jouent ne sont pas seulement les rapports de forces que la marche de la société a installé, au sein de celui-ci. En ce sens ,les personnages du triangle amoureux sont révélateurs d’un autre jeu , sur l’échiquier , celui qui fait référence à un des thèmes dont l’oeuvre du cinéaste engagé qu’il est , est imprégnée, concernant les désillusions que les idéaux et autres utopies ont entraîné au long de la marche d’une société , dans laquelle ces derniers, ont étés trahis …et dont se fait écho en miroir, la réalisation du documentaire sur la Résistance et l’Occupation , sur lequel Pierre et Manon travaillent et réalisent des entretiens d’anciens et ( ou faux?) résistants.

Philippe  Garrel
Philippe Garrel

Au centre de ce triangle amoureux où chacun se révéle ses faiblesses ou forces qui s’incrivent au cœur des séquences , Philippe Garrel s’attache à la concission afin de capter l’éssentiel des frémissements du cœur ( superbes scènes d’explications entre Manon et Pierre où affleurent les non-dits sur la -leur- vie de couple, en même temps que la cruauté des mots qui finissent par sortir des lèvres de chacun, comme c’est également le cas dans celles entre Pierre et Elisabeth où se joue la dimension du désir et de la posséssion ). Dans l’art du récit – et de la mis en place et en scène – de ce qui s’y joue , c’est presque une approche à la Bergman à laquelle nous invite le cinéaste , dans laquelle la touche enflammée et romantique , viendrait souligner le désordre du triangle Amoureux du Jules et Jim de François Truffaut dont les échos de la voix -off ( de Louis Garrel ), de la photographie splendide ( de Renato Berta , grand chef-op, lié à la nouvelle vague ) , comme celui de la bande son ( musique signée Jean-Louis Aubert ) , portent le récit . Concernant la musique Signée Jean-Louis Aubert « je lui ai demandé d’écrire une musique simple comme les chansons , et puis les paroles , c’est le film » , explique philippe Garrel .

Et l’alchimie fonctionne à merveille portée par les comédiens , parfait . Dans ce registre où les attitudes et les gestes de chacun sont essentiels pour accompagner les choix de récit et les choses suggérées , « l’osmose » y est , en effet , éssentielle . Et elle joue à plein dans la séquence où Manon et Pierre se retrouvent dans leur appartement, après avoir étés avec leur maitresse et amant .A son retour chez elle , le double le double regard de Manon posé d’abord sur ce drap dans l’escalier , puis celui échangé avec Pierre , dans l’appartement : « je porte une attention particulière aux matières, aux motifs visuels , a des éléments plasqtiques qui ont un sens, mais pas de manière explicite (…) j’ai mis un drap blanc dans l’escalier , ce n’est pas un accessoire au sens utilitaire, mais pour moi c’est exemplairement une trace visuelle de là, où l’un et l’autre sortent , le lit , c’est un signe qui a une puissance de suggestion dans un coin du tableau » .Dès lors le plan qui suit de leur retrouvaille dans l’appartement et les échanges de regards , puis de paroles, est rempli d’une toute autre tension. La force du cinéma de Philippe Garrel s’inscrit aussi dans ces détails et dans ce qu’ils ont de révélateur dans l’approche d’une situation. C’est tout simplement, du grand art …

(Etienne Ballérini)

L’OMBRE DES FEMMES de Philippe Garrel – 2015-
Avec : Stanislas Merhar, Clotilde Courrau , Léna Paugam, Vimala Pons , Louis garrel ( Voix-Off)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s