Théâtre / L’odeur des planches

J’écrivais le 2 mai une chronique sur le livre de Samira Sedira, « L’odeur des planches ». Samira, comédienne formée à l’école du centre dramatique de St Etienne, au cursus théâtral impressionnante, se retrouve en février 2008 « en fin de droits » joli euphémisme pur désigner le chômage. J’écrivais :
Featured image« Du jour au lendemain, son existence bascule dans la précarité. Les contrats n’arrivent plus, ses droits au chômage s’arrêtent, le milieu l’oublie. Elle quitte les feux de la rampe pour rejoindre les travailleurs invisibles. Et devient femme de ménage pour survivre, comme sa propre mère. Elle mêle en parallèle de son récit l’histoire de son enfance pauvre et de l’exil douloureux de sa famille algérienne…. Elle nous conduit dans l’intime des gens pour lesquels elle va faire des ménages, leur crasse, leur cendriers pleins, leurs salle de bains répugnantes, leur indifférence quand ce n’est pas leur mépris pour ces esclaves qui travaillent pour eux, esclaves payés mais esclaves  quand même. Ces gens-là doivent payer leur misère. Ce n’est pas un mépris de classe, mais ça y ressemble. »
Il y avait peu de chances pour que ce récit bouleversant, dans lequel Samira Sedira ne se départit à un seul moment de son rôle de narratrice, d’observatrice de sa propre vie, ne touchât un metteur en scène, Richard Brunel. « Sur chaque paragraphe, l’ombre du théâtre plane… je lui ai proposé [à Samira Sedira] de lui donner voix et présence sur les planches dans une lecture spectacle ». (Richard Brunel, qui a signé la mise en espace ainsi que, avec Samira Sedira, l’adaptation)

Sandrine et le texte
Sandrine et le texte


Et la comédienne sur lesquels ces deux sont tombés d’accord est la sublime, forcement sublime (j’assume) Sandrine Bonnaire. Dans une scénographie de la souvenance (des projecteurs déposés à terre, des cintres, une servante*, pour son évoquer passé théâtral), une table en formica et quatre chaises pour sa vie quotidienne, Sandrine Bonnaire se glisse avec émouvance, mais aussi insouciance, joie de vivre, sérénité et gravité dans le tissu des mots de Samira.
Elle joue presque sensuellement avec les lumières de Christian Pinaud, qui effectue un véritable travail de peintre, presque caravagesque. Elle va dans tous les retranchements que propose, que procure le texte. Elle est une interprète au sens musical du terme, aussi à l’aise dans un adagio que dans un allegro. Elle a cette grâce qui n’appartient qu’aux grandes.
Si la scénographie joue sur la profondeur, l’obscurité, la direction d’acteur joue, elle, sur la frontalité, la mise en lumière. Scénographie et direction d’acteur « s’antithétisent » pour arriver à une troisième voie entre mise en scène et mise en espace. La présence aux jointures du texte de l’univers sonore de Michaël Selam donne un recul à notre lecture.
Voilà un « Printemps des femmes » qui se poursuit à merveille. Pourvou que ça doure ! Mais il n’y a pas de raison.

Jacques Barbarin

« L’odeur des planches » TNN 04 93 13 90 90
Jeudi 21 à 19h30, Vendredi 22 et samedi 23 à 20h

* lampe posée sur un haut pied qui reste allumée quand le théâtre est plongé dans le noir, déserté entre deux représentations ou répétitions. Régulière, permanente, c’est elle qui veille lorsqu’il n’y a plus personne.

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